IL Y A POUVOIR D’ACHAT ET POUVOIR D’ACHAT
Les Français sont inquiets pour leur
pouvoir d’achat, et ils ont raison. D’une part les statistiques dont se
pare le gouvernement sont sans grande signification. D’autre part si le
pouvoir d’achat se maintient en apparence, c’est dû à des artifices qui
font long feu.
Le pouvoir d’achat des salaires du privé en hausse de 1,4%
C’est ce
que nous apprennent les statistiques du ministère de l’emploi, présentant
les résultats de l’années 2005 dans le domaine
du pouvoir d’achat.
En 2004, l’évolution avait été très
médiocre et les syndicats en avaient fait leur cheval de bataille, multipliant
les manifestations. Cette année, ils ont trouvé un autre sujet de mécontentement
à exploiter. Les résultats médiocres de 2004 s’expliquaient largement
par les premières conséquences des 35 heures : on ne peut espérer
travailler moins et gagner plus.
Qu’en serait-il pour 2005 ?
La situation est en apparence un peu
plus favorable. Les statistiques portent d’abord sur le salaire mensuel
de base des salariés du secteur privé. Il a progressé de 0,5% au quatrième
trimestre 2005 et de 3% pour l’ensemble de l’année. Il faut comparer cette
hausse des salaires à celle des prix pour apprécier le pouvoir d’achat.
Or ceux-ci ont progressé pendant le même temps de 1,6% sur l’ensemble
de l’année, ce qui est assez faible, en raison notamment d’une baisse
des prix de 0,1% au quatrième trimestre. Le gain de pouvoir d’achat serait
donc de 1,4% (3% - 1,6%), soit deux fois plus qu’en 2004 (0,7%). Bravo !
Nous croyons nécessaire de tempérer
cet enthousiasme. Il faut commencer d’abord par relativiser ces résultats
selon les catégories. C’est ainsi que ce sont les ouvriers qui enregistrent
la plus forte hausse du salaire ainsi défini (3,3%), contre 3,2% pour
les employés, 2,6% pour les professions intermédiaires et 2,4% seulement
pour les cadres. Cela s’explique notamment par le fait qu’une certain
nombre d’ouvriers sont payés au SMIC et que celui-ci a fortement progressé
en raison de la mise en place des 35 heures et du rattrapage progressif
(pour avoir 35 heures « payées 39 »). La hausse du SMIC a été
de 5,5% au 1er juillet, comme toutes les années précédentes.
Le pouvoir d’achat dopé par le SMIC : est-ce durable ?
Cela signifie qu’une part de la progression
du pouvoir d‘achat, pour les bas salaires et pour ceux qui sont un peu
au dessus du SMIC, est artificielle et ne se fait que par un décret gouvernemental.
Cela a un coût : les autres salaires progressent moins, la hiérarchie
des salaires est écrasée et la motivation au travail réduite, donc la
production s’en ressent. Une part importante de cette hausse du SMIC doit
être compensée par une aide publique d’environ 15 milliards d’euros (d’où
des hausses de prélèvements obligatoires équivalentes).
Enfin, comme nous l’avons plusieurs
fois démontré, cette hausse du SMIC provoque l’exclusion du marché du
travail des moins productifs, parce que moins qualifiés, et des plus jeunes,
parce que moins expérimentés : la hausse du pouvoir d’achat due à
l’artifice du SMIC ne sert à « aider » que ceux qui ont un emploi
et maintient les autres en marge de l’activité économique. Et même certains
de ceux qui ont en emploi peuvent le perdre parce que les entreprises
ne résistent pas au choc d’une progression aussi élevée (et artificielle)
des salaires. Le coût total est donc énorme.
Mais il y a autre chose encore. Chacun
est dans une situation différente. C’est ainsi qu’en moyenne le pouvoir
d’achat a progressé de 2% dans la construction, de 1,4% dans le tertiaire,
de 1,1% dans l’industrie. De plus, cette progression du salaire mensuel
de base des salariés du privé ne représente pas toute la question du pouvoir
d’achat. Il y a d’abord tous ceux qui ne sont pas salariés du privé. Ce
sont les salariés du secteur public et les fonctionnaires, dont les rémunérations
sont fixées arbitrairement et pèsent sur le pouvoir d’achat des autres.
Ce sont aussi toutes les professions indépendantes et libérales, dont
les revenus (quand ils ne sont pas fixés par l’Etat avec des honoraires
bloqués) reflètent la réalité de l’effort productif.
Ne pas confondre hausse des salaires
et hausse du pouvoir d’achat
Il y a aussi le fait que, pour les
ménages, il existe une différence notable entre le salaire et le revenu.
Non seulement dans 80% des cas il y a deux salaires, mais surtout les
ménages paient des impôts et charges et reçoivent des prestations sociales.
Voilà pourquoi l’INSEE a publié d’autres statistiques du pouvoir d’achat,
celles du revenu disponible brut des ménages. Il tient compte cette fois
de tous les ménages, y compris des entrepreneurs individuels. Il ajoute
les prestations sociales (en hausse de 4% l’an dernier) et retranche les
prélèvements obligatoires (en hausse plus rapide de 4,9%, « grâce » en
particulier à la CSG, à l’ISF et à l’impôt sur
le revenu). Une fois tous les calculs réalisés, on obtient pour 2005 une
hausse de ce revenu disponible de 3% et donc une progression du pouvoir
d’achat de 1,4%.
Les keynésiens accordent beaucoup d’importance
à cette hausse du revenu et du pouvoir d’achat. Ils pensent qu’elle détermine
mécaniquement la consommation, donc la demande, donc l’activité et l’emploi.
Il suffit donc de distribuer artificiellement des revenus (par exemple
en augmentant les prestations sociales et autres revenus de transferts,
financés par un déficit budgétaire) pour améliorer l’activité économique.
Ce sont les fameuses politiques de relance par la consommation et la demande
en général.
C’est oublier qu’en distribuant un
pouvoir d’achat qui ne correspond à rien, on ne fait que distribuer du
vent, on aggrave les risques d’inflation et de déséquilibre et on pénalise
les générations futures en faisant exploser la dette publique. Certes,
il n’est pas anormal que le pouvoir d’achat augmente, lorsque la situation
économique est bonne, Mais ce doit être le résultat de l’activité économique
et non sa cause, car c’est l’offre qui créé sa propre demande et non l’inverse.
Et la hausse des rémunérations ne doit pas dépasser celle des gains de
productivité, sinon on provoque des déséquilibres.
Le pouvoir d’achat devrait donc échapper
à la politique. Il devrait être le résultat de l’activité des entreprises
et des libres contrats signés. La seule façon de distribuer du vrai pouvoir
d’achat, sans créer du chômage, c’est de produire des richesses nouvelles.
Pour cela il faut travailler plus. Et baisser les prélèvements obligatoires,
pour stimuler l’offre. Car seules les entreprises créent des richesses
qui peuvent ensuite être distribuées. Mais à distribuer du vent, on récolte
des impôts et du chômage.
Le 11 Avril 2006
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