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| L’OR, MALADE DE Il n’y a pas que les prix en général
et le pétrole en particulier qui s’envolent. L’or aussi est au plus haut de son
histoire. Certes, il ne joue plus qu’un rôle limité dans le système monétaire,
mais c’est un bon indicateur de l’inquiétude face à l’avenir. Il monte notamment
quand on a peur de l’inflation : il est alors une valeur refuge. Et si les
épargnants sont inquiets, la raison en revient à la politique : les incertitudes
militaires, les guerres civiles, les manipulations politiques des marchés, la
crainte d'une récession, notamment aux Etats-Unis : tout cela n’est guère fait
pour rassurer l’épargnant. Le temps de l’or à 35 dollars l’once… Il est loin, ce temps où l’or était
au cœur du système monétaire international. L’étalon-or était rigoureux, car il
contraignait les Etats à une discipline automatique et un pays inflationniste
voyait l’or quitter le pays et la masse monétaire, donc les prix, diminuer. Les
pays ont refusé cette discipline depuis longtemps. La monnaie n’est plus créée
en fonction de la quantité d’or, mais du bon vouloir des banques centrales, qui
refinancent les banques. Que les banques centrales, comme aujourd’hui, manquent
de rigueur, et c’est l’inflation qui revient. Pour le commerce mondial, dès la conférence
de Gênes de 1922, on a pu utiliser dans les paiements internationaux des devises
convertibles en or, aux côtés de l’or lui-même : "la devise-or vaut
l'or", disait-on. Le système adopté à Bretton-Woods en 1944 reposait sur
le même principe. Très vite le dollar a été la seule monnaie demeurant convertible
en or, sur la base de 35 dollars l’once. Le système a fonctionné jusqu'au 15 août
1971, date à laquelle le Président Nixon a admis que les Etats-Unis n’avaient
plus assez d’or et donc que le dollar n’était plus convertible en or. L'or n'est
donc plus la base du système monétaire (bien que les banques centrales en aient
gardé une infime quantité, qui n'a plus aucun rapport avec la masse monétaire
qu'elles émettent). L'or est devenu un métal comme un autre, et depuis mars 1968,
le prix de l’or est libre et il fluctue selon l’offre et la demande. Peu d’offre, beaucoup de demande L’offre mondiale du métal jaune est
relativement restreinte, puisque le nombre de mines d’or est limité. Les filons
ne sont pas inépuisables et sont concentrés dans quelques pays (comme l’Afrique
du Sud ou Le record historique avait été atteint
le 21 janvier 1980, avec 850 dollars l’once, dans une période très troublée (double
choc pétrolier, crise en Iran, forte inflation pas encore maîtrisée) : on
cherchait des valeurs refuge, l’or en faisait partie. La situation s’était fortement détendue,
en raison de la maîtrise de l’inflation, dans les années 80, de la forte croissance
économique, de la chute du chômage, de l’effondrement du bloc soviétique qui menaçait
jusque là l’Occident, du recul du prix du pétrole, etc. La demande s’était effondrée
et le prix avec, jusqu’à atteindre 250 dollars à la fin des années 90 : on
préférait des placements plus rémunérateurs, puisque détenir de l'or ne rapporte
rien et que garder de l'or c'était perdre de l'argent (si l'on peut dire !). Depuis, c’est l’inverse qui se produit,
et le prix de l’or s’envole à nouveau : il a battu le 2 janvier son record,
dépassant les 850 dollars, et il a atteint dix jours plus tard 898 dollars. Il
a même un instant plafonné à 914 dollars le 15 janvier. Pourquoi ? Du côté de l’offre,
certains producteurs sont en recul, notamment l’Afrique du Sud, qui ne représente
plus que 15% de l’extraction contre 70% dans les années 70. L’offre nouvelle marque
le pas. De plus, les banques centrales ont volontairement limité leurs ventes
du stock d’or qu'elles avaient gardé : pas plus de 500 tonnes par an, ce
qui réduit aussi l’offre. Et le FMI, qui a aussi des réserves, ne peut pas vendre
son or. Mais c’est surtout la demande qui a
explosé. Une demande pour l'or "industriel", transformé par les bijoutiers
(les Indiens sont les premiers détenteurs d'or privés) ou les entreprises de mécanique
de précision ou d'électricité. Mais, actuellement, c'est la demande de l'or-placement
qui est en hausse spectaculaire. Le prix de l'or : une
réaction à la situation géopolitique A tort ou à raison, l'or passe aux
yeux des épargnants pour une valeur refuge (comme "la pierre"). Depuis
le 11 septembre la peur des épargnants n'a cessé de grandir. Il y a d’abord la
chute du cours du dollar, ce qui fait que l’or vaut moins, exprimé dans d’autres
monnaies. Et que certains épargnants préfèrent conserver de l’or plutôt qu’un
dollar en baisse. Ensuite, il y a l’accélération de l’inflation,
dont nous parlions encore la semaine dernière : la hausse des prix est plus forte
et les épargnants anticipent une accélération ; l’or apparaît alors comme
une valeur refuge face à la hausse des prix. Plus on a peur de l’inflation, plus
on se réfugie dans les achats d’or. Il y a ensuite les incertitudes des politiques
monétaires, des manipulations artificielles et imprévisibles des taux d’intérêt,
de la crise financière issue des subprimes, qui n’est que le reflet de l’irresponsabilité
des banques centrales. Les épargnants n’aiment pas les manipulations politiques
de la monnaie. Ils n’aiment pas non plus l’incertitude
économique et l’année 2008 s’annonce incertaine : on parle de récession,
voire de stagflation, ce qui rend les placements en actions plus incertains. La
hausse en partie artificielle du pétrole (à cause des manipulations politiques
de l’OPEP, mais aussi des conflits militaires) en est en partie responsable et
entretient les tensions inflationnistes. L’incertitude des élections américaines
assombrit le tableau, avec un possible retour des tentations protectionnistes,
affaiblissant la croissance. Et les épargnants n’aiment pas les incertitudes géopolitiques.
Les menaces terroristes entretiennent l’inquiétude ; le Moyen-Orient reste
une poudrière ; l’Iran est toujours une menace, l’Irak n’est pas stabilisé,
le Pakistan devient explosif ; l’Afrique abandonne peu à peu l’état de droit pour
sombrer dans les guerres civiles ou les dictatures : rien qui puisse rassurer
l’épargnant. Et les menaces politiques nouvelles d’un CHAVEZ ou de ses amis créent
une inquiétude supplémentaire. L’or est comme l’économie en général :
il souffre de la politique. Si la situation se détend, notamment sur le plan géopolitique,
l’or baissera. Sinon, tout est possible. Ce n’est pas le marché qui est déréglé,
c’est la politique qui dérègle les marchés.
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