LES « MEFAITS » DE L’EURO FORT


 

Nous avons déjà commenté les critiques adressées par Nicolas SARKOZY à la Banque Centrale Européenne, critiques à nos yeux non justifiées. Mais il faut bien reconnaître que, ces temps-ci, le Président n’est pas seul à critiquer l’euro fort et la classe politique et certains économistes rejoignent les inquiétudes présidentielles. Même nos confrères les mieux éclairés, comme Les Echos, titrent à la une « La flambée de l’euro met en danger la croissance européenne » ou encore Le Figaro « L’euro fort créé un malaise en Europe ». Seul, GISCARD a condamné l’idée d’une baisse artificielle de l’euro, qui ferait monter les prix importés, sans aider nos exportations. Il faut donc revenir sur cette question pour voir si la montée de l’euro nous menace et si l’on peut y remédier.

 

Le juste prix, c’est le prix de marché

L’euro vole de record en record, en particulier vis-à-vis du dollar. Il a franchi le seuil symbolique des 1,40 dollar, pour atteindre 1,42. Est-ce beaucoup ? Contrairement à ce que pensent les hommes politiques, il n’y a pas de réponse à cette question. Qui peut connaître la vraie valeur (« le juste prix ») d’une monnaie, sinon le marché ? Si le marché est libre, la monnaie est à sa vraie valeur. En ce sens, 1,40, ce n’est ni trop, ni pas assez : c’est la parité telle qu’elle résulte des millions de décisions prises par les participants au marché. Un prix est juste si les conditions de sa fixation sont justes. La justice n’est pas dans le résultat, qui est ce qu’il est et qui est imprévisible, mais dans la procédure.

Aucun modèle économétrique ne peut prévoir ce résultat, car trop de variables rentrent en jeu : les importations, les exportations, les investissements, les placements, les prêts, les emprunts, la psychologie, la confiance ou la méfiance (on le voit avec la crise des subprime), le différentiel d’inflation, la solidité de l’économie, le dynamisme de la croissance ou encore le rôle (stabilisateur) des spéculateurs qui font des arbitrages sur les marchés.

Tout au plus peut-on constater l’évolution dans le temps qui montre que l’euro est effectivement au plus haut par rapport au dollar depuis sa création, mais si on reconstitue la valeur des monnaies constituant aujourd’hui l’euro, avant sa création, il y a eu des moments où la valeur des monnaies européennes était plus forte : les niveaux actuels n’ont donc rien d’extravagant.

La seule chose à vérifier, c’est que cette valeur de l’euro n’ait été manipulée, auquel cas le prix de marché aurait été artificiellement modifié. Manifestement, il n’y a plus d’interventions (pour l’instant du moins) des banques centrales pour faire monter ou baisser l’euro ou le dollar, comme au temps des changes fixes ou même des changes mixtes (sans parités fixes, mais modifiés par les banques centrales).

 

Les avantages de l’euro fort

Toutefois, on peut avoir un doute en ce qui concerne les taux d’intérêt, au moins à court terme. Ils sont l’une des variables, parmi bien d’autres, qui influence les taux de change. La Réserve Fédérale américaine mène une politique des taux et actuellement baisse ses taux, dans l’espoir (keynésien) de relancer la croissance. Comme l’Europe maintient des taux plus élevés pour freiner l’inflation, cette évolution divergente peut pousser l’euro vers le haut (il rapporte plus) et le dollar vers le bas (car il rapporte moins). Ce biais n’existerait plus si les banques centrales cessaient de jouer avec les taux d’intérêt.

Sous cette réserve, faut-il alors s’inquiéter du niveau élevé de l’euro par rapport au dollar ? On en souligne souvent les inconvénients, mais on néglige les avantages. Pour les touristes européens, par exemple, la progression de l’euro est une aubaine : elle leur permet de voyager dans les pays dont la monnaie est liée au dollar à moindre coût. Qui s’en plaindrait ? Il en va de même pour les investissements à l’étranger.

Ensuite, ce niveau de l’euro diminue sensiblement le prix des importations. C’est ainsi que les Européens souffrent beaucoup moins de la hausse du prix du pétrole, puisque la baisse du dollar vient en amoindrir le coût : ceci compense cela et la facture pétrolière s’est allégée, en dépit de la hausse du pétrole. D’une manière plus générale, la baisse des prix des importations est une bonne chose pour les clients et c’est aussi une excellente chose dans le cadre de la lutte contre l’inflation : la concurrence, grâce à des prix de produits importés moins élevés, pousse tous les prix vers le bas.

 

Nos difficultés ne viennent pas de l’euro, mais de l’omniprésence de l’Etat

Quant aux inconvénients, ils doivent être nuancés. La hausse de l’euro rend effectivement nos exportations plus coûteuses pour les étrangers. Mais cela n’explique en rien notre déficit extérieur abyssal. En effet, d’une part la majorité de nos exportations se font vers la zone euro, à l’intérieur de laquelle les échanges se font en euro : or nous sommes en déficit dans cette zone euro. D’autre part, les Allemands, qui ont la même monnaie, vont de sommet en sommet pour leur excédent extérieur : la hausse de l’euro ne les a pas pénalisés.

Autrement dit, la hausse de l’euro ne fait que révéler nos faiblesses ; elle n’atteint pas une économie saine et compétitive ; mais elle se fait sentir lorsque l’économie, comme celle de la France, souffre de problèmes structurels : ce n’est pas l’euro fort qui nous rend moins compétitif, mais ce sont les charges les plus élevées d’Europe, les prélèvements obligatoires les plus lourds, un Etat omniprésent et en même temps en faillite, un secteur public encore conséquent, le refus de la concurrence, les syndicats révolutionnaires et archaïques, un nombre record de fonctionnaires, une fiscalité qui décourage les plus entreprenants, un code du travail qui brime les entreprises, un marché du travail rigide, un smic artificiel, etc.

Il n’est pas possible de modifier artificiellement le niveau de l’euro : il faudrait pour cela non seulement remettre en cause l’indépendance des banques centrales, mais encore utiliser toutes nos réserves de change, qui seraient balayées en quelques jours ou semaines : on ne peut aller durablement contre l’évolution du marché. En revanche, il est possible de faire de la France une économie moderne, capable de surmonter grâce à sa flexibilité toutes les perturbations économiques. Il suffit de réformer en profondeur notre pays. N. SARKOZY le veut-il ? Il y a quinze jours Jacques GARELLO se posait la question : la bande annonce est prometteuse, mais le film sera-t-il de même qualité ?

 

Le 9 octobre 2007
 

 
   


 

 

Imprimer cette page