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LA CHINE, TROISIEME ECONOMIE MONDIALE C’est, paraît-il, pour l’année prochaine,
en 2008. Les choses, il est vrai, évoluent bien vite. Il y a un an (NL 871 du
18 mars 2006 « La Chine à la croisée des chemins »), nous expliquions
que la Chine était passée du septième au quatrième rang mondial, doublant notamment
la France et la Grande-Bretagne. L’an prochain elle va sûrement doubler l’Allemagne
et se retrouver troisième derrière les Etats-Unis et le Japon. Le progrès est
toujours aussi spectaculaire, mais les interrogations sont toujours les mêmes.
Plus que jamais, la Chine reste à la croisée des chemins. Plus de 10% de croissance par an En 2005, la Chine était donc passée
d’un coup du septième au quatrième rang mondial pour le produit intérieur brut.
En 2008, sans aucun doute, elle avancera encore d’une place, doublant l’Allemagne,
et passant au troisième rang. A quand la seconde place ? Cela s’explique
parce que la croissance économique en Chine est sans équivalent dans aucun pays
développé. Alors que la croissance des pays riches se situe en moyenne ces dernières
années entre 2% et 4% par an, celle de la Chine est en gros trois fois plus rapide. En particulier, depuis quatre ans,
la croissance est égale ou supérieure, en termes réels, à 10% par an : 10%
en 2003, 10,1% en 2004, 10,2% en 2005 et 10,7% en 2006. Comme on le voit, il y
a une accélération, alors même que le gouvernement chinois avait indiqué qu’il
ferait tout pour freiner la croissance et la ramener aux environs de 8% :
mais, même en Chine, la dynamique spontanée d’une économie est plus forte que
la politique. Certes, beaucoup s’interrogent sur
la fiabilité des statistiques chinoises. Mais c’est là qu’il y a un paradoxe.
Dans tous les autres pays totalitaires, comme autrefois en URSS, les statistiques
étaient truquées à la hausse. Or tous les experts s’accordent pour dire que dans
le cas chinois, c’est l’inverse. Les statistiques sont sous-estimées. Certains
parlent de 12% ; les plus audacieux envisagent 16%. En tous cas, c’est le
décollage à la vitesse grand V. L’explosion des investissements Si l’on s’en tient aux statistiques
officielles, les investissements en capital fixe ont progressé de 24% en 2006,
alors que l’objectif était de 18%. Quelques experts se désolent de voir l’investissement
progresser plus vite que la consommation intérieure. C’est vrai. Mais c’est ce
qui fait le succès de la Chine et nous avons montré la semaine dernière comment
la priorité donnée à la consommation en France détruisait la croissance. C’est
la priorité donnée à l’investissement qui permet à la Chine de se développer si
vite. Elle leur permet déjà de s’enrichir et elle leur fournit de plus en plus
d’emplois. Mais les Chinois ont compris aussi que pour consommer de plus en plus
demain, il fallait faire des efforts et investir aujourd’hui. En fait, le demain de la consommation
chinoise est déjà là. Comme cela fait de nombreuses années que la croissance économique
explose (elle était déjà de 10% en 1996), elle porte maintenant ses fruits en
matière de possibilité de consommation, notamment pour la jeune génération. Le
Figaro faisait récemment remarquer que 44% des adolescents citadins avaient un
compte en banque et dépensaient de plus en plus. D’autre part,
même si c’est anecdotique, la Chine est déjà le second marché au monde d’achats
de voitures Cadillac. La consommation chinoise a donc pris son essor, mais l’investissement
progresse plus vite que la consommation, et soutient ainsi la croissance. L’autre moteur de la croissance c’est
l’exportation. L’excédent commercial chinois a atteint 177,5 milliards de dollars,
en hausse de 74% en un an. Les devises affluent à la banque centrale, ce qui d’ailleurs
présente un risque de création monétaire intérieure et donc d’inflation, car la
Chine ne veut pas laisser sa monnaie se réévaluer sensiblement, ce qui devrait
être le cas avec un commerce extérieur aussi excédentaire. L’Allemagne avait eu
la même difficulté il y a des années et c’est pour cela que les Allemands avaient
peu à peu abandonné les changes fixes et s’étaient convertis aux changes flottants,
notamment avec le dollar et le yen. La Chine devra y venir et laisser évoluer
librement la valeur externe de sa monnaie si elle veut éviter des dérapages inflationnistes. Le parti unique est toujours là Ce rôle moteur des exportations dans
la croissance confirme une nouvelle fois que la mondialisation joue un rôle très
positif dans la croissance de tous les pays, y compris de ceux qui partent du
plus bas. Oui, le commerce est la meilleure
forme d’aide au développement, bien plus que les aides publiques. Tous ceux qui
ont accepté de jouer le jeu du libre-échange et du commerce mondial ont connu
un développement spectaculaire. Et que l’on ne dise pas que certains pays pauvres
n’ont rien à vendre : la Chine elle aussi était pauvre et a su faire valoir
ses avantages à l’exportation. Chaque peuple
a des qualités à faire valoir. Et pourtant, comme il y a un an, nous
sommes conscients que tout cela est fragile, car la Chine persiste dans son modèle
politique : parti unique et atteinte aux libertés fondamentales, en particulier
à la liberté d’expression et à la liberté religieuse. Certes, le parti a compris
l’intérêt de la propriété privée et du capitalisme. Mais il reste omniprésent
et prétend tout contrôler. Or, comme on l’a vu à propos de la croissance, il ne
peut rien contrôler en économie, sauf à étendre son emprise totalitaire. A terme, il y a vraiment contradiction
entre cet archaïsme politique et l’explosion économique. Comment un peuple pourrait-il,
jour après jour, choisir librement ses produits, laisser jouer la publicité, et
en même temps comment pourrait-on lui interdire de choisir ses dirigeants ou de
s’informer librement ? Les libertés ne se divisent pas sans danger. Et les
techniques modernes comme Internet ou la télévision par satellite condamnent toute
tentative pour museler l’opinion. Si le parti ne veut pas relâcher son emprise
sur le pays, l’économie risque elle aussi de faire un jour un grand bond en arrière
et le dynamisme actuel serait compromis. Il y aussi un contraste saisissant
entre l’ouverture de la Chine au monde extérieur, dont le sommet sera atteint
avec les Jeux Olympiques et l’Exposition Universelle,
et la politique internationale de Pékin : réarmement, alliance avec la Russie,
présence renforcée au Moyen Orient et peut-être menace sur l’Inde. Il va bien falloir trancher : impérialisme ou libéralisme.
Le choix impérial serait un drame pour tous, pour les Chinois comme pour les autres.
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