REVOLUTION COPERNICIENNE


Elle ne pratique pas la langue de bois : une nouvelle fois, Laurence PARISOT met les pieds dans le plat et dans le cadre de la campagne d’information du MEDEF, elle a déclaré : « Il faut changer de point de vue en passant d’une politique qui fait de la demande le seul levier de l’action économique à une approche qui met la priorité sur l’offre. Si la France faisait le choix d’une véritable politique de l’offre, ce serait une révolution copernicienne et pour l’instant aucun candidat n’est dans cette démarche ».

 

KEYNES : vive la dépense !

La politique de la demande, dont se réclament en effet, à des degrés divers, tous les candidats, a une longue généalogie, qui remonte à Robert MALTHUS au début du XIX° siècle : l’économie est menacée sans cesse d’une crise de surproduction, d’un excès d’offre, en raison de la faiblesse de la demande ou, comme on disait à l’époque, des débouchés. Les salariés sont trop peu payés pour absorber l’offre et les capitalistes préfèrent épargner. L’épargne est donc l’ennemie de la croissance. L’insuffisance de la demande conduit à la chute de la production et au chômage. La thèse sera adaptée par MARX : c’est la sous-consommation ouvrière, due à l’exploitation des travailleurs par les entreprises avides de profits, qui conduit inéluctablement le capitalisme à sa perte.

Mais c’est surtout l’économiste anglais John Maynard KEYNES qui assurera le triomphe politique de la vieille analyse malthusienne en commentant la crise de 1929. Elle aurait été causée par la faiblesse de la demande globale : faiblesse de la consommation, ou des investissements ou des dépenses publiques. On ne dépense pas assez d’argent pour maintenir le plein emploi. La conclusion s’impose : il faut -et il suffit- d’augmenter la demande globale pour faire redémarrer l’économie et résorber le chômage. On imagine le succès de ces idées sur la classe politique, puisque les dépenses publiques deviennent vertueuses économiquement. Les gouvernements sauvent l’économie en donnant de l’argent !

 

Echec du keynésianisme

Le succès politique a engendré l’échec économique. Après trente ans de keynésianisme échevelé dans tous les pays occidentaux, la crise pétrolière des années 1970 a dévoilé les limites et l’incongruité de la politique de la demande. Les dépenses publiques ont gonflé, elles ont été financées par l’inflation, mais le résultat a été la stagnation et le chômage massif.

L’issue était fatale : comment relancer l’économie avec des dépenses publiques et des déficits budgétaires, sinon avec de l’inflation ? Le pouvoir d’achat artificiel, « les faux droits » (Jacques RUEFF) créent-ils des emplois ? Le contemporain de MALTHUS, Jean Baptiste SAY expliquait que le vrai pouvoir d’achat, les vrais droits, ne peuvent provenir que d’une production vendue, ayant rencontré l’accord du marché, c'est-à-dire des clients. Mais alors pourquoi pas davantage de production, pourquoi pas de vente ? Si les entreprises n’ont pu s’adapter aux exigences du marché, c’est du côté de l’offre qu’il faut regarder.

Enfin, KEYNES raisonnait en économie fermée. Or nous sommes en pleine mondialisation. La relance ne conduira qu’à consommer plus, comme c’est le cas en France actuellement, et on consommera les produits disponibles et les moins chers : les produits étrangers importés.

 

Politique de l’offre : défiscaliser et déréguler

Tout autre serait une politique de l’offre. Les entreprises aimeraient produire davantage mais elles en sont empêchées par les impôts et la réglementation. Les impôts agissent sur les comportements microéconomiques, c'est-à-dire sur les incitations à produire, à entreprendre, à investir, à travailler, à épargner, etc. Qui va se mettre à produire si, comme c’était parfois le cas, l’impôt vient prendre plus de 100% du revenu supplémentaire ? Et même s’il en prend plus de 50% ? Baisser les impôts, c’est une priorité absolue d’une politique de l’offre, et cela va stimuler, non pas artificiellement, mais en profondeur, les incitations à produire : on créera ainsi plus de richesses, et même l’Etat finira par s’y retrouver, la matière imposable ayant augmenté (effet LAFFER).

L’autre frein à l’activité, ce sont toutes les réglementations administratives et sociales créées par l’Etat ; les entreprises ne peuvent produire plus, car elles ne sont pas libres de leurs prix (prix administrés), de l’embauche des salariés (règles strictes sur les licenciements), de la durée du travail (les 35 heures), de leur production (services publics interdits au secteur privé), de leur installation (professions fermées), etc. Le recul de ces réglementations (la dérégulation) libérera l’offre qui pourra ainsi s’accroître : le MEDEF pense que l’on pourrait, comme dans les autres pays, passer de 2 à 4% de croissance avec une telle politique de l’offre. Les problèmes d’emploi et de pouvoir d’achat seraient ainsi résolus.

Le 3 avril 2007
 

 


 

 

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