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« LA COREE N’EST PLUS UN PAYS EMERGENT » Ce n’est pas nous qui le disons, mais
un intéressant rapport de la Banque Natexis, repris par Le Monde sous ce titre.
Nous avions déjà souligné en septembre, dans un article de conjoncture, que les
pays en développement « faisaient la course en tête » : partout,
la croissance dans ce qu’on appelait il y a peu le « tiers-monde » est
plus rapide que dans les pays développés. Mais il y a encore des pays en développement,
d’autres qui sont largement émergents, comme le Chine et l’Inde, et enfin d’autres,
comme la Corée, qui ne sont même plus émergents : ils ont rejoint les pays
développés. On peut donc, en quelques décennies, passer d’une situation à l’autre,
à condition de faire le choix de la liberté. Un PNB par habitant supérieur
à la moyenne européenne La Corée du sud est donc, selon ce
rapport, le premier pays de l’ex-tiers-monde à avoir rejoint le club
des pays développés. Elle fait d’ailleurs déjà partie de l’OCDE depuis
1996. Dans le dernier rapport de l’ONU, le revenu national brut par
habitant, en parité de pouvoir d’achat, est de 21 850 dollars, soit
légèrement au dessus de la moyenne européenne. Difficile de parler encore
dans ces conditions d’un pays en développement ou même d’un pays émergent. Nous aurons la charité de taire ce que disaient certains experts il y a dix ans, au moment de la crise financière asiatique, quand la Corée devait emprunter au FMI : le pays était condamné, le capitalisme, notamment financier, l’avait tué, la Corée allait retomber dans les profondeurs. Dix ans plus tard, la croissance est supérieure à 5% par an, le chômage est tombé à 3,2% de la population active et l’inflation est sous contrôle, avec 2,2% de hausse des prix.
La Corée du sud est désormais la onzième
puissance économique du monde, devançant bien des pays occidentaux ou des pays
nettement plus peuplés. Le pays est à la pointe de la technologie et Le Monde
en donne quelques exemples. Combien d’entre nous achètent un Samsung comme téléviseur
écran plat ou comme téléphone portable ? Les Coréens ont la télévision sur
leur écran GPS et de nombreux logements ont des penderies qui aident à choisir
les vêtements selon la météo ou des réfrigérateurs qui indiquent les produits
qui manquent. Les entreprises coréennes rachètent les entreprises occidentales,
comme la firme de construction navale STX qui vient de racheter son concurrent
norvégien Aker Yards. Le libre-échange Que s’est-il passé ? Tout d’abord,
une ouverture de plus en plus grande sur l’extérieur, qui tranche avec
la frilosité d’autres régions comme l’Afrique : c’est grâce aux
échanges internationaux que la Corée s’est développée, alors qu’elle
n’avait aucun avantage particulier en ressources naturelles ; elle
a fait valoir ses qualités humaines. Elle a bénéficié de l’ouverture
rendue possible par le GATT, puis l’OMC. Désormais, elle négocie des
accords complets de libre-échange avec les Etats-Unis, demain avec l’Union
européenne. Elle a commencé par des produits peu
sophistiqués en faisant valoir un avantage dans le coût de la main d’œuvre.
Aujourd’hui, c’est de l’histoire ancienne et elle abandonne les produits
bas de gamme (et les délocalise) pour monter dans l’échelle. C’est désormais
possible car elle est le quatrième déposant de brevets au monde (150 000),
devançant même l’Allemagne. La preuve est faite : c’est le libre
commerce qui est la meilleure aide au développement. Cela se fait-il au détriment de la
rémunération ? On imagine chez nous des gens travaillant pour des salaires
de misère et sans protection sociale. La réalité est très différente. Au fur et
à mesure du développement, les salaires ont progressé, car les salaires ne dépendent
pas du politique (ou des grèves), mais de la productivité. Le salaire horaire d’un ouvrier est de 7 à 8
dollars l’heure, plus qu’au Portugal. Un ouvrier gagne au moins 1000 dollars par
mois. Cela n’empêche pas la Corée d’être bien mieux placée que la France en termes
de compétitivité. L’investissement en capital humain Mais il y a un autre facteur majeur
du développement, c’est l’éducation, dont on voit bien ici qu’il s’agit
d’un véritable investissement en capital humain, comme disaient FRIEDMAN
et BECKER. C’est l’un des pays du monde dépensant le plus en éducation.
L’université de Séoul ressemble à une université américaine et non française.
Pourtant, les dépenses publiques d’éducation sont seulement dans la
moyenne des pays développés. La différence vient des financements privés
et aussi des familles « qui n’hésitent pas à investir massivement
dans l’éducation des enfants ». Beaucoup envoient d’ailleurs leurs
enfants aux USA, où les étudiants coréens constituent le deuxième groupe
d’étudiants étrangers. Autre point fort expliquant ce boom
économique, la faiblesse des prélèvements obligatoires, qui représentent
à peine 27% du PIB (45% en France) : la faiblesse des impôts entretient
l’incitation à entreprendre et à travailler ou investir. La dette publique
a été fortement réduite et la dette au FMI remboursée dès 2001. Les
dépenses publiques sont sous contrôle. En conséquence le secteur privé
est en plein boom, et la Corée devient le premier investisseur en Chine. Comment finalement la Corée a-t-elle
fait pour connaître un progrès si rapide? Essentiellement grâce à un
cadre institutionnel approprié. Le contraste avec la Corée du Nord est
saisissant : même peuple, même langue, même situation géographique.
La misère en Corée du Nord, avec des ouvriers payés 50 dollars par mois,
un niveau de vie occidental au sud. Seules les institutions ont fait
la différence : propriété publique contre propriété privée, planification
contre liberté économique, impossibilité pour chacun de s’exprimer contre
libre créativité, refus du contrat contre généralisation du libre contrat,
fermeture totale du pays contre libre-échange. Et l’investissement en
capital humain a fait le reste, mais là aussi c’est la liberté qui a
joué, avec le libre choix des parents. Une nouvelle fois, les indices
de liberté économique sont sans appel : la liberté, c’est la prospérité ;
le tout-Etat, c’est la misère. Au fond, le fait que la Corée ne soit
plus un pays émergent, c’est non seulement un exemple, mais un espoir pour les
plus pauvres : seule la liberté peut faire ce genre de miracle. D’ailleurs
avant la Corée n’y avait-il pas eu le « miracle japonais » ? Avec
moins de 500 dollars par tête en 1960, le Japon était classé parmi les pays « sous-développés »,
comme on disait alors !
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