PLUS DE DETTES, PLUS DE PRELEVEMENTS
On se souvient de la prise de conscience
provoquée par le rapport PEBEREAU en matière de dette publique. On allait
voir ce que l’on allait voir, et la France allait enfin cesser de vivre au dessus de
ses moyens. Quelques mois plus tard, les chiffres qui viennent de paraître
pour l’année 2005 montrent que l’on était encore en dessous de la réalité
et que, bien entendu, rien n’a changé. Jamais la dette n’a été aussi élevée
et en même temps jamais les prélèvements n’ont été si forts, car, comme
on le sait, les dettes d’aujourd’hui sont les impôts de demain.
Une dette de 66,4% du PIB
Le rapport PEBEREAU nous l’avait dit.
Jacques GARELLO l’avait démontré à son tour à partir d’un rapport de l’IREF dans un éditorial intitulé Fiscal Warming
(22 octobre 2005) : jamais la dette publique n’avait été aussi élevée.
Voilà l’héritage que nous allons laisser à nos enfants, autrement plus
dangereux que l’effet de serre. « Le réchauffement des finances publiques,
disait Jacques GARELLO, est ainsi mieux établi et plus pervers que celui
de la planète ». Mais les politiciens nous rassuraient aussitôt :
les choses iraient mieux dès cette année et la prise de conscience de
la classe politique était certaine.
La prise de conscience aura été de
courte durée et M. BRETON a déjà oublié qu’il affirmait alors que la « France
vivait au dessus de ses moyens ». Quelques mois plus tard, c’est
dans la plus grande indifférence que sont publiés par Bercy les chiffres
pour 2005. On assiste à un nouveau dérapage de la dette publique. Dans
sa définition la plus étroite (c'est-à-dire sans tenir compte des retraites
des fonctionnaires) la dette a atteint 66,4% du produit intérieur brut
en 2005, marquant un véritable dérapage par rapport à 2004 (64,7%).
On est bien au dessus également du
chiffre communiqué à Bruxelles il y a peu de temps (65,8% annoncés dans
le programme pluriannuel envoyé aux autorités européennes à la mi-janvier).
C’est donc pire qu’en 2004 et pire qu’on ne l’imaginait. Faut-il avoir
la cruauté de rappeler que le pacte de stabilité en Europe nous fait obligation,
sous peine de sanctions, de limiter cet endettement public à 60% du PIB ?
On se souvient en outre que la
France s’était réjoui de limiter son déficit pour l’année
2005 à 3% tout juste du PIB (maximum autorisé par Bruxelles) et cela grâce
à un tour de passe-passe que nous avions dénoncé, consistant à anticiper
la rentrée de l’impôt des grandes sociétés : quelques semaines plus
tard, la vérité apparaît : cela n’a pas empêché la dette publique
d’exploser (1 125 milliards en 2005). Rappelons que le poids de la
dette se rapproche maintenant des 20 000 euros par personne, soit
80 000 euros pour une famille avec deux enfants : voilà l’héritage
que nous laissons à nos enfants et petits-enfants (puisque l’Etat emprunte
maintenant parfois à horizon de 50 ans !).
Rappelons aussi qu’en 2006, la France devra emprunter 120
milliards d’euros de plus sur les marchés financiers, tout simplement
pour ne pas être en faillite. Jusqu’où va-t-on s’enfoncer ?
Plus de dettes égale plus d’impôts
Plus de dettes
égale plus d’impôts, c’est incontestable. Encore faut-il s’entendre sur
le sens de cette expression.
Si l’on entend
par là, comme le rapport PEBEREAU le suggère, qu’il faut augmenter les
impôts pour réduire les déficits et stopper l’endettement, c’est une erreur.
Car, comme le démontre le rapport de l’IREF,
aucun pays à ce jour n’a réussi à s’en sortir de cette façon. La raison
en est simple : plus d’impôts c’est moins d’argent disponible pour
créer de vrais emplois et stimuler la croissance, alors que la baisse
des taux est une bonne affaire pour tous, y compris l’Etat qui bénéficie
d’une accélération de la croissance (effet Laffer).
En revanche,
ce qui est vrai, c’est que la dette se traduit par des impôts plus lourds.
La dette d’hier
et aujourd’hui, c’est l’impôt d’aujourd’hui et de demain. C’est même un
peu plus : l’étude de l’IREF démontre que
le vote de l’impôt et le vote de la dette ne font pas courir les mêmes
risques politiques aux gouvernements : l’impôt fait réagir les contribuables,
la dette n’intéresse que les générations futures, et qui s’en soucie ?
Dans ces conditions, on s’endette encore plus que ce que le contribuable
actuel pourrait normalement supporter. Mais le contribuable de 2006 supporte
déjà la dette de 1976, et il doit évidemment payer les impôts en conséquence…
Ajoutons à cela le dérapage qui se
poursuit de la sécurité sociale et en particulier de l’assurance maladie,
sans parler des retraites, et on ne sera pas étonné de voir qu’en 2005,
les prélèvements aient progressé comme la dette.
La fuite en avant continue : les jeunes devraient s’en inquiéter !
Les prélèvements obligatoires ont donc
bondi de 43,5% en 2004 à 44,3% en 2005. Nous voilà désormais en tête de
tous les pays, juste après deux ou trois pays nordiques. La moyenne des
prélèvements de l’OCDE est de 36,3% et celle de l’Union européenne de
40,6%. Les Etats-Unis sont à 26,5%, le Japon à 25,8%, l’Irlande à 30%,
le Royaume-Uni à 35,3% : dans une économie mondialisée, comment concourir
avec de tels boulets aux pieds ?
Faut-il rappeler, pour être plus concrets,
que ces 44,3% du PIB représentent environ 55% du revenu des français.
C’est ce qui permet à Contribuables associés d’affirmer que nous travaillons
pour l’Etat et les organismes parapublics du 1Er janvier au
16 juillet, jour de la libération fiscale, à partir duquel nous commençons
à travailler pour nous et notre famille.
Voilà la réalité toute simple :
en 2005, prélèvements et dette publique ont augmenté parallèlement. La
fuite en avant ne s’est pas arrêtée.
En réalité, pour stopper les méfaits
de la dette, une seule solution s’impose clairement : baisser les
dépenses publiques. Il faut donc restreindre considérablement le domaine
d’intervention de l’Etat, et qu’il s’en tienne au strict nécessaire. Il
faut par exemple ne compenser aucun départ en retraite des fonctionnaires,
afin d’en diminuer le nombre.
Mais ce n’est pas le chemin qui a été
pris dans le budget 2006 : le nombre de fonctionnaires a à peine
diminué. C’est maintenant au budget 2007 qu’il va falloir s’attaquer.
Compte tenu des échéances électorales,
il est peu probable qu’on infléchisse la ligne actuelle de fuite en avant
des dépenses publiques. La prise de conscience n’est pas pour demain.
Si les jeunes avaient une vraie raison de manifester dans la rue, ce serait
bien celle là : l’avenir qu’on leur prépare, eux qui devront payer
les erreurs et les gaspillages de leurs aînés.
Le 28 Mars 2006
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