![]() | |||||||||||||||
|
FAUT-IL CRAINDRE POUR L’ÉCONOMIE AMÉRICAINE ? S’inquiéter des autres est assurément
la meilleure manière de ne pas voir ses propres problèmes. Nous avons droit tous
les jours à des nouvelles alarmistes sur la santé de l’économie américaine :
« une croissance à bout de souffle » ; c’est une façon d’oublier
que la croissance française n’a pas de souffle du tout. Certes il y a bien des
dérèglements à observer et à redouter, et Alan GREENSPAN lui-même a récemment
estimé à 33% le risque d’une récession passagère. Mais, pour l’essentiel et pour
l’instant, la situation de l’économie américaine est loin d’être aussi dégradée
qu’on le dit. Pas de récession pour l’instant Où en sont les Etats-Unis ? Parler aujourd’hui de récession est pour le moins excessif car, au sens strict, il y a récession quand le PIB recule au moins deux trimestres consécutifs. Or le PIB américain est toujours à la hausse, trimestre après trimestre. Il est vrai que le premier trimestre 2007 a été très mauvais, avec une hausse du PIB de 0,6% à peine en termes annuels : cela pouvait faire craindre le pire. Ensuite, on a annoncé pour le second trimestre 3,4%, ce qui est beaucoup mieux et le résultat final qui vient de tomber est de 3,8%. Nous serions heureux d’être aussi « malades » que les Américains. Il est vrai que l’OCDE s’est inquiétée
récemment de la crise des subprimes aux Etats-Unis, qui fait reculer le secteur
de l’immobilier et, au-delà, peut avoir un impact négatif sur la croissance. Du
coup, pour l’ensemble de l’année 2007, la croissance serait à peine de 1,9% :
on verra ce qu’il en sera en réalité, mais on est loin de la récession annoncée. Il est vrai que la consommation s’est
ralentie, progressant à peine de 1,4% au second trimestre. Comme beaucoup de commentateurs
(keynésiens) pensent que c’est le moteur de la croissance, il s’inquiètent. Mais
la consommation n’est pas le vrai moteur de la croissance et de toutes façons
les ventes de détail sont reparties en septembre (+ 0,6% en un mois, contre 0,2%
attendus). Investissements et emplois en hausse Mais ce qui est beaucoup plus important,
c’est la reprise des investissements des entreprises, qui progressent de 11,1%
au second trimestre, alors que l’on annonçait un mois plus tôt 8,1%, ce qui n’était
déjà pas mal. Et l’investissement d’aujourd’hui, c’est la production de demain :
les entrepreneurs n’investissent pas s’ils n’ont aucune perspective favorable.
Seul l’investissement des ménages est en panne, avec la crise des subprimes et
donc de l’immobilier, mais cette crise sera sans doute bientôt surmontée. Il y a d’ailleurs un autre moteur de
la croissance qui se porte bien, alors qu’on le croyait au point mort, c’est celui
des exportations. Elles viennent d’atteindre un niveau record à 138,3 milliards
de dollars, avec une nouvelle hausse de 0,4% en août et surtout de 15% en un an.
Résultat, le déficit extérieur américain a à nouveau diminué de 2,4%, se trouvant
au niveau le plus bas depuis février 2004. Sans doute la chute du dollar a-t-elle
facilité ce redressement, mais si les produits américains se vendent mieux, c’est
aussi parce que les clients étrangers en sont satisfaits. Autre indicateur qui se porte bien,
l’emploi, que l’on disait en chute libre. En juillet, on avait annoncé 4000 postes
en moins, ce qui avait affolé les marchés. Rectification un mois plus tard, on
avait mal calculé : ce sont 89 000 emplois qui ont été créés. En septembre,
les créations d’emplois ont été de 110 000, ce qui est un bon résultat. Et
le taux de chômage est actuellement de 4,7% de la population active, ce qui ferait
le bonheur des Français. Un arrière-plan pré-électoral Certes, il y a des questions qui préoccupent
les observateurs, comme celle du déficit budgétaire : les Français ne se
privent pas de critiquer la dérive du déficit budgétaire US. Il est vrai qu’il
était encore de 413 milliards de dollars pour 2003/2004. Mais il est passé à 319
milliards en 2004-2005, puis à 248 milliards en 2005-2006 et on vient d’apprendre
qu’il était de 163 milliards pour 2006-2007, alors qu’on attendait beaucoup plus
(on avait prévu 244 milliards en janvier). Le recul est en un an de 34% et le
déficit budgétaire américain représente désormais 1,2% du PIB. La France, en dépit
de tours de passe-passe comptable, est à 2,5% et chacun sait que ce chiffre repose
sur une croissance surestimée. Nous serons plutôt à 3%. Avec 1,2%, le déficit
US est devenu maîtrisé. Un autre motif d’inquiétude est le
taux d’inflation : la politique de la Fed, laxiste (baisse des taux d’intérêt,
financement à guichet ouvert lors de la crise des subprimes) a provoqué un dérapage
monétaire. Les prix à la consommation ont augmenté en un an de 4,2%, ce qui est
sensiblement plus qu’en Europe. Même si ce qu’on appelle l’inflation sous-jacente
(hors pétrole et mouvements conjoncturels) n’est que de 1,3%, la situation est
à surveiller. En réalité les Etats-Unis sont surtout
à la merci d’un dérapage politique : il peut venir de la banque centrale,
si elle continue à alimenter le marché, au lieu de le laisser s’assainir spontanément
à la suite de la crise immobilière. Elle peut surtout venir des hommes politiques.
Les démocrates restent très keynésiens, les républicains n’ont pas encore de candidat
favori et les politiques annoncées ne sont pas très claires. Les tentations protectionnistes sont
fortes et les périodes préélectorales sont favorables aux surenchères dans ce
domaine. Aucun candidat n’est très clair en matière de baisse d’impôt, alors que
la baisse doit se poursuivre et s’amplifier. Des événements récents comme la question
de la sécurité sociale des enfants montrent que les tentations de l’Etat providence
n’ont pas disparu. Et surtout le prix Nobel de la paix à AL GORE peut faire craindre
d’autres surenchères, en matière de dépenses environnementales et surtout de réglementations
au nom de l’écologie. En conclusion, la situation américaine
est plutôt rassurante, mais les élections de l’an prochain seront cruciales, car
l’économie est toujours à la merci des dérives politiques. Pour l’instant, on
ne voit pas encore un nouveau REAGAN se profiler à l’horizon 2008.
| |||||||||||||||