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Le Président
de 2 millions d’emplois industriels perdus en trente ans Le document
de travail que vient de publier la direction générale du trésor et de
la politique économique (DGTPE) du ministère de l’économie (sic) s’intéresse
à l’évolution de l’industrie française de 1980 à 2007. Bilan sans appel :
2 millions d’emplois perdus en près de trente ans. Conclusion : Il serait
pourtant bon de faire la part des choses. Faut-il se désoler que Ce serait
stupide ! Pas plus que de regretter aujourd’hui la plupart de nos
emplois industriels. Il est vrai qu’il n’y a plus que 3,4 millions de
Français à travailler dans l’industrie et le secteur manufacturier ne
représente plus que 16% de la production nationale. Avec la hausse des
revenus, les achats se sont déplacés de l’agriculture vers l’industrie
et de l’industrie vers les services. Non pas que nous ne mangions plus
ou que nous n’achetions plus de biens matériels, mais nous les produisons
avec moins de main d‘œuvre. S’il y a un problème, un vrai, de l’économie
française, ce n’est pas la destruction des emplois industriels, c’est
que le relais ne se fait pas suffisamment par des emplois tertiaires :
les créations ne compensent pas les destructions. Destruction créatrice ou destruction destructrice ? La vie
économique change à chaque instant et elle est faite de ce que Joseph
Schumpeter appelait la « destruction créatrice ». Chaque jour
en France en moyenne 10 000 emplois disparaissent, soit 3 à 4 millions
par an ! Mais chaque jour on en créé 10 000 nouveaux, un peu
plus quand ça va bien, un peu moins quand ça va mal, et le chômage n’augmente
pas parce que des emplois sont détruits, mais parce que les nouveaux emplois
créés sont moins nombreux. Chez nous, c’est la destruction destructrice
et non pas créatrice. C’est là-dessus qu’il faudrait s’interroger :
pourquoi en France ne crée-t-on pas plus d’emplois dans tous les secteurs
nouveaux vers lesquels la demande s’est déplacée ? La réponse
est connue : trop de charges, trop d’impôts, trop de bureaucratie,
trop de régulation, trop d’Etat : c’est sur cela que le président
devrait s’interroger et non pas en défendant avec la dernière énergie
et à grands frais les emplois en voie de disparition. Voulons-nous conserver
ce qui est en voie de disparition, voire ressusciter ce qui a disparu ?
Telle est la véritable question qui suscite tant de conflits sociaux,
et qui émeut nos gouvernants au point que dans les conflits récents, l’Etat
donne toujours raison à ceux qui défendent le passé -et leurs avantages
acquis- et jamais à ceux qui préparent l’avenir, avec les emplois de demain. L’industrie, c’est
du concret Il y
a ici aussi la survivance, en France, des idées matérialistes du marxisme.
Au 18° siècle, les physiocrates pensaient que seule l’agriculture était
productrice, le reste relevant de « la classe stérile ». Avec
Marx au XIX° siècle, on a pensé que seul le secteur matériel était productif,
ce qui expliquera plus tard pourquoi les « improductifs » du
secteur tertiaire étaient moins payés dans les pays socialistes que les
« productifs » de l’industrie. Certains
chez nous n’en sont-ils pas restés un peu là ? Pourtant, depuis les
explications de Jean-Baptiste Say, puis Fréderic Bastiat, tous devraient
comprendre que la matérialité de la production n’a aucune importance ;
ce qui compte, c’est de savoir si on rend un service à un client. Un médecin,
un enseignant, celui qui tient un restaurant, organise un spectacle, s’occupe
de culture, nous permet de partir en vacances ou s’occupe de nos loisirs,
ou des personnes âgées dépendantes, ou encore Internet, le téléphone,
la télévision, le cinéma, la chanson, la musique, l’art : tout cela
serait-il inutile, futile, ou improductif et moins noble que fabriquer
des machines à laver ? Tenir la désindustrialisation pour un drame,
c’est se tromper sur la nature de la richesse, qui n’est pas possession
d’un bien tangible, mais réponse à un besoin. C’est la demande du client
qui donne sa valeur à un produit et en fait une richesse. D’autre
part, qu’appelle-t-on un « bien industriel » ? Le coût
de production d’une automobile intègre aujourd’hui près de 80% de services :
recherche, conception, essais, publicité, communication, commercialisation,
distribution, transport, garanties, emprunts, etc. Or ces dépenses, le
plus souvent « externalisées » parce qu’engagées auprès de firmes qui
apportent ces services, ne sont pas comptabilisées au titre des « produits
industriels ». Dans les vieilles usines, où l’on fabriquait tout
depuis la matière première jusqu’au produit fini, tout était « industriel ».
Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Faut-il s’inquiéter
pour l’industrie française ? Si la
désindustrialisation est un phénomène généralisé, elle est peut-être plus
mal vécue et gérée en France que chez certains de nos voisins, notamment
les Allemands, et les causes de cette situation sont certainement inquiétantes.
Le rapport
de La mondialisation
n’est pas en cause si l’on considère que parler d’un « produit français »
ne veut plus dire grand chose tant les productions sont mondialement imbriquées ;
et s’il y a eu des délocalisations (15 000 emplois par an, soit l’équivalent
d’une journée et demie de pertes d’emplois !) il y a eu des investissements
étrangers dans l’hexagone. De toutes façons, nos échanges avec les pays
émergents représentent à peine 2% de notre PIB ! Le rapport est donc
très prudent : son impact sur « l’emploi apparaît plus difficile
à évaluer compte tenu de la relation complexe qui existe entre importations
et production domestique ». En réalité,
la désindustrialisation ne serait pas vécue comme un drame si elle ne
se produisait pas dans un pays en plein déclin économique, si la mobilité
de la main d’œuvre n’était pas considérée comme de la précarité, si la
circulation des capitaux et la restructuration des entreprises ne passaient
pas pour de pures spéculations. Ajoutons au tableau la réglementation,
la fiscalité, les charges sociales, la bureaucratie : l’Etat français
étouffe l’esprit d’entreprise et l’innovation indispensables aux reconversions.
Vouloir
mettre un terme à la désindustrialisation risque d’aggraver encore la
situation de notre économie ; de mauvais diagnostics et de mauvais
remèdes conduisent à de mauvais résultats. Il faut accompagner la désindustrialisation
par un retour à la libre entreprise. Jean-Yves Naudet
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