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| LA NOSTALGIE DE L’INFLATION Il semblerait que notre classe politique,
dans son ensemble, soit nostalgique de l’inflation. Il y a en effet une quasi-unanimité
(on réservera le cas de François Bayrou) pour critiquer la Banque Centrale Européenne
et sa gestion de l’Euro ; certains vont même jusqu’à
prôner leur suppression. Plus d’euro, plus de chômage, plus de hausse des prix.
On n’en est pas à une incongruité près. On peut à la fois reprocher à l’Euro
de renchérir le panier de la ménagère et à la BCE de mener une politique trop
stricte, inspirée par la stabilité monétaire. En réalité, de façon tout à fait aberrante
et irréaliste, nos hommes politiques veulent rendre à l’Etat Français la souveraineté monétaire qu’il a remise par
traité entre les mains de la BCE. Pourquoi donc ? Réponse :
ils ont la nostalgie de l’inflation ! Attaques contre l’Euro fort Parmi les candidats, Nicolas SARKOZY
et Ségolène ROYAL sont à la pointe du combat contre la gestion de l’Euro par la BCE. Le premier vient d’affirmer qu’il « n’acceptait
pas la façon dont est gérée la monnaie unique ». Le taux élevé de l’euro
menacerait nos exportations d’Airbus ! Il faut
faire une « politique active de change ». Le candidat de l’UMP se fait ainsi l’écho des propos de Louis GALLOIS « quand
le dollar baisse de 10 centimes, cela coûte un milliard d’euros à l’entreprise ».
C’est oublier qu’Airbus meurt non de l’euro, mais de
la politique et des interventions des Etats. Comme le soulignait un expert, il
est plus facile de s’attaquer au taux de change qu’au salaire minimum… Le premier point à souligner ici est
que si l’Euro est fort, il l’est pour chacun des treize
pays de la zone euro. Comment expliquer que, année après année, les
exportations allemandes battent un nouveau record, tandis que la France connaît
des déficits croissants ? C’est que nos exportations dépendent non de la
valeur de l’euro, mais de notre compétitivité, de nos charges, de nos impôts,
du coût du travail, de nos réglementations étatiques. Un deuxième point à relever est que
la détermination des taux de change n’est pas du ressort de la Banque Centrale,
puisque nous sommes depuis le 1er avril 1978 dans un système international
de changes flottants. Grâce à Milton Friedman, et à la suite de la faillite du
système de Bretton Woods,
les taux de change fixes, établis par le Fonds Monétaire International, n’existent
plus. Depuis trente ans, c’est le marché, c'est-à-dire l’offre et la demande des
diverses monnaies, qui détermine les taux. Vouloir modifier
unilatéralement la valeur d’une monnaie, au prétexte qu’elle est « surcotée »
c’est prétendre donner un prix artificiel, c’est préférer un « faux prix »
à un vrai prix. Comment d’ailleurs s’y risquer aujourd’hui ? La masse de
devises échangées dans le monde entier chaque jour est tellement énorme qu’il
faudrait à la BCE racheter tous les dollars en circulation et vendre tous ses
euros : ses réserves n’y résisteraient pas plus de quelques heures. La masse
monétaire européenne exploserait, provoquant une inflation sans précédent, déréglant
totalement l’économie européenne – ce que personne ne désire réellement !
Attaques contre la politique monétaire
automatique Quant à Madame ROYAL, elle propose,
parmi ses cent propositions, au N°89 « d’inscrire dans les statuts de la
banque centrale européenne l’objectif de croissance-emploi ;
créer un gouvernement de la zone euro ». Cela supposerait déjà une réforme
des traités européens dont aucun de nos partenaires ne veut entendre parler ;
on est donc en plein fantasme. Et un autre fantasme consiste à vouloir imposer
à tous les Etats européens des politiques dirigistes. Les statuts de la BCE prévoient actuellement
son indépendance totale vis-à-vis de tout pouvoir politique et lui assignent une
mission unique : la lutte contre l’inflation. Les gouverneurs de la zone
euro se fixent donc un objectif (actuellement une inflation maximale de 2% par
an) et modifient en conséquence taux d’intérêt et masse monétaire, non pas de
façon arbitraire, mais conformément aux statuts de la BCE. Cette politique n’est
pas parfaite (elle passe trop par les taux d’intérêt et pas assez par la quantité
de monnaie), mais elle est assez prudente pour éviter l’inflation. Ce que ne supportent pas nos candidats,
c’est de ne pas avoir leur mot à dire. Ils regrettent le temps où les banques
centrales étaient « dans les mains du gouvernement », comme le
disait Napoléon. L’heureux temps où l’on pouvait financer les dépenses publiques
et les déficits en faisant tourner la planche à billets, c'est-à-dire par l’impôt
inflation. Ils reprochent surtout à la politique actuelle d’être stable, au lieu
de se modifier au gré de la conjoncture, pour tenter d’infléchir celle-ci :
ce qu’ils regrettent, c’est le temps des politiques keynésiennes conjoncturelles,
où les hommes politiques pouvaient faire joujou avec la monnaie et se donner l’illusion
qu’ils pilotaient l’économie. La monnaie étant une chose trop importante pour
être confiée à l’arbitraire des hommes politiques, on leur a retiré ce pouvoir. Au-delà de ces manipulations conjoncturelles,
il y a aussi l’idée qu’une bonne relance monétaire va créer de la croissance et
de l’emploi. Il y a longtemps qu’on sait bien que ce n’est pas la monnaie qui
créé la prospérité. Un surcroît de création de monnaie ne crée que de l’inflation,
et non pas de la croissance, si les entreprises sont empêchées de produire. C’est
en libérant l’offre qu’on créera des richesses, pas en distribuant de la monnaie
de singe. Et la stabilité des prix est la meilleure alliée de la croissance et
de l’emploi. Voilà pourquoi il faut séparer la monnaie de la politique. La sagesse consiste à ne pas laisser aux gouvernants la discrétion de changer la valeur de la monnaie. Les politiques « discrétionnaires » doivent être supprimées – et elles l’ont été pour l’essentiel depuis 1978. Une politique « automatique », fondé sur une croissance régulière de la masse monétaire en fonction de la croissance du produit réel, est en place aujourd’hui, et la BCE l’applique comme on le lui a demandé. Il vaut mieux des règles stables que des politiques arbitraires. Mais chassez le naturel il revient au galop : en dépit de son indépendance constitutionnelle, une banque centrale est toujours sous la menace des appétits politiques, comme on le constate aujourd’hui. C’est pourquoi HAYEK avait suggéré de privatiser et dénationaliser la monnaie, d’instaurer une concurrence monétaire entre banques privées et d’en finir avec les banques centrales. On y viendra dans moins de dix ans. Mais Ségolène n’aime pas les banques !
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