LE PÉTROLE A 100 DOLLARS


Cheikh YAMANI l’avait annoncé il y a bien des années. C’est désormais pratiquement fait : le pétrole a approché les 100 dollars le baril. Est-ce justifié ? En partie oui, car il y a des raisons objectives à cette hausse, en partie non car le marché est trop peu concurrentiel. Est-ce grave ? S’il s’agit d’un vrai prix, il est de nature à modifier nos comportements. Mais le prix des dérivés pétroliers est largement modifié par les taxes, qui faussent nos décisions. 

Forte demande de pétrole

Il est bien loin le temps où, avant les chocs pétroliers provoqués par l’OPEP, le pétrole valait 3 dollars le baril. Le prix a été multiplié par quatre en 1973, puis encore par trois en 1979, avant de reculer pour repartir de plus belle, au point d’approcher ces temps-ci les 100 dollars. Certes, l’inflation est passée par là et 100 dollars, record nominal, ne font pas beaucoup plus que les 40 dollars de la fin des années 70, en termes réels. Mais il ne faut pas cacher la réalité : le pétrole est en hausse et la progression est de 60% depuis le début 2007.

Il y a à cette hausse de nombreuses raisons. Certaines sont objectives. C’est le cas de la hausse de la demande mondiale, conséquence de la forte croissance économique : le PIB mondial augmente de 5% en moyenne et de 10% dans des pays comme la Chine. Rien d’étonnant alors à ce que la demande de pétrole explose et que les prix suivent. En outre, le prix est fixé en dollar, dont la valeur baisse, ce qui entretient la hausse des cours. 

Ensuite, on invoque les mouvements spéculatifs. Il est vrai que le pétrole, comme n’importe quel produit, surtout acheté à terme, peut faire l’objet de placements financiers : on achète aujourd’hui parce que cela vaudra plus demain.  Mais ces mouvements spéculatifs ne sont pas déconnectés de l’économie réelle ; tout au plus peuvent-ils anticiper ou amplifier provisoirement la tendance. Ils ne la créent pas. Ils n’ajoutent qu’une prime de risque. 

Le rôle néfaste de l’OPEP

En revanche les événements géopolitiques jouent un rôle important. Comment oublier qu’une part essentielle de la production de pétrole se situe dans une région hautement sensible, le Proche Orient, avec les tensions entre la Turquie et l’Irak, le terrorisme en Irak, la tension internationale avec l’Iran en raison du régime des ayatollahs. D’autres fragilités existent, comme les crises au Nigéria ou les problèmes des anciennes républiques de l’ex-URSS, ou l’anti-capitalisme d’Hugo CHAVEZ, le maître des gisements vénézuéliens.

Il y a aussi une manipulation du marché. Les principaux pays producteurs sont regroupés dans un cartel, celui de l’OPEP, qui a contrôlé jusqu’à 85% des exportations de pétrole. L’OPEP avait pu ainsi transformer le pétrole en arme politique, par sa politique des quotas, réduisant artificiellement l’offre pour faire monter le prix. C’est d’autant plus facile que le pétrole est dans ces pays totalement aux mains des Etats. Aujourd’hui, l’OPEP ne contrôle plus qu’un peu plus de 50% des exportations mondiales. Mais cela suffit à manipuler les prix en réduisant artificiellement l’offre par rapport à ce qu’aurait donné un marché libre.

La hausse du prix peut-elle provoquer l’apparition ou la stimulation d’une offre nouvelle ? Dans les années 80 elle a déclanché les recherches off-shore, le pétrole de la Mer du Nord est venu s’ajouter à celui de la Russie. Mais on doit savoir qu’aujourd’hui 90 % des réserves sont la propriété des pays de l’OPEP, tandis que les « grandes multinationales privées » (Exxon Shell, etc.) ne détiennent que…3 % !  

Le marché, un vrai Grenelle

Il reste que le pétrole est une énergie non renouvelable ; sa production finira bien par diminuer un jour. En ce sens, la hausse du prix est utile, car elle indique les raretés futures et incite à économiser le pétrole et à développer des énergies de substitution. Cela ne vient pas d’abord des « politiques énergétiques », mais d’une évolution spontanée du marché en réponse à la hausse des prix. Plus le prix monte, plus la recherche d’énergies nouvelles se développe. Demain, nous n’aurons plus de pétrole, mais le marché aura fait apparaître d’autres sources d’énergie, moins chères et moins polluantes. La hausse du prix est bien plus efficace sur le plan écologique que tous les Grenelle de l’environnement. 

65% de taxes dans un litre d’essence

Encore faut-il que le prix soit un vrai prix. Il s’établit en dollar. Mais pour nous, à cause de la hausse de l’euro, la charge est allégée d’autant. Les hommes politiques qui se plaignent de l’euro fort devraient y réfléchir : le pétrole a augmenté de 60% en dix mois, mais le prix à la pompe n’a progressé « que » de 10 à 20% suivant les produits.

Ensuite, le prix est artificiellement accru en France par le poids des taxes (TVA et TIPP) qui représentent 65% du prix de l’essence ; quand nous achetons 100 euros d’essence, nous commençons par en verser 65 à l’Etat, le reste se répartissant entre producteurs, transporteurs, raffineurs ou distributeurs. Le meilleur moyen de rendre le prix de l’essence plus raisonnable, c’est de baisser les taxes, en réduisant d‘autant les dépenses publiques, car les taxes sur le pétrole représentent 31 milliards d’euros, 11% de nos recettes budgétaires.

La hausse des produits pétroliers pèse sur certaines professions, comme les transports, taxis ou ambulanciers. Qu’ils commencent par réclamer la baisse de la fiscalité et non des aides publiques ou des manipulations de prix. Pour le reste, avec le temps, le marché apportera des solutions. Le cas des marins est différent, car eux ne payaient déjà pas de taxes sur le fuel. Ils ont donc obtenu un prix artificiel (30 centimes maximum au lieu de 50), grâce à des subventions, c'est-à-dire payées par les autres secteurs. Ce n’est pas une solution. Il aurait mieux valu laisser le vrai prix, qui aurait poussé les pécheurs à s’adapter avec des bateaux plus modernes, moins dépensiers en énergie. On a préféré imposer un faux prix, ce qui retardera d’autant les adaptations nécessaires.

Les erreurs de la Politique Agricole Commune n’auraient-elles pas servi de leçon ?

Le 27 novembre 2007
 

 


 

 

Imprimer cette page