ASSURANCE-MALADIE : LA RÉFORME RESTE A FAIRE


Beaucoup de bruits et d’informations, ces dernières semaines, autour de la santé et de l’assurance-maladie : la grève des internes, pour la liberté d’installation, la présentation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, son rejet par les caisses de Sécu, la polémique sur les franchises. Tout cela laisse dans l’ombre le fond du problème : l’assurance-maladie est ruinée, et seules la concurrence et la privatisation pourraient permettre aux Français de bénéficier d’une bonne protection. Mais de cela, il n’en est pas question.

 

Un plan de redressement par an

C’est un étrange ballet auquel on assiste depuis plusieurs semaines. La question de l’assurance-maladie est quasi en permanence au premier plan, mais personne n’aborde les vrais sujets et les vraies solutions. Certes, on s’est à juste titre inquiété de la persistance des déficits. Pour l’ensemble de la Sécu, ce sera 11,7 milliards d’euros, dont 6,2 milliards pour la seule  assurance maladie. On se retrouve avec des déficits comparables à ceux de 2005, au moment où la réforme DOUSTE-BLAZY (2004) battait son plein : elle devait, rappelons-le, ramener avec certitude la Sécu à l’équilibre en 2007…

On a calculé qu’il y avait eu presque un plan de redressement par an depuis vingt ans, et le résultat est toujours le même : des déficits accrus, alors que les cotisations ont été augmentées et les prestations diminuées : nous payons de plus en plus cher pour des bénéfices de plus en plus médiocres, sans résoudre le problème du déficit. Des mesures comme la fixation annuelle de l’ONDAM (Objectif national des dépenses d’assurance-maladie) ne sont jamais respectées, et pour cause puisque le système n’a aucun régulateur.

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2008 va-t-il rompre avec cette spirale infernale ? Evidemment non, puisqu’il ne change en rien la nature du système. Certes, pour une fois, on laisse entendre qu’une partie du problème vient des hôpitaux, mais on se contente de modifier leur mode de financement (ils seront financés en fonction de leur activité) sans changer l’essentiel de l’hôpital public.

 

Des franchises et une atteinte à la liberté d’installation

 

Pour le reste, la grande affaire est celle des franchises médicales, présentées déjà pendant la période électorale par Nicolas SARKOZY comme la solution miracle : l’assuré paierait une petite somme sur les médicaments, les actes paramédicaux et les transports sanitaires. Mais croit-on que le fait d’avoir instauré il y a quelques années un euro par consultation à la charge du malade ait modifié les comportements ? De toutes façons, on en attend au mieux 850 millions d’euros, ce qui n’est rien par rapport au déficit et, en outre, le gouvernement a fait savoir que ces recettes iraient au financement de dépenses nouvelles.

Les organismes officiels de l’assurance-maladie, caisses en tête, se sont mobilisés contre cette intolérable « atteinte à la santé publique ». La CNAM a estimé « que les franchises constituaient une rupture du principe de solidarité dès lors que les malades seront appelés à payer pour d’autres malades ». La vérité est plus simple : il n’est pas scandaleux de chercher à responsabiliser le malade en le faisant participer aux dépenses. Mais cela finit par poser le problème d’une Sécu qui finance de moins en moins et coûte de plus en plus, et surtout cela ne sert à rien, puisque les sommes en jeu sont dérisoires par rapport au problème.

Enfin, on a rajouté à tout cela des maladresses, suggérées il est vrai par « l’habile » Philippe SEGUIN, comme la remise en cause de la liberté d’installation, pourtant principe essentiel de toute profession libérale. Les internes, futurs médecins, se sont à juste titre enflammés et le gouvernement est obligé de faire marche arrière pour désamorcer la bombe qu’il avait lui-même posée. Or, non seulement toute atteinte à la liberté d’installation est liberticide, mais encore elle ne sert à rien : ce n’est pas parce qu’il y aura plus de médecins ici et moins là que les dépenses de santé vont s’effondrer. Quant à la méthode, elle est détestable, puisque le texte du PLFSS laisse entendre qu’on pourrait déconventionner les médecins récalcitrants, ce qui empêcherait leurs patients d’être remboursés.

 

Liberté, concurrence et privatisation

 

En tous cas, ce n’est pas avec cela qu’on sauvera la Sécu. Le problème, une nouvelle fois, est donc devant nous. Pouvons-nous suggérer quelques pistes simples ? La première, c’est de réaffirmer avec force le caractère libéral de la médecine. Liberté d’installation, cela va de soi, mais aussi liberté des honoraires : tout le monde doit pouvoir passer dans le secteur II à honoraires libres : un marché ne peut fonctionner sans prix libres. Cette liberté pourrait être étendue aux professions paramédicales. Liberté bien sûr aussi pour le prix des médicaments.

Ensuite, profonde réforme de l’hôpital, qui est le vrai problème alors que l’on se focalise sur la médecine de ville et les médicaments. Qui osera faire remarquer que les cliniques privées, à actes équivalents, coûtent moins cher que les hôpitaux publics ? N’y a-t-il pas une réflexion à mener dans le domaine de la concurrence et des pistes à chercher du coté de la privatisation ou au moins de l’autonomie totale ?

Enfin, l’assurance-maladie elle-même. Le monopole public a vécu ; il est à bout de souffle. Il a tous les défauts du monopole obligatoire : des coûts très élevés, une inefficacité qui est celle de tous les mammouths, une apparence de gratuité, une irresponsabilité générale. Il faut privatiser l’assurance-maladie, qui ne pose techniquement aucun problème au marché, du moment que l’on fixe quelques règles du jeu simples, comme l’obligation de s’assurer pour ne pas être à la charge des autres. De nombreux pays, comme la Suisse, ont des assurances privées et les patients ne s’en portent pas plus mal. Peut-être mieux : ils apprennent à gérer leur santé ! C’est un problème très classique d’assurance et la concurrence fera fortement baisser les coûts. Quant à la solidarité vis à vis des plus démunis, on peut recourir à des techniques comme le chèque-santé pour régler la question.

Mais de tout cela, pas un mot : on amuse la galerie avec des réformettes, on détourne l’attention avec des chiffons rouges. L’essentiel est de regarder ailleurs. Silence : on coule !

 

Le 23 octobre 2007
 

 


 

 

Imprimer cette page