OU VA L’ALLEMAGNE ?


L’économie allemande pose un problème. D’un côté, il y a ce qui va bien : le commerce extérieur (200 milliards d’excédent), le chômage (au plus bas depuis quinze ans), les comptes publics (qui ont retrouvé l’équilibre). De l’autre, il y a des signes d’inquiétude : le ralentissement de la croissance en 2008 (moins de 2%) et les dérapages de la coalition au pouvoir, entrainée dans une surenchère démagogique : projets de généralisation du SMIC, remise en cause de la réforme du marché du travail. L’approche des élections est mauvaise conseillère. Ce qui fait que, si l’économie allemande va globalement mieux que l’économie française, elle pourrait, elle aussi, devenir malade de la politique. 

Explosion des exportations, réduction du chômage

Tout ce qui concerne l’Allemagne est essentiel pour la France : l’un de nos plus proches voisins, une longue amitié venant après des guerres fratricides, une monnaie commune, notre premier partenaire commercial, un pays fondateur de l’Union européenne, aucune frontière commerciale entre nous, le pays le plus peuplé d’Europe. Et un pays longtemps divisé en deux par le totalitarisme communiste, enfin réunifié, ce qui ne peut laisser indifférent tous les amoureux de la liberté.

Dans l’économie allemande, le plus spectaculaire, c’est le commerce extérieur. 198 milliards d’excédent extérieur (à comparer aux 40 milliards de déficit français). Certes, nous ne sommes pas des fétichistes de la balance des comptes, mais qu’un pays soit le premier exportateur mondial, avec 969 milliards d’exportations, démontre une compétitivité certaine. 12,9% de croissance des exportations vers les pays de l’Est, 10,2% de croissance vers la zone euro, 8,5% en moyenne de hausse des exportations en un an, ce n’est pas rien. Pendant ce temps, les importations ne progressent que de 5%. Si les étrangers achètent les produits allemands en grand nombre, c’est qu’il y a des raisons de fond, de qualité ou de prix. 

Une autre évolution intéressante concerne le chômage. Certes, le chômage allemand reste élevé, avec 3,7 millions de chômeurs. Mais le nombre de chômeurs était encore il y a peu supérieur à 5 millions. En un an, il y a eu 711 000 chômeurs de moins, plus fort recul depuis l’existence de l’Allemagne fédérale. Le taux de chômage est tombé de 12% en 2005 à 8,1%, chiffre le plus faible depuis quinze ans. Jamais il n’y a eu autant d’actifs, avec une hausse de 624 000 en un an : le chômage diminue d’abord parce que l’on créé des emplois. La progression rapide des investissements productifs (+7,7% en 2007) y est aussi pour beaucoup. Certes, il y a encore trop de chômeurs, mais n’oublions pas que l’Allemagne a dû absorber l’ancienne RDA et son désastre économique et social. Cette baisse du chômage s’explique en grande partie par les mesures de flexibilité du marché du travail et de diminution des indemnités de chômage prises du temps du chancelier SCHRÖDER (les lois HARTZ).  

Retour provisoire à l’équilibre des finances publiques

Troisième domaine rassurant, celui des finances publiques. Certes, les dépenses publiques sont toujours trop élevées, mais les Allemands ont su freiner leur dérive. Ils ont su faire disparaitre le déficit : 4% du PIB en 2003, 3,7% en 2004, 3,2% en 2005, 1,7% en 2006 et l’équilibre en 2007 (70 millions d’excédents). Or ce retour à l’équilibre vient en grande partie de la croissance beaucoup plus soutenue en 2006 (2,9% de hausse du PIB) et en 2007 (2,5%) qu’en 2005 (à peine 0,9%), sans parler de la récession de 2003 (-0,2%). Les mesures de flexibilité, les baisses d’impôts sur les entreprises ont permis cette relative croissance et donc de nouvelles rentrées fiscales. La relative modération des dépenses a fait le reste.

Et pourtant, il y a des raisons d’être inquiets. La coalition au pouvoir ne s’est pas attaquée de front à l’essentiel des dépenses publiques, même si elles ont été ralenties, et ici la tyrannie du statu quo joue à plein. La politique fiscale est ambiguë. La flat tax a été écartée dès le début de la précédente campagne électorale. Et si on a baissé certaines cotisations et certains impôts (sur les sociétés), on a aussi augmenté de 3% le taux de TVA, qui est passé de 16% à 19%, ce qui est une erreur. Pas étonnant que la croissance se ralentisse en 2008, surtout dans le climat mondial actuel. Les instituts de prévision envisagent entre 1,4% et 1,9% de croissance, d’où moins de rentrées fiscales : l’équilibre du budget pourrait ne pas durer. 

Les risques de surenchères syndicales et politiques

Mais la question qui demeure la plus sensible est la surenchère politique et sociale. Elle se fait au sein de la coalition, entre CDU (Chrétiens-démocrates) et SPD (Sociaux-démocrates). Elle se fait aussi de l’extérieur, sous la pression du nouveau parti, qui réunit l’ancien PC de la RDA et l’extrême-gauche ouest-allemande : ils réalisent des scores non négligeables, ce qui inquiète le SPD. C’est ainsi que l’on est déjà revenu en partie sur les réformes de l’équipe précédente concernant le marché du travail, par exemple en rallongeant la durée des indemnités de chômage, ce qui n’encourage pas les chômeurs à se réinsérer.

De même, les discussions actuelles sur le SMIC montrent cette surenchère. Il n’y a pas de SMIC en Allemagne et les salaires sont fixés par de libres négociations ; ils varient donc d’une branche à l’autre. Le SPD a obtenu l’instauration d’un salaire minimum pour la poste, ce qui a détruit des emplois en empêchant l’arrivée de nouveaux concurrents. Le SPD veut généraliser cette expérience et la CDU hésite, à cause des perspectives électorales. Or tous les calculs montrent qu’un SMIC allemand généralisé créerait des centaines de milliers de chômeurs.

Plus généralement, les négociations salariales actuelles sont plus délicates en raison de la baisse précédente du chômage. Les syndicats se montrent plus exigeants, surtout avec certaines pénuries de main d’œuvre. Le patronat commence à s’inquiéter. Or le climat politique actuel de surenchère entre CDU et SPD favorise la pression syndicale, y compris dans la fonction publique. Un dérapage des salaires pourrait compromettre la croissance.

Ajoutons à tous ces facteurs négatifs certaines tentations protectionnistes, avec un essai de retour à la « loi Volkswagen », limitant la liberté de circulation des capitaux, une sorte de « patriotisme économique » à l’Allemande.

Enfin, et non le moindre, Angela MERKEL a fait un coup d’éclat avec l’affaire des fraudes fiscales réalisées avec la complicité des banques du Liechtenstein. Mais elle a employé des moyens « machiavéliques » (le gouvernement a payé des gens pour qu’ils aillent voler des documents), et il n’est pas sûr que ce que l’on appelle « fraude » ne soit pas simplement une « évasion » : confisquer l’argent des riches c’est souvent appauvrir les pauvres.

Le 26 février 2008
 

 
 
 


 

 

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