LA RECESSION MONDIALE : UNE FATALITE ?


La conjoncture unit cette semaine deux troubles majeurs : la plongée des bourses et le pronostic d’une récession aux Etats-Unis. S’agissant de la Bourse, la secousse est sévère pour le système financier mondial, mais nous avons déjà expliqué que l’on ne peut pas impunément prêter de l’argent à n’importe qui, ni s’imaginer éliminer le risque en le divisant entre des nuées d’intermédiaires ou en comptant sur l’ultime recours aux banques centrales. La crise boursière aurait-elle maintenant pour effet d’engendrer une récession, et de ralentir la production mondiale ? Les entreprises dont les cours baissent n’ont pas perdu en une semaine 20% de leur capacité productive, et le risque d’un effondrement général de l’économie mondiale semble tout à fait exclu. Pour autant que peut-on attendre de la nouvelle volonté du gouvernement et des politiciens américains de prévenir une récession ? Et est-il justifié de penser à une récession mondiale ? C’est ici que la mondialisation a du bon : tant que les frontières sont ouvertes, la croissance sera au rendez-vous, notamment sous l’impulsion des pays émergents. Il n’y a pas de fatalité d’une récession mondiale.

 

Vers la récession aux USA ?

Commençons par voir ce qui se passe du côté des Etats-Unis. Voici que la campagne électorale met à nouveau en avant les questions économiques, les candidats s’interrogent sur la façon de faire face à une éventuelle récession. Hilary CLINTON en particulier vient de proposer un formidable plan de relance, à coup de dizaines de milliards de dépenses publiques fédérales : on se croirait revenu au temps du keynésianisme triomphant. Quant au Président G.W. BUSH, il a annoncé lui-même (si le Congrès à majorité démocrate l’admet) un plan de relance de 140 milliards de dollars, essentiellement basé sur des baisses d’impôts – une politique très différente de la très keynésienne relance des dépenses publiques.

La Réserve fédérale n’est pas en reste. Non contente d’avoir « résolu » la crise des subprimes en inondant le marché de liquidités, la Fed en rajoute en alimentant les craintes de récession. Ben BERNANKE admet une quatrième baisse des taux directeurs depuis septembre 2007, supérieure aux précédentes, car il faut, dit-il, « une action supplémentaire substantielle » de la Fed en raison des « risques pesant sur la croissance ». 

Il est vrai que la croissance du PIB se ralentit : on parle de 2,2% comme estimation pour l’année 2007 et on prévoit 2% pour 2008. Le taux de chômage est passé de 4,4% en mars 2007 à 5% en décembre, mais les créations d’emplois ont encore été fortes pendant l’essentiel de 2007, et 5%, ce n’est pas très loin du plein emploi.

Le célèbre économiste Armel ALCHIAN commente : « Si l’Etat est capable de créer de la croissance quand elle faiblit, pourquoi ne fait-on pas appel à lui en permanence, et pourquoi les pays socialistes qui ont misé sur l’Etat pour avoir de la croissance se sont-ils ruinés ? »

 

7,1% de croissance dans les pays émergents : on est loin de la récession

Traversons maintenant l’Atlantique : l’Europe n’échappe pas au pessimisme général. La croissance est effectivement lente et la confiance des ménages est au plus bas. Au-delà de la seule Europe, les prévisions de croissance fournies par la Banque mondiale pour 2008 ne sont guère brillantes : 2,2% de croissance en moyenne dans les pays développés : ce n’est pas beaucoup, mais on est loin de la récession dont certains parlent.

Pour l’instant, la Banque centrale européenne laisse ses taux directeurs inchangés, tiraillée entre ceux qui voudraient les augmenter pour freiner l’inflation, et ceux qui, comme un organisme officiel de l’ONU, conjurent la BCE de les baisser pour sauver la croissance ! Les hommes politiques, surtout Français, réclament aussi une relance monétaire à la BCE.

Mais devons-nous limiter le tour d’horizon aux pays de l’OCDE ? La Banque mondiale est là, avec ses « perspectives économiques », pour nous éviter le nombrilisme. Elle vient de rappeler que les pays émergents vont probablement sauver la croissance mondiale. C’est d’ailleurs le titre de notre confrère Les Echos : « Les pays émergents au secours de la croissance mondiale ». En effet, en 2008, la hausse du PIB réel des économies en développement devrait être de 7,1%, ce qui n’est pas exactement ce que l’on appelle une récession… Résultat : non seulement la moyenne mondiale est ainsi poussée vers le haut et sera d’au moins 3,3%, mais surtout la Banque mondiale pense que les pays émergents vont soutenir la croissance dans les pays riches. Ainsi, le dynamisme des économies asiatiques va se traduire par des importations accrues en provenance d’Europe, des Etats-Unis ou du Japon, soutenant le PIB de ces pays. Le PIB progresserait dans ces régions de l’Asie de l’Est et du Pacifique de 9,7% : de quoi tirer la croissance mondiale. Merci la mondialisation. C’est dans la poursuite de la mondialisation et de l’ouverture plus grande des frontières (par exemple en débloquant le cycle de Doha) qu’il faut trouver des solutions.

 

Les erreurs à ne pas commettre

Mais il y a des conditions pour que ces effets bénéfiques se produisent.

La première est évidemment d’écarter toute tentation protectionniste. De ce côté, les discours électoraux aux USA sont parfois inquiétants. Ne parlons pas des discours français, qui envisagent l’Europe comme une forteresse.

La seconde condition, dont nous avons parlé plusieurs fois, c’est de prendre conscience du risque inflationniste, dû aux politiques irresponsables des banques centrales : arroser les marchés (les « plans d’irrigation pendant le déluge » de Jacques RUEFF), au prétexte de fournir des liquidités, alors que la masse monétaire dérape, est irresponsable. Et l’inflation, il n’y a aucun doute, est, avec le protectionnisme, la meilleure façon de détruire la croissance. Il faut freiner la création de monnaie, et non pas pratiquer l’actuelle fuite en avant.

La troisième condition, après avoir écarté les politiques monétaires keynésiennes, c’est d’écarter aussi les politiques budgétaires keynésiennes. Dans ce domaine, les propositions des candidats démocrates aux USA nous inquiètent beaucoup. Relancer la demande, par les dépenses publiques, est toujours absurde. Mais ça l’est encore plus lorsque l’on a de l’inflation et une inondation monétaire. On va aggraver les déficits et la dette publique et faire encore progresser l’inflation. La confiance disparaîtra et la croissance avec elle.

Cela veut-il dire qu’il faille rester les bras croisés ? Évidemment non. Pour profiter de la locomotive des pays émergents, il faut rendre plus flexibles encore les marchés, y compris du travail, réduire les dépenses publiques, déréglementer et baisser les prélèvements obligatoires pour inciter chacun à produire et entreprendre plus. BUSH l’a compris en déclarant, face aux pressions démocrates : « On ne peut rien faire de plus intelligent que de continuer à baisser les impôts ». Les dirigeants français vont-ils comprendre à leur tour qu’il faut, tout en ouvrant les frontières, baisser les impôts ?

Le 29 janvier 2008

 


 

 

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