CROISSANCE : L’EXCEPTION
FRANCAISE
Les
mauvais chiffres de croissance succèdent aux mauvais chiffres. La production industrielle
est en baisse. La croissance du PIB se traîne. Et le premier ministre a
beau affirmer que l’objectif de 2,25% de croissance « reste atteignable »,
personne n’y croit plus. Pendant ce temps, la croissance mondiale se poursuit
au rythme de 5% par an, et l’on annonce que les Etats-Unis ont atteint 4 % au
premier semestre, bien au-delà des prévisions. Il y a donc un problème français.
Il n’est pas conjoncturel, il est structurel. Et aucune des mesures annoncées
par le gouvernement pour relancer la croissance n’est en mesure de combler cet
écart. Les vraies réformes structurelles sont encore à venir. Une croissance en baisse En
cette rentrée, les mauvaises nouvelles s’accumulent concernant l’économie française,
et elles ne doivent rien à la crise financière, qui n’a rien changé à la réalité
économique. C’est avant tout la croissance qui donne des signes de faiblesses.
Les experts attendaient pour le mois de juin une hausse de 0 ,3% de
la production industrielle ; finalement, on aura eu une baisse de 0,5%. Sur
l’ensemble du second trimestre, la baisse est de 0,3% par rapport au premier trimestre,
ce qui donne une croissance zéro de la production industrielle sur un an. Du
moins, pensait-on, il ne s’agissait que de la production industrielle. Les autres
secteurs allaient-ils donner de meilleurs résultats ? Pour l’ensemble du
PIB, l’INSEE attendait 0,6% de hausse du PIB au second trimestre, après 0,5% au
premier. Quelques jours plus tard, nouvelle désillusion : la croissance au
second trimestre n’aura été que de 0,3%, moitié moins que le chiffre attendu. Dans
ces conditions, plus aucun économiste ne croit que l’on atteindra en 2007 les
2,25% de croissance prévus par le gouvernement (et sur laquelle repose le budget
2007), et encore moins les 2,5% prévus pour 2008, ce qui condamne par avance la
crédibilité des hypothèses sur lesquelles va se fonder le budget de l’Etat pour
2008. Madame LAGARDE elle-même, Ministre de l’Economie, a avoué ne plus être très
sûre du résultat ; elle s’est fait rappeler à l’ordre par le premier ministre,
qui a déclaré que l’objectif de croissance
de 2,25% « reste atteignable », de même que l’objectif de 2,5% pour
2008. Mais le moral n’y est plus. La fausse excuse de l’euro De
toutes façons, même si ces chiffres étaient atteints, ils seraient ridiculement
faibles par rapport à la moyenne de la croissance mondiale, dont le taux moyen
est supérieur à 5%. Ce
pessimisme est renforcé par l’observation d’autres indicateurs. Ainsi le secteur
privé marchand n’a-t-il pratiquement pas créé d’emplois au second trimestre, ce
qui relativise les commentaires sur l’amélioration de l’emploi, la baisse du chômage
n’étant dès lors qu’un trompe-l’œil. Quant au commerce extérieur, son déficit
vient de battre un nouveau record au premier semestre (plus de 15 milliards),
pendant que les Allemands ont près de 100 milliards d’excédents. C’est au moins
le signe d’un déficit de compétitivité. Pourquoi
cette faiblesse économique ? Le premier
ministre affirme dans Le Monde que « les fondamentaux de l’économie française
sont bons », ce qui est faux. Mais il ajoute que notre faiblesse « c’est
la compétitivité, l’investissement et le niveau de l’euro qui handicape davantage
nos types d’activité que ceux de nos voisins allemands ». Mais l’euro est
le même pour tous. Si nous souffrons du taux de l’euro et pas les
Allemands, c’est bien que nous avons des problèmes structurels. La responsabilité
ne revient donc pas à l’euro. Restent
les deux autres arguments : la compétitivité et l’investissement. Le premier
ministre a donc annoncé des « réformes structurelles », en particulier
pour favoriser la recherche. Le crédit d’impôt recherche, qui était plafonné à
10% du volume des dépenses de recherche augmentera et concernera 100% des dépenses
de recherche. Il y a longtemps qu’Hervé NOVELLI pousse dans cette direction ;
il a raison : nos dépenses de recherche sont faibles par rapport aux autres
pays, non à cause de la recherche publique (plus forte qu’ailleurs), mais parce
que la recherche privée n’est pas encouragée. Et puis ? C’est à peu prés
tout. Pour le reste on attendra les propositions ATTALI… L’Etat n’est pas la solution, il est le
problème S’il
est bien vrai que notre compétitivité est insuffisante et notre investissement
trop faible, reste à en dévoiler les vraies raisons. Comment être compétitif,
quand on a les prélèvements obligatoires les plus élevés des grands pays occidentaux ?
Comment investir quand l’impôt sur les sociétés est l’un des plus élevés du monde,
et que la progressivité de l’impôt sur le revenu décourage les entrepreneurs ?
Nous
ne reviendrons pas sur les réformes fiscales annoncées, dont nous avons parlé
la semaine dernière, mais ce n’est pas cette « caresse fiscale » qui
va provoquer le choc nécessaire. Il faudrait drastiquement baisser les prélèvements
obligatoires et cela ne se fera pas sans réforme de l’Etat et sans réforme de
la Sécurité Sociale. Le gouvernement est-il prêt à privatiser massivement les
services publics ? A réduire fortement le nombre de fonctionnaires ?
A ouvrir l’assurance maladie à la concurrence et à passer à la retraite privée
par capitalisation, c'est-à-dire à privatiser la sécu ? Si la réponse est
non - et à cette heure la réponse est non - la croissance française restera l’une
des plus faibles du monde. Comme
le note Jacques Garello dans son éditorial, le gouvernement
hésite encore entre soutien de la demande et stimulation de l’offre. Mais le soutien
de la demande n’a jamais créé la moindre parcelle de croissance. Il n’y a qu’en
encourageant l’offre qu’on y arrivera. Mais ce que le gouvernement n’a pas encore
compris, c’est qu’on ne peut encourager l’offre qu’en la libérant. Autrement dit
en faisant disparaitre les contraintes réglementaires, sociales, administratives,
qui paralysent les entreprises françaises, qui ont avant tout « besoin d’air »,
comme l’a expliqué le MEDEF de madame PARISOT. On ne mettra fin à l’exception
française en matière de croissance qu’en mettant fin à l’exception française en
matière d’étatisme. Ce que seuls au monde nous n’avons pas compris, c’est que
l’Etat n’est pas la solution, mais que l’Etat est le problème. Le 4 septembre 2007 |