![]() |
||||||||||||||||
|
NUAGES SUR LE COMMERCE MONDIAL |
||||||||||||||||
|
Il y a les fausses et les vraies mauvaises
nouvelles. Les fausses : la hausse de l’euro ou le recul de la
consommation. Cela ne change pas en profondeur la réalité économique.
Et puis il y a les vraies mauvaises nouvelles, et celle-ci en est une :
le commerce mondial se porte mal. Or, s’il y a bien un vrai moteur de
la croissance et un facteur de modération des prix, c’est le commerce
international. Sa croissance s’est sensiblement ralentie. On pourrait
compter sur les négociations de l’OMC pour la dynamiser, mais celles-ci
piétinent, hélas. La croissance des échanges mondiaux ne cesse de se ralentir L’organisation mondiale du commerce
(OMC) vient de publier les derniers résultats du commerce mondial. En
2006, la progression des échanges était de 8,5%, plus de deux fois la
croissance du Pib (la hausse des échanges était même de presque 10%
en 2004, soit deux fois et demi celle du Pib). Brusque ralentissement
en 2007 : la progression des exportations de marchandises tombe
à 5,5% seulement. Certes, c’est toujours plus que le Pib, ce qui veut
dire que la mondialisation continue à progresser : chaque pays
exporte année après année une part plus grande de sa production. Mais
le rythme d’internationalisation est plus faible. Les prévisions de l’OMC pour 2008 s’annoncent
encore pires. Il est question de 4,5% seulement, peut-être même moins
encore, car l’OMC est prudente : on en est seulement au tiers de
l’année. La prudence de l’OMC dans ses prévisions vient du fait que
« les turbulences sur les marchés financiers assombrissent les
perspectives ». Pascal LAMY, directeur de l’OMC, affirme que « l’économie
mondiale traverse une période incertaine et préoccupante ». L’OMC
se borne à constater que les pays développés voient leur activité se
ralentir, donc leurs achats de produits étrangers, ce qui ralentit à
son tour le commerce mondial. Mais les choses ne sont pas à sens
unique en économie. Les causalités sont complexes et on peut aussi soutenir
que c’est le ralentissement du commerce mondial qui contribue à la récession
en Europe et aux Etats-Unis. En toute hypothèse, ce ralentissement est
une mauvaise nouvelle, car moins de commerce extérieur, c’est moins
de concurrence. C’est l’aiguillon des marchés extérieurs qui pousse
les entreprises à la compétitivité. Moins de compétitivité conduit à
payer plus cher les importations. On voit que ce sont encore les Allemands
qui s’en sortent le mieux, parce que leurs performances à l’exportation
leur permettent de maintenir leurs importations à un haut niveau. Pourquoi ce ralentissement ? Mais pourquoi ce ralentissement des
échanges ? On nous renvoie toujours à des considérations conjoncturelles :
la flambée des prix des matières premières, l’effondrement du dollar,
la hausse de l’euro, la crise immobilière des subprimes, les turbulences
sur les marchés financiers. Mais il faut aussi prendre en compte
les erreurs et les maladresses commises par les dirigeants des principaux
acteurs du commerce mondial. Par exemple on sait que les Chinois continuent
à surévaluer leur monnaie et ne dépensent pas le pouvoir d’achat extérieur
dont ils disposent. La gestion du dollar est aussi une gêne, Monsieur
Ben Bernanke acceptant la dévaluation du billet vert pour éviter une
récession trop lourde de l’économie américaine,
alors qu’il risque fort de déstabiliser l’économie et de relancer uniquement l’inflation. Enfin, concernant les « marchés »
du pétrole et des matières premières, les prix sont encore très artificiels,
faussés par les interventions, les subventions, les cartels et les considérations
politiques : la lutte pour le réseau de distribution de l’or noir
et du gaz naturel en Asie centrale, dans le Golfe et dans l’empire russe
est engagée. Pour confirmer le poids des politiques
économiques dans le ralentissement du commerce, il n’est qu’à observer
que les pays émergents, qui sont en partie à l’écart de ces manipulations
artificielles, voient leur commerce extérieur progresser beaucoup plus
vite. En conséquence, la part des pays en développement dans le commerce
mondial des marchandises atteint un nouveau record en 2007, avec 34%.
Ils ont amorti le ralentissement des échanges mondiaux. Ce maintien
a permis de conserver une forte croissance du Pib dans ces pays émergents.
Les négociations de l’OMC au point mort Comment relancer les échanges internationaux ?
La réponse est simple : en poursuivant la politique de libéralisation
des échanges, menée jusqu’à aujourd’hui par l’OMC. Or le cycle actuel
de négociation (cycle de Doha) est en panne. Cela s’explique en partie
par des considérations politiques : à l’approche des élections
américaines, certains (les plus hostiles aux échanges mondiaux) freinent
en espérant une élection démocrate, puisque les candidats de ce parti
sont plus protectionnistes que BUSH ou McCAIN. Mais d’autres aussi freinent. C’est
ainsi que, face aux blocages actuels, Pascal LAMY se contenterait d’un
accord sur l’agriculture, qui est effectivement le secteur le plus protectionniste.
Mais la France ne veut pas en entendre parler, car elle défend la politique
agricole commune, les subventions à l’exportation ou à la production.
Une libéralisation agricole permettrait au contraire de développer les
exportations du tiers-monde, tandis que ces pays agricoles achèteraient
des produits industriels aux autres pays. Inacceptable pour la France,
qui défend le protectionnisme agricole. Pendant ce temps, d’autres pays
freinent les accords de libéralisation dans l’industrie, toujours tentés
par le protectionnisme. Et la France défend toujours l’exception culturelle. Enfin, des arguments « nouveaux »
apparaissent avec la hausse des cours agricoles : on reparle du
concept d‘autosuffisance. Chacun doit produire pour lui-même. On retourne
aux politiques qui avaient ruiné le tiers-monde il y a trente ans :
le développement autocentré. Bref, le protectionnisme est toujours vivant. Les négociations de l’OMC traînent
en longueur depuis des années, alors qu’une nouvelle libéralisation
des échanges serait une des meilleures réponses au ralentissement mondial
actuel du commerce et de l’économie. Ce sont les Etats qui ont provoqué
la crise actuelle et ce sont eux qui en empêchent la solution. Comme
toujours. |
||||||||||||||||
|
||||||||||||||||