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HEP !! TAXI !!! Héler un taxi est un exercice assez
vain à Paris et dans la plupart des villes de France : il n’y a pas de taxi
libre dans les rues. Réserver un taxi par téléphone ? De plus en plus aléatoire :
« aucune voiture disponible à l’heure désirée » dira la standardiste.
Or, le taxi rend un service de plus
en plus précieux : les embouteillages sont massifs, les stationnements hors
de prix, les transports publics bondés et inconfortables, souvent même dangereux,
les accompagnements scolaires, médicaux, sportifs se sont multipliés. La demande
pour les services de taxis est donc en pleine explosion. Mais l’offre ne suit
pas : elle est bloquée par la réglementation publique. Ce qui se passe pour les taxis se répète
dans un grand nombre de professions fermées. Fermées par qui ? Pour quoi ? Le résultat le plus clair, c’est un
potentiel de croissance perdu pour tout le monde. Les professionnels eux-mêmes
en tirent-ils parti ? Ce n’est même pas sûr. L’ouverture à la concurrence
est toujours favorable au consommateur, mais aussi au producteur. Du rapport RUEFF-ARMAND à la commission ATTALI Lorsqu’au début de la cinquième République
Jacques RUEFF et Louis ARMAND ont été chargés d’une mission pour rechercher les
obstacles à la croissance, leur analyse a été sans appel : l’un des principaux
obstacles à la croissance était de nature purement réglementaire. Il s’agissait
des professions fermées ; le rapport en dénombrait plus d’un millier à l’époque.
Depuis 1959, en un demi-siècle, rien n’a été fait pour ouvrir ces professions
à la concurrence. D’autres commissions sont passées par
là, avec le même diagnostic, par exemple la commission CAMDESSUS. Sans plus de
changements. Peut-on s’attendre à plus d’efficacité avec la commission lancée
par Nicolas SARKOZY ? Sa composition n’est pas sans intérêt, et on y trouve
notamment des journalistes et des entrepreneurs de qualité. Mais son Président,
Jacques ATTALI, naguère champion de « l’antiéconomique », a affirmé
que cette question de l’ouverture à la concurrence n’était qu’une « dimension
lilliputienne du sujet ». Le Monde, qui n’est guère suspect d’ultra-libéralisme,
consacre une page entière à ce thème des professions fermées, qui doivent être
libéralisées « pour doper la croissance ». Et il prend deux exemples,
parmi des centaines d’autres, les taxis et les pharmacies. Mais on pourrait aussi
citer les notaires, les huissiers de justice, les géomètres experts, les avoués,
les greffiers, sans compter les auto-écoles, les moniteurs de ski ou de tennis
et… les coiffeurs. A peu près le même nombre de taxis à Paris qu’en 1937 Le cas des taxis est intéressant, d’autant
plus qu’ils viennent de manifester le 26 septembre dernier de façon massive et
spectaculaire contre toute idée de réforme. A Paris, c’est une loi de 1937 qui
avait fixé le nombre de taxis à 14 000 environ. 70 ans plus tard, en dépit
de l’explosion du tourisme, des affaires, de la population, bref des besoins de
transports, on en est seulement à 15 600 : quelques-uns ont été chichement
créés, par exemple au moment du retour des rapatriés d’Algérie, et il devrait
y en avoir 300 de plus d’ici à la fin de l’année : année faste. Le marché est donc fermé, ce qui est
le contraire même de la concurrence. La concurrence ne dépend pas, comme le pensaient
les néo-classiques, de quelques conditions abstraites comme l’atomicité ou l’homogénéité
des produits : la concurrence se fait justement par la différenciation des
services rendus et des tailles d’entreprises, ce qui est le contraire de l’homogénéité
et de l’atomicité. Le critère le plus sûr pour savoir s’il y a concurrence, c’est
le degré d’ouverture du marché. Sans ouverture, pas de concurrence, puisqu’on
ne peut pas s’installer et dire : je rends un meilleur service ou un service
meilleur marché. Il y a d’autant moins concurrence que
les prix sont administrés, c'est-à-dire uniformes et fixés par les pouvoirs publics.
Résultat : pas de véritables créations d’emplois, alors que de nombreuses
personnes pourraient exercer efficacement ce métier et pas d’accroissement de
l’offre, alors que la demande explose. Conclusion du Monde « cette profession,
sous tutelle du ministère de l’intérieur, reste une des plus réglementées d’Europe »
et risque de le rester. Des gisements d’emplois et de croissance Bien entendu, les taxis se défendent,
mais il y a pour eux à notre sens une mauvaise et une bonne façon de se défendre.
La mauvaise est d’accepter la réglementation
et d’affirmer qu’elle est « un gage de sécurité et de qualité pour les clients ».
Les taxis entonnent la même chanson que toutes les professions réglementées ;
et ils y ajoutent un couplet sur « le service public » qu’ils rendent :
c’est pour le bien des clients. En quoi le service du public est-il menacé par
l’ouverture de la profession ? La sécurité est-elle menacée par la concurrence,
alors qu’évidemment on exigera toujours des chauffeurs qu’ils sachent conduire
correctement ? La bonne défense consisterait à souligner
les charges extraordinaires que l’Etat fait peser sur leur profession, qu’il s’agisse
des cotisations sociales, de la fiscalité (et notamment sur le carburant), et
maintenant sur les patrimoines. Car il y a un vrai problème de droit
patrimonial soulevé à juste titre par les chauffeurs. Comme il y a une pénurie
artificielle, les licences se revendent lors d’un départ en retraite et elles
valent très cher, puisque la demande est très supérieure à l’offre : 185 000
euros à Paris, 300 000 à Nice. Comme les retraites sont faibles, grâce à
l’Etat toujours, les anciens taxis ont absolument besoin de cela pour vivre. Il
faut donc, tout en ouvrant à la concurrence, assurer la transition par une juste
indemnité, car l’ouverture à la concurrence réduirait cette valeur à zéro, et
constituerait une vraie spoliation. La situation est à peu près la même pour chaque
profession fermée. Cela coûte cher, mais c’est le prix à payer pour solder les
erreurs passées. Il faut un dédommagement équitable. Combien de jeunes pourraient sans problèmes
exercer ces professions, créant des emplois, pour eux-mêmes et pour les salariés
qu’ils embaucheraient ? Il en résulterait un meilleur service pour le client,
qui est le grand oublié de cette affaire, et une chute des prix. Mais les professionnels
s’en sortiraient tout de même, à condition qu’ils se montrent innovants :
nouveaux services, nouveaux emplois, nouvelle croissance. Bruxelles nous pousse
dans ce sens. La commission ATTALI en verra-t-elle l’intérêt ?
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