LA SLOVAQUIE ENTRE EN EUROLAND


Ce sera le premier pays de l’ancien bloc soviétique à adopter l’euro. La Slovaquie vient en effet de franchir tous les obstacles lui permettant de rejoindre la monnaie unique au 1er janvier 2009. On peut en faire deux lectures. La première, c’est de se réjouir de voir ainsi les pays de l’Est qui ont appliqué des réformes libérales dépasser les pays d’Europe de l’Ouest les plus dynamiques. La réussite de cet « examen de passage » est le signe que la transition du plan vers le marché est totalement achevée. La deuxième lecture, c’est de se demander si c’est une bonne idée, pour ces pays, de rejoindre la monnaie unique. Cela se discute.

 

Inflation, dette et déficit sous contrôle

 

C’est fait. La Slovaquie est donc le premier pays de l’ex-bloc soviétique à être autorisé à rejoindre l’euro. Certes, il y avait eu le précédent de la Slovénie, depuis le 1er janvier 2007, mais cette « Suisse des Balkans » était un cas à part, car elle est issue de l’ancienne Yougoslavie, qui, depuis les velléités d’indépendance de TITO, avait choisi une voie différente de celle de Moscou et n’était pas au sens strict dans le bloc soviétique. Bruxelles vient de considérer que la Slovaquie remplissait tous les critères et le feu vert officiel, qui ne fait aucun doute, sera donné fin juin par les 27 chefs d’Etat et de gouvernement.

Ce feu vert signifie que la Slovaquie satisfait aux conditions du pacte de stabilité et qu’elle est devenue un pays dynamique et stable à la fois. L’inflation y est sous contrôle, avec 2,2% sur les douze derniers mois. Certes, on envisage une accélération en 2008, à 3,8%, puis un ralentissement en 2009 à 3,2%. Mais la zone euro, qui est elle-même déjà à 3,6% d’inflation, ne peut que constater que la Slovaquie fait aussi bien, voire mieux qu’elle.

 

Autres critères importants, les déficits et la dette. Le déficit public sera cette année de 2% du PIB, ce qui reste raisonnable : il n’y a pas de dérive des dépenses publiques. L’équilibre est prévu pour 2011. Mais c’est surtout la faiblesse de la dette qui mérite attention, car elle représente à peine 30% du PIB, contre les 60% autorisés par le pacte de stabilité et les traités européens, contre les 65% de la France. La Slovaquie satisfait aussi aux autres critères : stabilité de son taux de change et taux d’intérêt dans la moyenne européenne.

 

Plus de 10% de croissance du PIB en 2007

 

Au-delà de l’aspect formel de l’exercice (il faut satisfaire aux cinq critères rappelés ci-dessus –inflation, déficit, dette, intérêt, taux de change - pour entrer dans l’euro), ce qui frappe c’est la bonne santé de cette économie, comme d’ailleurs de la majorité des pays de l’Europe de l’Est. La croissance économique a été en 2007 de 10,4% ! Un taux à la chinoise. Certes, elle s’est ralentie cette année, mais elle approche les 7% et devrait se stabiliser en 2009 à 6,2%, en dépit du ralentissement mondial : des résultats à faire pâlir l’Europe de l’Ouest en général et la France en particulier. Le chômage lui-même est au plus bas.

Il faut pourtant se souvenir d’où viennent ces pays. En 1989 - cela ne fait même pas vingt ans - ils étaient sous le joug soviétique, avec une planification aussi totalitaire qu’archaïque. Et dans le cas tchécoslovaque (le pays n’avait pas encore éclaté en deux), le joug du stalinisme était encore très présent, surtout depuis l’invasion soviétique et la « normalisation » de 1968. Moins de vingt ans plus tard, ces pays nous donnent des leçons d’économie de marché et devraient nous servir de modèles. Ce n’est pas par hasard si ce sont les pays qui ont choisi la voie la plus libérale qui s’en sortent le mieux.

Bien sûr, les privatisations ont été quasi-totales. Il y a eu le passage à une vraie économie de marché, que ce soit pour les marchés de biens et services, les marchés des capitaux ou le marché du travail. La liberté des prix, comme partout, a fait des miracles, indiquant les raretés, incitant à développer l’offre là où c’était nécessaire, régulant les marchés. Mais il y a surtout la politique fiscale. L’adoption de la flat tax, en Slovaquie comme ailleurs, a provoqué un miracle économique, même si le taux pouvait paraître élevé : 19%. Mais cela signifie un taux unique, par définition, et donc un taux marginal, pour les plus « riches », également de 19% : de quoi encourager les entrepreneurs, ceux qui veulent investir, épargner, travailler plus. Les recettes sont partout les mêmes. Faut-il s’étonner qu’en France, avec un « bouclier fiscal » à 50%, (sans parler des cotisations sociales), la croissance soit à la traîne ?

 

Faut-il entrer dans la zone euro ?

 

Tout cela permettra donc à la Slovaquie de rentrer dans l’euro. Mais est-ce une bonne idée d’entrer dans la zone euro pour en devenir le 16ème Etat membre ? La population slovaque semble réservée. Les gens craignent une accélération de l’inflation (56% d’entre eux pensent que l’euro sera « désavantageux » pour eux). Et ici il est vrai que la banque centrale européenne, dont la raison d’être, imposée par ses statuts, est la lutte contre l’inflation (l’objectif fixé est inférieur à 2% par an) remplit de plus en plus mal son rôle. Elle parle de rigueur, mais laisse filer sa masse monétaire M3 à un rythme supérieur à 11% par an. La banque centrale slovaque était plus rigoureuse.

Il est vrai que l’euro, et surtout l’euro « fort », a des avantages : il amortit l’inflation importée ; il permet de voyager à l’étranger à meilleur prix ; il favorise la vie quotidienne lors des voyages intra-zone euro. Les disciplines budgétaires imposées par la zone euro sont utiles pour les pays laxistes comme la France (ce n’était pas le cas de la Slovaquie, déjà rigoureuse sans cela). Mais l’euro a tous les inconvénients des monopoles monétaires. Le gouverneur obéit plus à ses « intuitions » qu’à des règles stables. Et puis, il faut bien reconnaître que les pays hors zone euro, comme la Grande-Bretagne, le Danemark, la Suède s’en sortent plutôt mieux que les pays de l’Euroland, mais eux, on leur avait laissé le choix. Pour les nouveaux adhérents, c’est l’adhésion obligatoire dès qu’ils remplissent les critères. Cela n’empêche pas certains d’entre eux (Pologne, République Tchèque) de traîner les pieds. C’est bien la preuve que l’adhésion à l’euro n’est pas pour eux « l’horizon indépassable » à atteindre. Ils ont compris en tous cas que ce n’était pas l’essentiel. Ce qui est essentiel c’est, avec ou sans l’euro, de tenir bon le cap des libertés économiques.

Le 3 juin 2008

 
   


 

 

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