Les négociations commerciales dans
le cadre du cycle de Doha se poursuivent, et les principaux acteurs ont réaffirmé
leur espoir de voir se conclure les négociations avant la fin de l’année. Même
si nous sommes sceptiques sur le rôle des organisations internationales comme
l’OMC (organisations auxquelles une partie de notre
prochaine Université d’Eté sera consacrée), il faut
reconnaître que l’OMC a reçu une mission exaltante :
faire avancer la liberté des échanges commerciaux. En effet, les tentations protectionnistes
n’ont pas disparu, notamment en France. Elles peuvent aller jusqu’à un blocage
complet. Aujourd’hui les négociations sont menacées par les menaces brandies par
Nicolas SARZOKY : la France est prête à opposer son veto si elle n’obtenait
pas satisfaction dans le dossier agricole.
« Je n’ai pas reçu mandat pour brader les intérêts de l’agriculture
française »
Est-ce Jacques CHIRAC qui s’est exprimé
ainsi ? Non, c’est Nicolas SARKOZY, que l’on croyait plus ouvert. Certains
propos de campagne nous avaient déjà alertés, notamment à propos de l’Europe qui
devait servir à nous protéger et non à être en quelque sorte « le cheval
de Troie de la concurrence déloyale » : l’Europe ne devait pas être
une passoire, suivant la formule consacrée. On a vu ressortir également la vieille
idée du « tarif extérieur commun ».
Mais les propos présidentiels se sont
faits plus précis encore à l’approche des législatives, en particulier lors d’une
rencontre à Saint Pierre Le Viger avec des agriculteurs.
« Le pouvoir vert, l’existence d’une deuxième agriculture dans le monde à
coté de l’agriculture américaine, la possibilité pour les jeunes de continuer
à s’installer, c’est une question essentielle pour nous. Et si on ne comprend
pas cela à la table de l’OMC, eh bien la France mettra
son veto, c’est tout ». « S’il y a des efforts à faire, il faut que
tout le monde en fasse. Pour l’instant, je ne vois pas les efforts que sont disposés
à faire les Etats-Unis. Je ne vois pas les efforts qu’est disposée à faire l’Inde.
Je ne vois pas les efforts qu’est disposé à faire le Brésil ».
Nicolas SARKOZY entend « dire
au revoir à la naïveté ». « Je suis pour la liberté du commerce, mais
je ne me laisserai pas enfermer dans un schéma de négociation où j’aurais le choix
entre la naïveté ou le refus de l’ouverture. Je n’ai pas reçu mandat pour brader
les intérêts de l’agriculture européenne et française. Et je ne veux pas qu’on
me dise : c’est les services contre l’agriculture ».
Le libre commerce favorise tout le monde
Essayons, nous aussi, de ne pas être
naïfs. Espérons tout d’abord qu’il y a dans les propos du Président une part de
mensonge électoraliste. Dire la vérité aux Français n’est pas une recette de succès
dans les urnes.
Ensuite, reconnaissons que la France
n’est pas la seule à être tentée par le protectionnisme. Les courants protectionnistes
sont forts ailleurs dans le monde. Tout comme les Européens, Américains et Japonais
ne manquent pas de subventionner leurs agriculteurs, de manipuler les prix, d’aider
les exportations agricoles et de freiner les importations.
Cela dit, notre Président semble ignorer
que les Etats-Unis ont accepté de réduire leurs subventions à leurs paysans dans
des proportions plus importantes que celles que proposent les Européens (80 %
contre 50 %).
Surtout, il est paradoxal que l’on
adopte une position protectionniste quand on veut aider les pays pauvres à émerger.
La liberté du commerce international est un élément essentiel du progrès économique.
Ce sont avant tout les pays pauvres qui ont le plus besoin de la liberté commerciale.
Les seuls pays qui se développent sont ceux qui ont pu s’ouvrir aux échanges internationaux
et ont accepté la libéralisation du commerce. On ne répétera jamais assez que
« le commerce est la meilleure forme d’aide ».
On ne réaffirmera jamais assez ce que
BASTIAT avait compris il y a plus d’un siècle et demi : le libre commerce
favorise tout le monde, car c’est un système gagnant/gagnant. La prospérité économique
depuis la guerre vient avant tout de l’explosion des échanges commerciaux, qui
provient elle-même de la libéralisation du commerce, à laquelle GATT, puis OMC
ont contribué. Le libre-échange est d’intérêt
commun : la baisse des prix, la création d’emplois nouveaux, tout cela profite
aussi aux pays riches et pas seulement au tiers-monde. Chacun est gagnant et les
discours alarmistes sur les délocalisations ne masqueront pas la réalité :
partout la mondialisation crée richesses et emplois.
Refus de la mondialisation, refus des réformes
Si les négociations de Doha piétinent,
c’est avant tout parce que les pays riches ne veulent pas ouvrir leurs marchés
nationaux aux agricultures étrangères. Le commissaire européen MANDELSON a été
accusé par la France d’être trop libéral, parce qu’il a proposé des baisses de
subvention et la disparition des « prix agricoles européens ».
Que cette libéralisation – d’ailleurs
assez timide à nos yeux – bénéficie aux agriculteurs des pays émergents, parce
que la concurrence ne serait plus faussée par les subventions, c’est évident.
Mais est-ce pour autant dramatique ? Tous les exemples étrangers (comme la
Nouvelle Zélande) montrent qu’il y a un avenir pour l’agriculture des pays riches,
dans un système de libre marché et de concurrence. A leur tour, la plupart de
nos agriculteurs français pourraient vivre de leur activité en acceptant les adaptations
techniques et commerciales nécessaires : un gage d’avenir plus sûr que les
aides publiques.
Si nous acceptons la concurrence pour
notre agriculture, les pays émergents ouvriront leurs marchés de services ou de
produits industriels. Il y aura des concessions des deux côtés et des avantages
des deux cotés. Notre président devrait aborder le problème globalement :
concessions des uns sur les services, des autres sur l’agriculture. Nous dépendons
des marchés extérieurs pour la prospérité de nos activités de service autant que
pour notre agriculture. Les services, c’est déjà la majorité de notre économie
et c’est l’avenir.
Demain la page électorale sera tournée.
Il faudra bien en venir aux négociations véritables et la France ne peut se payer
le luxe de refuser la mondialisation et de brandir une menace de veto si on ose
toucher à la sacrosainte Politique Agricole Commune !
Se plier aux exigences de la mondialisation c’est accepter des réformes profondes,
et les orienter. L’ouverture va de pair avec les réformes.