ACCELERATION DE LA CROISSANCE MONDIALE :

POUR QUI ? POUR COMBIEN DE TEMPS ?


Le Fonds Monétaire International vient de publier un rapport globalement optimiste sur la croissance économique mondiale. Celle-ci reste forte et marque une accélération par rapport aux prévisions antérieures comme par rapport à l’an dernier. Mais cet optimisme doit se tempérer doublement. D’une part la croissance ne concerne guère la « vieille Europe », et tout particulièrement la France et l’Allemagne, d’autre part la croissance est menacée par les erreurs politiques qui pourraient être commises, aux Etats-Unis comme en Europe.

 

Une croissance de 4,9% en moyenne en 2006

Le rapport semestriel du FMI annonce un véritable printemps de la croissance mondiale. Globalement, le produit intérieur brut (PIB) devrait progresser en 2006 de 4,9% pour l’ensemble de la planète : on renoue ainsi avec les chiffres des trente glorieuses de l’après-guerre. Par rapport aux prévisions faites à l’occasion du rapport de l’automne dernier, l’accélération est assez sensible : 0,5% de croissance en plus. Or l’année 2005 avait déjà été une excellente année au niveau mondial, avec 4,8% de croissance. Et cette croissance devrait être durable, puisqu’elle serait encore de 4,7% en 2007 : trois années de suite à près de 5% de croissance, ce n’est pas rien.

Deuxième bonne nouvelle : cette croissance est encore plus rapide dans ce que l’on n’ose plus appeler le tiers-monde, tant il se développe rapidement. En 2006, la croissance moyenne des pays en développement et des économies émergentes serait de 6,9%. En  particulier,  l’Asie  en  développement connaîtrait une progression de 8,2%. Cette progression asiatique est tirée bien sûr par la Chine, dont nous avons parlé ici même plusieurs fois, avec 9,5% de croissance, mais aussi par l’Inde, avec 7,3% de croissance.

Autre fait notable : l’Afrique, que l’on pensait être un continent sinistré, marque aussi une progression sensible, menée par les pays qui ont accepté des réformes et l’ouverture aux échanges internationaux : le PIB augmenterait de 5,7%, ce qui n’est pas mal du tout. Le Proche-Orient serait exactement dans la même situation. L’Amérique latine est un peu moins dynamique, avec 4,3%, mais il est vrai que dans ce continent un certain nombre de pays ont fait des choix politiques hasardeux, qui risquent de ralentir la croissance : faire le choix du socialisme, c’est le plus court chemin vers la récession. Mais d’autre pays latino-américains tirent la croissance vers le haut, toujours ceux qui acceptent la logique des échanges libres.

 

2% de croissance seulement dans la zone euro

Bonne note également pour les pays d’Europe de l’Est, qui eux aussi ont accepté les réformes radicales qui s’imposent, à commencer par les réformes fiscales (flat tax par exemple) : la croissance y serait cette année de 5,2%. Même la Russie fait bonne figure, avec 6% de croissance. Ce sont donc les pays occidentaux industrialisés qui sont à la traîne. Mais dans ce groupe, les Etats-Unis font toujours la course en tête, avec 3,4%, et le Canala avec 3,1%. Le Japon est enfin sorti de la récession, comme nous l’avions annoncé il y a quelques mois, avec 2,8%. Et la Grande –Bretagne, en recul sensible cette année, tombe à 2,5%.

Tout cela n’est pas extraordinaire, mais c’est dans tous les cas bien mieux que dans la zone euro, qui se trouve et de loin en queue de peloton. La croissance devrait y être de 2% à peine en 2006, en moyenne, et la France se situerait exactement dans cette moyenne. Quand à l’Allemagne, elle serait même en dessous avec 1,3% de croissance seulement. La vieille Europe se distingue donc et paye très cher son refus des réformes et son protectionnisme.

Comment expliquer les bonnes performances du monde entier et les mauvaises performances de la zone euro ? Il y a deux constantes dans les pays à croissance rapide : l’acceptation des réformes visant à libéraliser l’offre (concurrence, flexibilité du marché du travail, dérégulation, défiscalisation,…) et d’autre part la plus grande ouverture possible des frontières. Or sur ces deux terrains la zone euro est encore très frileuse, particulièrement en France ou en Allemagne : le patriotisme économique (sévèrement condamné par le FMI comme étant « le vieux vin du protectionnisme présenté dans une nouvelle bouteille mal dénommée » !), le refus maladif de la moindre réforme (« On ne peut plus embaucher à vie aujourd’hui » a rappelé l’économiste en chef du FMI, visant la France) constituent les plus sûrs moyens de briser l’élan de croissance. Nous n’avons pas pris le train de la croissance parce que nous n’avons pas pris le ticket qui nous permet de voyager, celui de l’acceptation des réformes. Voilà pourquoi l’Europe est à la traîne.

 

Retour à l’argent facile ?

De plus l’Europe risque d’être pénalisée au cours des mois à venir si le dollar devait baisser substantiellement : les exportations vers les Etats-Unis et la zone dollar deviendraient problématiques. Arrivés à ce point, nous pouvons nous interroger sur la politique monétaire de la Réserve Fédérale.

Certes, on ne cesse de s’inquiéter de la hausse des cours pétroliers, qui battent en permanence de nouveaux records, atteignant, en termes réels, pratiquement ses records historiques. Certains pensent que cette hausse pourrait provoquer de l’inflation, la hausse du prix du pétrole (et des matières premières en général) se répercutant sur tous les prix. Mais il n’y a inflation que s’il y a une émission de monnaie exagérée. Les propos tenus la semaine dernière par Ben Bernanke, pourraient laisser penser que le dollar serait volontairement déprécié, un retour à « l’argent facile » permettant d’alléger la facture pétrolière. Mais les Etats-Unis peuvent-ils effacer du même coup l’énorme dette qu’ils ont vis-à-vis des Chinois ? Ceux-ci accepteraient-ils d’être ainsi dépouillés, et n’auraient-ils pas la tentation de liquider toutes leurs réserves en billets verts, provoquant ainsi un dérèglement monétaire mondial ? Une révision totale de la gestion du dollar nous semble donc aujourd’hui improbable. D’autre part un élément d’optimisme est précisément la croissance mondiale car elle signifie aussi une intensification de la concurrence, de nature à contenir les prix en obligeant les entreprises à faire des gains de productivité.

Nous ne sommes plus en 1929, où chacun se réfugiait derrière d’illusoires frontières, mais dans des économies ouvertes qui tirent la croissance vers le haut. Certes, le FMI marque son inquiétude si jamais la politique se mêlait à la crise, provoquant d’artificielles pénuries en Iran, en Irak, au Nigeria ou en Amérique Latine. La géopolitique est capable de briser la croissance mondiale : on le sait hélas depuis longtemps !



Le 9 Mai 2006
 

 


 

 

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