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| L’INFLATION EST-ELLE VAINCUE ? Le mois de janvier est propice aux
bilans pour l’année écoulée. Cette semaine, ce sont les chiffres de l’inflation
qui retiennent l’attention, et ils sont satisfaisants, même si les Français ont
une perception différente de la réalité et pensent que l’inflation est plus forte
que ce que nous en dit l’indice des prix. La mondialisation est pour beaucoup
dans cette modération des prix. Mais, en matière d’inflation, rien n’est jamais
acquis définitivement et il faudra continuer, en 2007, à surveiller de près la
croissance de la masse monétaire pour éviter tout dérapage. L’inflation n’est
jamais définitivement vaincue et la vigilance s’impose de la part de la BCE. 1,5% de hausse des prix en 2006 En France, les chiffres de l’inflation
pour l’année 2006 sont désormais connus. En un an, la hausse des prix, en glissement annuel
(décembre 2005 à décembre 2006) aura été finalement de 1,5%. En moyenne annuelle
(ce qui est un calcul un peu différent : moyenne des prix en 2006 sur moyenne
des prix en 2005), la hausse aura été presque identique : 1,6%. Certes, ce
n’est pas la stabilité absolue, mais c’est un taux d’inflation acceptable. Le résultat est même meilleur qu’en
2005 (1,8%) ou qu’en 2004 (2,1%) : le ralentissement est sensible. Mais surtout
ce chiffre marque un changement notable par rapport à un passé pas si lointain.
Entre 1973 et 1982, la hausse des prix était en moyenne de 11,1% : de quoi
provoquer des comportements de fuite en avant. Au moment de la politique de relance
de la consommation du gouvernement d‘union de la gauche, vers 1981-1983, on a
même connu une inflation de l’ordre de 13% par an. Même dans la décennie suivante
(1983-1992), où le ralentissement était sensible, on était encore à 4,4% d’inflation.
On mesure le chemin parcouru dans ce domaine, contrairement aux autres domaines
de l’économie française. Ce n’est pas le sentiment des Français.
Lorsqu’on les interroge, ils mettent l’inflation dans les premiers rangs de leurs
préoccupations, aux côtés du chômage. Ils sont persuadés que la hausse des prix
est beaucoup plus forte et qu’on leur cache la vérité. Et la plupart des hommes
politiques leur donnent raison, en se plaignant du manque de fiabilité de l’indice
des prix et en proposant des indices « plus représentatifs ». La perception des Français est différente Il est vrai que la mesure de la hausse
des prix est complexe. Elle dépend non seulement de la hausse des prix de chaque
produit, mais aussi de leur poids dans les dépenses des ménages. Celui qui est
locataire sera sensible à l’évolution des loyers et le propriétaire y sera indifférent.
Celui qui a une voiture est plus sensible à l’évolution du prix à la pompe. A
la limite, le seul vrai indice des prix, c’est celui qui correspondrait à notre
consommation personnelle (compte tenu des magasins où nous allons, du lieu où
nous consommons et de la pondération des différents postes). Un indice n’est donc qu’une moyenne
calculée pour un groupe donné. Mais ce que les Français ont du mal à comprendre,
c’est que tous les produits qu’ils consomment sont pris en compte, y compris ceux
dont ils changent rarement sur un plan individuel (comme un ordinateur, une chaîne
hi fi ou un lecteur DVD). Ils sont plus sensibles aux achats répétitifs. Or lorsqu’on
regarde l’évolution des prix, il est vrai que les achats courants (comme l’alimentation
et les produits ménagers) augmentent plus vite, alors que ces gros achats, plus
rares, mais qui comptent dans le budget, voient souvent leurs prix diminuer et
cela les ménages n’en tiennent pas compte dans leur perception quotidienne des
prix. Ils surestiment leurs achats quotidiens et minimisent les produits manufacturés
dont les prix diminuent. Une analyse détaillée de l’indice confirme
cette réalité. Pour l’année 2006, le prix des produits manufacturés a diminué
de 0,1%. Au contraire, les prix des services ont augmenté de 2,7% et ceux de l’alimentation
de 1,7%. Or cette évolution est à rapprocher du phénomène de la mondialisation,
c'est-à-dire du degré de concurrence. Là où la concurrence est forte et les frontières
ouvertes (comme pour les produits manufacturés), leurs prix diminuer ; ici
les ménages peuvent trouver de nombreux produits (en particulier ceux qui sont
ouverts à la concurrence asiatique) dont les prix ont fortement diminué. Au contraire,
quand la concurrence est trop faible (comme dans les services avec le refus de
libéraliser dans certains secteurs, ou comme dans l’agro-alimentaire), les prix
montent plus vite. Mondialisation et rigueur monétaire On ne peut s‘empêcher de rapprocher
cette plus grande stabilité des prix depuis quinze ans de l’ouverture des frontières.
On pourra être encore plus optimiste pour la stabilité des prix si l’ouverture
des frontières atteint des secteurs jusque là protégés, comme les services (ce
qui commence à être le cas) ou l’agriculture. La mondialisation croissante rend
les prix plus sages. Cela signifie-t-il que, grâce à la
mondialisation, l’inflation soit définitivement vaincue ? Non, parce qu’en
longue période, c’est aussi la masse monétaire, et pas seulement l’intensité de
la concurrence, qui conditionne l’évolution des prix. En cas d’inondation monétaire,
comme RUEFF ou FRIEDMAN l’avaient démontré, le retour de l’inflation est inévitable.
Or il est clair que lorsque la monnaie était gérée par la Banque de France, les
pressions politiques poussaient dans le sens d’un dérapage monétaire : la
masse monétaire augmentait trop vite. C’est pour cela que FRIEDMAN était
pour l’indépendance des banques centrales et HAYEK pour la privatisation de la
monnaie. Faute de concurrence monétaire, on aura au moins connu une plus grande
indépendance des banques centrales avec la BCE : c’est ce qui rend furieux
nos hommes politiques, ils ne peuvent plus manipuler la monnaie à leur guise.
Mais cela ne garantit pas une bonne gestion de la monnaie de la part des banquiers
centraux. Certes, la masse monétaire augmente
beaucoup moins vite que dans les années 70-80. Cela a permis de réduire l’inflation.
Mais tout danger n’a pas disparu. Ces derniers temps, la masse monétaire M3 en
Europe a augmenté de 8,5% en un an. C’est trop pour écarter tout risque d’inflation.
Voilà pourquoi il faudra renforcer la vigilance monétaire et réduire encore cet
accroissement de la masse monétaire, quoi qu’en pensent, ici encore, nos hommes
politiques.
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