LA MONDIALISATION PROVOQUE-T-ELLE DE L’INFLATION ?
C’est une étrange question qui est
posée par la dernière étude de la Banque de France, publiée dans son bulletin
de ce mois-ci : la mondialisation est-elle devenue un facteur d’inflation ?
Jusqu’à maintenant, on expliquait que la concurrence accrue par la mondialisation
faisait baisser les prix. Voilà que cette étude affirme le contraire.
En particulier, les nouveaux producteurs exerceraient une pression à la
hausse sur les prix des ressources rares. C’est la veille thèse de l’inflation
par les coûts. C’est confondre hausse d’un prix et inflation, et oublier
que l’inflation est un phénomène monétaire. C’est aussi se méprendre sur
la réalité de la mondialisation. Malheureusement la thèse en question
pourrait légitimer un retour au protectionnisme mondial.
Les effets désinflationnistes de la mondialisation s’inversent
Quelle mouche a donc piqué les experts
de la Banque de France ? Laure FREY et Gilles MOËC viennent de publier,
dans le dernier bulletin de celle-ci, un article intitulé : « Vers
une intensification des tensions inflationnistes globales ? ».
Bien entendu, ils commencent par reconnaître l’évidence : en supprimant
les frontières et les réglementations, la mondialisation a suscité une
vive concurrence. Et cette concurrence, comme toujours, a obligé les entreprises
de tous pays à s’adapter et à baisser leurs prix, pour le plus grand profit
des consommateurs. L’ouverture des frontières a donc contribué à calmer
la hausse des prix, par ailleurs maîtrisée par des politiques monétaires
restrictives.
Malheureusement, selon les experts
de la Banque de France, « les effets désinflationnistes de la mondialisation
s’affaiblissent, voire s’inversent ». En clair, aujourd’hui, la mondialisation
ferait monter les prix. Pourquoi ? Parce que, grâce à la mondialisation
(tout de même !) certains pays de l’ex-tiers-monde se développent,
en particulier la Chine et l’Inde. Résultat : les nouveaux producteurs
de biens manufacturés exercent une pression accrue sur les ressources
rares (énergie et matières premières). D’où « ce parallélisme étonnant
depuis dix ans entre la montée en puissance de la Chine dans les importations
totales de pétrole et le prix du baril ». Et la Banque de France
de montrer un graphique où il y
a corrélation entre des deux phénomènes, donc effet de causalité !
Bref, comme l’explique le Figaro, « les antimondialistes en déduisent
que les consommateurs occidentaux paient certes leurs tee-shirts bon marché,
mais qu’il leur en coûte de plus en plus pour faire le plein en carburant ! ».
De graves erreurs d’analyse
Il y a beaucoup à dire sur cette analyse.
Il est vrai que les pays émergents accroissent la demande d’énergie et
de matières premières. Mais heureusement que toute hausse de la demande
n’entraîne pas une hausse consécutive des prix. Cela dépend de l’évolution
de l’offre. Si le marché est concurrentiel (comme pour les produits manufacturés)
l’offre se développe encore plus vite que la demande et les prix baissent.
C’est ce qui se passe sur tous les marchés concurrentiels, même lorsque
la demande explose.
Pourquoi cela ne s’est-il pas produit
pour l’énergie et les matières premières ? Parce que ces marchés
ne sont pas concurrentiels. Ces biens sont produits par des monopoles étatiques. Ces Etats
s’entendent entre eux pour former des cartels et manipuler les prix, comme
c’est notamment le cas pour le pétrole avec l’OPEP. Ce n’est donc pas
le développement qui a fait monter les prix de l’énergie, c’est l’existence
des monopoles publics et des ententes.
Mais il y a une autre erreur dans cette
analyse. S’il est vrai qu’en raison des monopoles publics, on assiste
à une hausse des prix des matières premières et de l’énergie, cela ne
suffit pas à entraîner une inflation. C’est l’erreur de la thèse de l’inflation
par les coûts. La hausse d’un prix ou de quelques prix n’est pas la hausse
du niveau général des prix. Sur les marchés, s’il n’y a pas de dérèglement
monétaire, c’est à dire si l’offre de monnaie augmente régulièrement au
même rythme que la demande de monnaie, les hausses de prix dans certains
secteurs sont compensées par des baisses de prix dans d’autres secteurs
et le niveau général des prix est stable. Si le prix de l’énergie augmente,
les consommateurs abandonnent d’autres dépenses (ce qui crée une baisse
de la demande) et les producteurs cherchent des formules de substitution
et d’économie de l’énergie (ce qui conduit à une hausse de l’offre). Prix
et quantités observés sur les marchés résorbent à terme les déséquilibres,
grâce aux initiatives des entrepreneurs. Ce n’est qu’en cas d’inondation
monétaire que l’ensemble ou du moins la moyenne des prix est entraînée
vers le haut. Car ici les consommateurs et les producteurs essayent de
s’en tirer en s’endettant – ce qui évidemment ne résout en rien les pénuries
et les excédents.
Que les banques centrales fassent d’abord leur travail !
Mais nos auteurs avancent aussi un
autre argument. Le développement des pays émergents s’accompagne d’une
hausse des salaires qui y sont pratiqués. Voici une nouvelle pression,
cette fois-ci sur les prix des produits manufacturés. Mais, contrairement
à ce que pensent les auteurs, cela ne présente aucun danger. Car c’est
la hausse de la productivité qui permet d’augmenter les salaires – on
voit dans des pays comme la Corée qu’on se rapproche peu à peu des pays
occidentaux. La hausse des salaires a pour corollaire la hausse des produits
à la disposition des consommateurs. Elle ne devient inflationniste que
lorsqu’elle ne tire pas son origine de la productivité, lorsque c’est
un pouvoir d’achat artificiel qui est distribué (en général pour des raisons
politiques, dites « sociales »). C’est le système bancaire qui
le distribue, avec la bénédiction de la banque centrale.
Ce qui nous gène finalement dans cette
analyse de la Banque de France, c’est qu’elle contribue à jeter la suspicion
sur la mondialisation. C’est d’ailleurs la conclusion de l’article du
Figaro commentant cette étude : « La mondialisation ne tournerait-elle
pas rond ? ». Il faut remettre les choses à l’endroit. La mondialisation
est une excellente chose pour tous et elle créé la prospérité et le développement.
La concurrence accrue qu’elle implique est bénéfique pour les consommateurs.
S’il y a des problèmes, mieux vaut regarder du coté des manipulations
des marchés par les Etats et les cartels d’Etat. Quant aux banques centrales,
au lieu d’incriminer la mondialisation en l’accusant de faire monter les
prix, elles feraient mieux de se concentrer sur leur rôle, qui est d’empêcher
l’inflation à la source en maîtrisant la création monétaire.
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