FRANCE EUROPE : TIRS CROISES

 


Tirs croisés ces dernières semaines entre les autorités françaises et européennes. Les critiques fusent dans les deux sens. En particulier, Nicolas SARKOZY critique la Banque centrale européenne pour sa gestion du taux de change, du taux d’intérêt et de la crise financière, tandis que l’Eurogroupe rappelle Paris à l’ordre pour sa politique et en particulier pour ses déficits publics. Qui a tort, qui a raison ? Ces débats de politique économique sont importants, il faut essayer d’y voir clair.

 

Critique de l’euro fort

C’est Paris qui a ouvert le feu, dès l’élection présidentielle. Le Président s’est essentiellement attaqué à la Banque centrale européenne (BCE), lui reprochant sa « politique » de l’euro fort et sa rigueur monétaire. Il vient d’y ajouter quelques critiques supplémentaires à l’occasion de la crise financière, trouvant curieux que la BCE injecte des liquidités sans baisser les taux : il s’interroge maintenant sur les détails de la politique que Jean-Claude TRICHET doit suivre.

 

Faut-il rappeler quelques vérités simples au Président de la République. Le première, c’est qu’en matière de taux de change, il n’y a pas de politique de la BCE, ni de la Commission, ni de personne, puisque nous sommes en changes flottants. C’est le marché qui détermine chaque jour la valeur du dollar par rapport à l’euro. Il se trouve que ces temps-ci le dollar baisse et l’euro monte, c’est un fait, pas une politique.

 

Changer arbitrairement ce taux de change n’entre pas dans les attributions de la BCE et serait de toute façon impossible compte tenu des sommes en présence, échangées chaque jour sur les marchés. De plus accuser l’euro fort de pénaliser notre commerce extérieur n’a aucun sens : pourquoi, avec le même euro, les Allemands sont-ils en excédent et pourquoi sommes-nous en déficit avec la zone euro, dans laquelle le taux de change n’intervient pas ?

L’euro fort n’allège-t-il pas notre facture en pétrole et matières premières ?

 

Indépendance de la Banque Centrale

Deuxième vérité, la BCE, par ses statuts, est indépendante de tout pouvoir. Le gouvernement français, pas plus que la Commission européenne, n’a le droit de lui donner des ordres, encore moins de leur dicter le détail d’une politique. On peut trouver que la BCE ne mène pas une politique appropriée, critiquer le fait qu’elle ait comme principal instrument les taux d’intérêt. On peut aussi souhaiter la fin des banques centrales et préférer la concurrence monétaire. En attendant, les traités européens garantissent l’indépendance de la BCE et la critiquer systématiquement et vouloir peser sur elle, c’est remettre en cause sa crédibilité.

 

Troisième vérité, ce qui irrite le gouvernement français et quelques autres, c’est que l’indépendance de la BCE lui permet d’exercer le pouvoir monétaire dans un sens qui n’est pas de leur goût. Or la BCE a raison sur un point : elle refuse toute politique de relance, du type keynésien. Nicolas SARKOZY aurait voulu qu’elle soutienne la croissance, en baissant ses taux d’intérêt : ce serait pure folie, sans effet sur la croissance, et l’on ne déboucherait que sur l’inflation. Déjà, la création de liquidités par la BCE pour répondre à la crise financière est condamnable. Vouloir aller plus loin, en baissant artificiellement les taux, pour booster la croissance française, est encore plus irresponsable.

 

Cela dit, il est vrai que les écarts de taux d’intérêt de la BCE et de la FED sont à l’origine de la chute du billet vert. Mais c’est du côté de la FED qu’il faut chercher les responsabilités.

 

Laxisme français et faiblesse des réformes

Qu’en est-il des critiques inverses adressées par l’Europe à la France ? La Commission nous avait déjà mis en garde pour nos déficits excessifs. Cette fois, c’est l’Eurogroupe qui a porté l’attaque, et Madame LAGARDE était plutôt mal à l’aise au milieu de ses collègues.

 

Jean-Claude JUNCKER, Président de l’Eurogroupe, a gardé un langage diplomatique : «  Les ambitions de la France ne correspondent pas tout à fait à nos attentes ». Il visait en particulier le gouffre des finances publiques et le report des promesses d’équilibre budgétaire à 2012. Puis il a été plus précis : « La France doit amplifier ses efforts de réduction de la dépense publique ». Selon Le Monde, un participant à la réunion des ministres indique : « Les Français auraient pu venir avec un véritable programme de stabilité actualisé ; le rapport d’étape qu’ils ont remis n’est pas assez détaillé ». Les ministres autrichiens, espagnols, néerlandais, luxembourgeois, entre autres, ont expliqué que les réformes structurelles et la « consolidation » budgétaire « doivent aller ensemble ».

 

Nos partenaires européens ont-ils raison ? Oui, et Madame LAGARDE s’est encore enfoncée en déclarant : « Nous ferons tous nos efforts pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2010, dès lors que les conditions économiques le permettent », c'est-à-dire quand la croissance voudra bien répondre aux imprécations officielles qui exigent qu’elle passe à 3%.

 

Nos amis ont raison, car on peut attendre longtemps que la croissance reparte pour redresser les finances publiques. A l’inverse le redressement des finances publiques est un préalable à la croissance. Il faut baisser drastiquement les dépenses et il faut baisser les taux d’imposition et provoquer un effet LAFFER (les recettes fiscales nées du redémarrage font plus que compenser la baisse des taux, et les recettes fiscales augmentent, réduisant les déficits).

 

Quant aux réformes structurelles, l’Europe souligne leur insuffisance : « Il faut davantage de réformes structurelles » a souligné le commissaire européen ALMUNIA. Comment diminuer les dépenses publiques, sans privatiser ou sans ouvrir les services publics à la concurrence ? Conclusion : au lieu de jouer au gouverneur de la Banque centrale européenne pour dire quel est le bon taux d’intérêt ou la bonne valeur de l’euro, le Président SARKOZY ferait mieux de s’occuper du retard français et d’écouter nos partenaires. Trop d’Etat, trop de déficits, trop d’impôts, trop de dette, pas assez de réformes structurelles : on nous le dit à mi-voix, conformément aux usages diplomatiques, mais on nous le dit avec fermeté et avec raison. Et même François FILLON a dû reconnaître qu’il dirigeait « un Etat en faillite ». Cela a au moins le mérite de la clarté.

Mais la présentation du budget 2008 ne va guère dans la direction voulue : un déficit de 41 milliards calculé sur un taux de croissance de 2,5 %, c’est beaucoup trop !

Le 2 octobre 2007
 

 
   


 

 

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