Une nouvelle fois, la bataille est
engagée entre l’OPEP et le marché. Après s’être envolés, les cours du
pétrole ont diminué ces dernières semaines. Cela ne plaît pas à l’OPEP
qui veut donc reprendre en mains le marché et pour ce faire, a baissé
sa production : quoi de plus logique que de réduire l’offre pour
faire monter les cours ? Mais cette politique menée par l’OPEP
depuis 1973, si elle réussit à court terme, a toujours échoué à long
terme, car à long terme, le marché a toujours raison et reprend toujours
ses droits.
Des prix manipulés par la réduction des quotas
Cela fait maintenant plus de trente
ans que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole essaie de manipuler
le marché. Cela a commencé en 1973 à l’occasion des conflits au Proche-Orient :
une entente s’est constituée entre pays exportateurs, principalement
arabes, mais aussi quelques autres comme le Venezuela. En tout, ils
représentaient 85% des exportations mondiales de pétrole : de quoi
être tenté d’imposer sa loi aux acheteurs.
Le principe de la manipulation est
simple : les pays de l’OPEP se mettent d’accord sur des quotas
de production; il suffit le moment venu de réduire les quotas (c’est
à dire la production, donc l’offre) pour que les prix montent en flèche :
ainsi, partant d’un prix moyen de 3 dollars en 1973, les prix ont été
multipliés par quatre lors du premier choc pétrolier (1973), puis par
plus de trois lors du second (1979), pour se situer alors entre 30 et
40 dollars le baril.
C’est la période du triomphe de l’OPEP
sur le marché ; les prix administrés, les prix politiques artificiels
ont remplacé les prix de marché. Mais c’est là que le marché a montré
sa formidable capacité de réaction : à long terme, les lois du
marché finissent par s’imposer.
La revanche du marché
En effet, la hausse du prix a d’abord
réduit un peu la demande, bien que celle-ci soit assez inélastique.
Mais surtout la hausse des prix a stimulé partout la recherche de pétrole,
depuis le Mexique jusqu’à la mer du Nord en passant par la Russie ou le sud
de l’URSS :
à 3 dollars, ce
n’était pas rentable, à 30 ou 40, cela
le devenait largement. Et l’offre de pétrole a alors explosé dans le
monde (en dehors de l’OPEP), tout simplement encouragée par le prix
élevé : en manipulant le prix, l’OPEP a causé sa propre perte en
stimulant l’offre hors OPEP. Le prix est le meilleur stimulant d ‘un
marché, car il apporte information et incitation.
Résultat : peu à peu, la part
de l’OPEP dans les exportations mondiales de pétrole s’est réduite,
jusqu’à devenir actuellement minoritaire. Europe du nord, Russie, Mexique,
Sud de la Russie ont largement pris le relais. Mais il y a autre chose :
avec un pétrole à 30 ou 40 dollars, la production des substituts au
pétrole est encouragée : on cherche des produits de remplacements,
d’autres sources d’énergie, naturelles, nucléaires, fossiles ou autres ;
et d’autres carburants possibles, comme les biocarburants, qui malheureusement
sont sous le regard des gouvernements.
De plus, le prix élevé du pétrole a
favorisé les économies d’énergie. Dans sa naïveté, l’Etat croit qu’il
est à l’origine, par sa réglementation, des économies d’énergie ;
mais c’est en fait une simple réaction de marché. On gaspille ce qui
est bon marché, mais pas ce qui est cher. Et avec un pétrole à 40 dollars,
les économies d’énergie deviennent rentables. Résultat : en pratiquant
des prix artificiels, l’OPEP a creusé sa propre tombe.
Au début des années 80, cela a même
provoqué un contre-choc pétrolier, le prix du baril s’effondrant. Depuis,
il a à nouveau progressé, avec des mouvements de yoyo il est vrai. Mais
la tendance est à la hausse. Pourquoi ? Il y a tout d’abord, depuis
les années REAGAN, la reprise de la croissance mondiale et l’apparition
des pays émergents : forte croissance aux USA, en Chine, en Inde,
dans l’Europe de l’Est après la chute du mur de Berlin. Et l’importance
de la demande a tout naturellement poussé à nouveau les cours vers le
haut.
A long terme, le marché mène aux vraies solutions
Mais il y a aussi les mouvements de
l’offre et celle-ci, pour des raisons politiques, a été artificiellement
réduite : c’est le cas des quotas de l’OPEP, qui ont régulièrement
été réduits, pour tenter de soutenir les prix ; c’est le cas des
événements politiques et militaires en Iran puis au Koweït et en Irak,
mais aussi parfois ailleurs (émeutes au Nigeria, mouvements d’humeur
au Venezuela, etc.). Offre artificiellement réduite, forte demande :
il n’en fallait pas plus pour faire rebondir les cours.
C’est ainsi qu’il y a encore quelques
mois, les cours du pétrole s’envolaient et certains pensaient qu’ils
atteindraient un jour 100 dollars le baril. On s’est arrêté avant, à
78 dollars, car le marché est toujours là et rétablit vite l’équilibre :
ralentissement aux USA et en Europe, développement des produits de substitution,
il n’en fallait pas plus pour que les cours du pétrole retombent en
dessous des 60 dollars et perdent un quart de leur valeur.
Voilà qui était insupportable pour
l’OPEP ; elle se devait de réagir et il y a quelques jours, l’OPEP
a décidé de réduire sensiblement sa production (1,2 million de barils
en moins par jour à compter du 1er novembre). Encore faut-il
que tous les membres du cartel suivent et il n’est pas facile de les
faire obéir. A court terme, les cours se sont un peu redressés. Mais
les mêmes causes produisant les mêmes effets, cela va stimuler la recherche
dans de nouveaux secteurs et nous éloigner un peu plus du tout pétrole.
A ce jeu là, l’OPEP réduira encore son offre, mais n’arrivera pas à
reprendre la main à long terme.
Bien entendu, le pétrole est de toutes
façons destiné à s’épuiser ; donc le prix de marché aurait monté
de lui-même peu à peu, stimulant la production de biens de substitution.
Car sur un marché libre, il n’y a jamais de pénurie : les mouvements
de prix indiquent les raretés futures et présentes et favorisent le
remplacement d’un produit par un autre. Un jour, nous n’aurons sans
doute plus de pétrole, mais nous aurons d’autres sources d’énergie.
Laissons donc l’OPEP s’agiter ; à court terme, elle peut faire
des dégâts ; à long terme, nul ne peut ignorer les indicateurs
du marché.
Pour terminer, les futurologues annoncent
une pénurie mondiale d’énergie, compte tenu de la croissance démographique
et économique, notamment en Inde et en Chine. Si cela était, on enregistrerait
une hausse du prix de l’énergie sous toutes ses formes. Le pétrole n’en
bénéficierait que très faiblement si son prix devait rester au niveau
fixé par l’OPEP. Des énergies de substitution apparaîtraient et nous
apprendrions à nous passer et du pétrole et de l’OPEP. Mais les futurologues
sont-ils mieux placés que les entrepreneurs pour faire face aux défis
du XXI° siècle ?