EMPLOI ET CROISSANCE : MÊMES CAUSES, MÊMES PUNITIONS


Pas de croissance : c’est sûr. Pas d’emploi créé : on commence à s’en rendre compte après quelques mois d’un optimisme déplacé. Dans les deux cas, les mêmes causes : rigidités subies par des entrepreneurs pris dans un carcan fiscal, réglementaire et syndical. Et les mêmes punitions, qui frappent les salariés, et notamment les jeunes – les dirigeants, eux, sont impunis.

Mais pourquoi s’alarmer en ce qui concerne l’emploi ?

Depuis des mois les statistiques officielles du chômage indiquent qu’il a diminué. De notre côté nous n’avons cessé de dire qu’il s’agissait d’un trompe l’œil, car cette diminution statistique ne s’accompagnait pas de la création de véritables emplois. Aujourd’hui il semblerait que malheureusement nous ayons eu raison, car à leur tour les statistiques du chômage indiquent une « pause ».

 

Stabilité du taux de chômage à 8% : la pause

Nicolas SARKOZY a parlé de beaucoup de choses devant le MEDEF, mais, comme le fait remarquer notre confrère Les Echos, il a été très discret sur le chômage, dont les chiffres étaient pourtant publiés au même instant. En juillet (les statistiques sont toujours connues avec un mois de décalage), le nombre de demandeurs d’emplois était, selon le ministère du travail, de 1 958 800. C’est une quasi-stagnation (un recul minime de 0,2%, soit 3 900 chômeurs de moins). Le taux de chômage est resté stable à 8% de la population active.

En un an, l’évolution est plus favorable, puisque le chômage a reculé de près de 10% (9,8 exactement). A long terme, il y aurait donc de quoi se réjouir et le gouvernement a d’ailleurs aussitôt conclu que les chiffres du dernier mois étaient l’exception qui confirme la tendance. Mais cette tendance est-elle réellement rassurante ?  Notons d’abord que le  taux  de  8%  de  chômeurs

est l’un des plus élevés des pays développés. Etats-Unis, Grande-Bretagne, Japon et même aujourd’hui Allemagne font mieux, avec des taux souvent proches de 4 ou 5%. La comparaison internationale n’est donc pas en notre faveur.

Ensuite, ce chiffre de 8% est largement contesté, avec raison. Seule une enquête annuelle sur l’emploi permet de le confronter à la réalité, car le nombre de demandeurs d’emplois publié tous les mois n’est qu’une statistique administrative (inscription à l’ANPE dans la catégorie 1). Or, pour la première fois, élections obligent, le chiffre corrigé n’a pas été publié en mars, mais renvoyé à l’automne. On croit savoir qu’il enregistrerait un chômage sensiblement plus élevé, d’au moins un point (9% donc).

 

Ce qui compte, c’est la création d’emplois

Enfin et surtout, comme nous l’avons souvent expliqué en détail, cette catégorie 1 ne concerne que les personnes immédiatement disponibles, recherchant un emploi à plein temps, en métropole, à durée indéterminée. Toutes les autres catégories en sont exclues (par exemple ceux qui cherchent un travail à mi-temps). Cette anomalie sera partiellement corrigée à partir de septembre, les statistiques intégrant alors les demandeurs d’Outre-mer et ceux qui ne sont pas immédiatement disponibles, pour cause d’arrêt maladie par exemple : du coup, mécaniquement, le nombre de demandeurs sera plus élevé.

Donc non seulement le résultat de juillet n’est pas bon, mais en outre il faut relativiser la baisse à long terme, pour toutes les raisons que nous venons d’évoquer. Nous rappelons au passage que le « traitement statistique » du chômage a poussé les autorités à imposer plus de rigueur dans les inscriptions et les radiations à l’ANPE : on a « dégraissé ».

Au total, le véritable indicateur du chômage n’est pas le nombre de chômeurs, mais le nombre d’emplois. Et plus précisément le nombre d’emplois dans le secteur marchand, car c’est le seul qui compte à long terme ; les emplois publics eux sont souvent de simples cache-tampon et contribuent en fait à détruire des emplois ailleurs, dans le secteur privé, puisque leur financement passe par l’impôt, machine idéale pour détruire des emplois. Les emplois créés dans le privé sont la vraie mesure de la baisse du chômage, non parce qu’ils sont garantis à vie comme ceux du secteur public, mais parce seuls ils dégagent des richesses nouvelles, ils sont seuls à rendre de vrais services à des clients libres de leurs choix.

 

Libéraliser le marché du travail

Or, comment a évolué l’emploi salarié ? Le dernier chiffre connu, publié vers le 20 août, concerne le deuxième trimestre. Le secteur privé marchand, le seul qui compte donc vraiment, n’a quasiment pas créé d’emplois. Comme le titre Les Echos : « Panne de l’emploi salarié au 2° trimestre ». Entre avril et juin, le secteur privé marchand (c'est-à-dire sans tenir compte des administrations, de l’éducation ou de la santé) a créé seulement 3 700 emplois. Après quelques trimestres plus favorables, ce résultat marque une rupture.

Faut-il s’en étonner ? Non, pour plusieurs raisons. D’abord, comme nous l’avons expliqué la semaine dernière, la croissance française se traîne ; or seule une vraie croissance, celle de l’offre du secteur privé, crée de vrais emplois quand elle rencontre les demandes des clients. Tout ce que nous avons dit sur les moyens de relancer la croissance, par une politique de l’offre, est bon pour l’emploi.

Ensuite, il faut réformer le marché du travail par une politique de flexibilité, qui commence par la flexibilité du coût salarial (fin du SMIC, flexibilité des salaires, réduction des charges sociales). Il faut aussi rendre le facteur travail plus mobile et plus productif. La libéralisation du marché du travail (et d’ailleurs aussi celle du marché des placements des chômeurs, au lieu du monopole de l’ANPE) est une condition de la création d’emplois.

C’est parce que les lois Hartz ont réformé le droit du travail en Allemagne que ce pays a retrouvé le chemin de la croissance (et non pas grâce à la stupide TVA sociale).  N’oublions pas non plus la fiscalité et la réglementation, qui jouent contre l’emploi. Au lieu de faire dans l’auto-satisfaction, les dirigeants feraient œuvre utile en rendant à l’emploi sa flexibilité.

La suppression du monopole de l’ANPE est allée dans ce sens, on a admis aussi dans le paquet fiscal que les investissements des « business angels » dans les « gazelles » (PME à croissance rapide) soient détaxés : cela va dans le bon sens, mais il faut aller plus vite et surtout plus loin. Jusqu’à la vraie révolution, celle de la mise à plat de la Sécurité Sociale !


Le 11 septembre 2007

 

 


 

 

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