ETATS-UNIS :
QUELLE POLITIQUE ECONOMIQUE EN 2009 ?


Nous allons abandonner la conjoncture immédiate, pour nous tourner vers l’avenir. En novembre, les Américains vont élire leur nouveau président, qui entrera en fonction en janvier 2009. Sa politique économique sera déterminante pour le monde entier, car les Etats-Unis restent la première puissance économique mondiale et ils sont en situation délicate, avec la crise des subprimes et la récession. Si on connaît le nom du candidat républicain, on ignore encore quel sera son challenger. Mais les deux candidats démocrates ont sur le plan économique des programmes assez proches. Le clivage sera clair entre les candidats des deux camps, et ce choix engagera l’Amérique et le monde pour longtemps.

 

Keynésianisme démocrate

Ce qui frappe dans cette campagne, c’est la diversité des sujets : politique étrangère, l’Irak bien sûr, mais aussi l’Iran, le Proche-Orient, la Russie, la Chine, les questions de société (avortement, mariage gay,…), le rôle de la religion. Au départ, les questions économiques paraissaient secondaires, dans un climat de prospérité. La crise des subprimes, le plan de baisse d’impôts de BUSH, la récession ont remis l’économie au centre de la campagne.

Du côté démocrate, les positions de Barack OBAMA et d’Hillary CLINTON sont assez proches. Le ton de leur affrontement est vif, parce que les résultats sont incertains, mais les programmes économiques se ressemblent. Ils se situent dans la grande tradition démocrate, et donc dans la lignée de ROOSEVELT et de son New Deal des années 1930. Sur le plan conjoncturel, l’analyse est simple : suivant la logique keynésienne, la récession actuelle viendrait d’une insuffisance des dépenses de consommation et d’investissement, que l’on devrait compenser par une hausse des dépenses publiques.

 

Des baisses d’impôts, pour quoi faire ?

Cette analyse a été notamment en honneur quand George W. BUSH a proposé son plan de relance. Il avait alors besoin de voix démocrates, n’ayant plus de majorité au congrès. Et il a réussi à faire passer les baisses d’impôts pour un encouragement de la demande (alors qu’il s’agit en réalité d’une relance de l’offre). Au même moment, CLINTON et OBAMA se battaient à coups de dizaines de milliards de dollars de dépenses publiques et de déficits budgétaires. Leur proposition majeure a été et demeure un programme de dépenses « sociales » pour les plus démunis, qu’ils présentent comme une politique du pouvoir d’achat de nature à gonfler la consommation. Leur plan n’a pas été retenu par le Congrès, mais il reste la base de leur campagne, aux côtés de projets de grands chantiers publics.

Pour eux, la baisse des impôts ne saurait concerner les hauts revenus : pas question de « cadeaux fiscaux aux riches » (air connu en France). Les démocrates ne croient pas que les entrepreneurs, travailleurs et épargnants soient encouragés à produire et investir davantage, ils ne croient pas que la solution aux accidents conjoncturels puisse être « du côté de l’offre » (supply side). 

Le retour du protectionnisme

Il y a d’autres sujets importants sur lesquels les démocrates montrent leur choix pour le dirigisme suranné. Le premier concerne l’assurance maladie. Les deux candidats veulent la développer, avec un projet de « Sécurité Sociale à la française », plus radical chez Hillary CLINTON, qui reprend ainsi un projet que son mari n’avait pas réussir à imposer, car OBAMA ne parle pas de rendre l’assurance maladie obligatoire.

Mais c’est bien sur le plan de la mondialisation que les candidats rivalisent d’imagination. Alors que Bill CLINTON avait joué le jeu du libre commerce, Hillary CLINTON et OBAMA dénoncent les délocalisations et la « concurrence déloyale » dues aux accords de libre-échange ; même l’ALENA (accord avec le Canada et le Mexique) ne trouve pas grâce à leurs yeux : ils veulent le renégocier. Ce tournant protectionniste aurait à nos yeux des conséquences funestes. L’interventionnisme est également visible dans les projets de contrôle du secteur financier et des investissements étrangers aux USA, mais on dit Hillary CLINTON là aussi plus interventionniste qu’OBAMA. 

McCAIN va-t-il renouer avec la reaganomics ?

Les projets de John McCAIN sont évidemment plus conformes à la tradition républicaine et marquent moins une rupture par rapport à BUSH. Mais il a répété pendant des mois que « l’économie n’était pas son point fort ». Face aux propositions de ses adversaires, il a été obligé de recentrer sa campagne sur ces questions.

Il soutient aujourd’hui les baisses d’impôts BUSH (bien qu’il ait voté contre en 2003) et souhaite pérenniser les réductions sur les hauts revenus, pour maintenir l’impact sur l’offre. Il propose aussi de baisser l’impôt sur les sociétés. Il a enfin déclaré que ce n’était « pas le devoir du gouvernement d’aider ceux qui agissent de façon irresponsable », faisant allusion à la crise des prêts immobiliers.

Sur le plan commercial, il n’a jamais tenu de propos protectionnistes et devrait maintenir la politique d’ouverture et de libre commerce, favorisant des accords de libre-échange, à commencer par l’ALENA. Cependant, comme beaucoup de Républicains, il paraît plus réservé sur le plan de la libre circulation des personnes, ayant notamment prôné une certaine fermeté vis-à-vis des travailleurs latinos clandestins.

Tout cela reste un peu conventionnel et timide. McCAIN a joué la carte, lors des primaires, d’une position  centrale dans le parti, se démarquant de certains courants conservateurs et religieux, qui ne l’aiment guère, mais aussi des plus libéraux, au sens européen. Or il n’emportera pas l’élection s’il ne rassemble pas aussi la droite républicaine autour de lui.  Le choix de son vice-président sera décisif. On parle ces temps-ci de Condolezza RICE, ce qui serait politiquement habile (une femme noire damerait le pion à ses deux adversaires d’aujourd’hui), mais ses positions tant diplomatiques qu’économiques ne sont pas nettes.

Tous les observateurs lui conseillent de renouer avec ce qui a fait le succès des républicains : la reaganomics, faite d’économie de l’offre, de défiscalisation, de recul des dépenses « sociales », de déréglementation et d’ouverture commerciale. Ne pas commettre l’erreur de BUSH père, qui s’en était éloigné. Les Américains aiment les choix clairs.

Le 29 avril 2008

 
   


 

 

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