COMMERCE EXTÉRIEUR FRANÇAIS : RECORD BATTU


De quoi nous plaignons-nous ? La France va de record en record. Record du chômage, record des prélèvements obligatoires, des dépenses publiques et de la dette publique, record du plus faible taux de croissance. Nous venons d’ajouter un nouveau record à ce palmarès, celui du déficit extérieur. On dira que c’est sans importance, puisque cela n’a plus d’impact sur notre monnaie et que BASTIAT avait démontré que la balance commerciale n’avait pas de signification. Mais c’est le signe de tant de faiblesses, depuis le fait que nous vivons au dessus de nos moyens jusqu’à notre manque de compétitivité : c’est un signal d’alarme.

 

33 milliards d’euros de déficit !

Le solde (négatif) du commerce extérieur français va de record en record. Après deux années excédentaires, 2002 et 2003 (respectivement 7,3 milliards et 1,7 milliards d’euros d’excédents) voici les déficits galopants : 8,3 milliards en 2004, 22,9 milliards en 2005, 29,2 milliards en 2006 (soit plus de 191 milliards de francs). Pour les six premiers mois de 2007, le déficit est de 15,3 milliards, soit plus de 30 milliards en rythme annuel.

Les derniers résultats concernent le mois de septembre 2007 : 3,08 milliards de déficit en un mois, contre « seulement » 2,71 milliards en août. Sur les neuf premiers mois de 2007, le solde négatif est de 26 milliards, soit 6 milliards de plus que pour la même période de 2006. Enfin, sur les douze derniers mois, le solde annuel est supérieur à 33 milliards, record absolu de toute notre histoire. De quoi tout de même faire réfléchir.

Montrés du doigt, le pétrole cher et l’euro fort. Il faut y regarder de plus près. Il est vrai que le prix du pétrole a augmenté fortement. Mais la hausse est amortie car  le  prix  est  fixé  en  dollar,  et  la hausse de l’euro allège d’autant notre facture pétrolière. Ensuite, il y a bien 31 milliards de facture énergétique depuis le début de l’année, mais tous les pays développés non producteurs de pétrole payent leur facture avec les exportations de produits à forte valeur ajoutée : c’est ce que nous ne faisons pas, à la différence de nos partenaires de l’OCDE.

 

Faut-il incriminer l’euro ? Faut-il pratiquer le commerce d’Etat ?

De plus, notre facture énergétique est moindre que d’autres pays, car notre électricité est essentiellement d’origine nucléaire, diminuant nos importations de pétrole. Comment font les Allemands, qui accumulent des excédents records alors qu’ils importent plus de pétrole que nous (ils ont rejeté le nucléaire) ? De plus, l’Allemagne nous prouve que l’argument de l’euro fort ne tient pas : ils arrivent à vendre à l’étranger en dépit du handicap de l’euro, et ce n’est pas notre cas.

D’autre part, il ne faut pas oublier que la France réalise plus de la moitié de son commerce extérieur avec la zone euro, pour laquelle l’argument de l’euro fort ne joue pas. Voilà le plus inquiétant. Or nous avons un déficit record avec la zone euro, donc avec des pays comparables au nôtre, avec la même monnaie et sans protection douanière artificielle. En 2006, nous avions plus de 14 milliards de déficit avec la seule Allemagne et plus de 7 milliards avec la Belgique et le Luxembourg, qui ne sont quand même pas la première puissance mondiale.

Il est vrai  que nous sommes également très déficitaires dans notre commerce avec les pays émergents, et notamment avec la Chine. On a donné une large publicité aux contrats que notre Président est allé « arracher » à Pékin. Mais ils sont d’autant plus spectaculaires qu’ils concernent de très grandes entreprises dans le giron de l’État, qui constituent les fameux « pôles d’excellence » imaginés dans un esprit mercantiliste. Le commerce d’État n’est pas de nature à compenser la faiblesse endémique de notre compétitivité. Au passage le prix politique de ces contrats miracles a été assez lourd : les Airbus font oublier la dictature. « Ils nous vendront même la corde pour les pendre » avait dit Lénine.

Au total, notre balance est bien mal en point. Si l’euro n’existait pas, nous aurions certainement pratiqué l’une de ces « dévaluations compétitives », qui permettent d’effacer une partie de la dette en volant les créanciers étrangers. Ce vol n’étant plus possible à cause de l’euro, il nous reste à nous lamenter.

Non pas sur le déficit en soi. BASTIAT avait excellemment expliqué qu’un déficit extérieur n’est pas forcément une catastrophe, ne serait-ce que parce que nous pouvons ainsi bénéficier de nombreux produits étrangers bon marché : quel consommateur s’en plaindrait ? Mais nous devons nous lamenter sur l’origine du déficit. Pourquoi le consommateur français achète-t-il étranger et le consommateur étranger n’achète-t-il pas français ?

 

Le déficit traduit l’absence de compétitivité

En fait, les Français vivent au-dessus de leurs moyens. Ils ont un pouvoir d’achat issu de revenus de redistribution, comme le rappelle Jacques GARELLO. Le déficit extérieur s’articule naturellement avec le déficit budgétaire. Ce n’est pas la productivité française qui permet aux Français de se fournir à l’étranger, c’est la générosité d’un État qui dépense en accroissant chaque année sa dette. Naguère on aurait eu inflation, avec l’euro ce n’est plus possible.

Alors pourquoi cette faible productivité ? Nous avons rappelé il y a peu que nous n’étions que 18ème dans ce domaine, ayant encore perdu trois places. Comment nos entreprises pourraient-elles lutter à armes égales avec des prélèvements obligatoires supérieurs de 15 points à ceux du Japon ou des USA, ou de plus de 7 points à ceux de l’ensemble de l’Europe. Comment courir avec un boulet aux pieds ?

Comment s’adapter aux marchés nouveaux, quand on ne peut pas embaucher ou licencier du personnel selon les besoins, et avec le code du travail le plus épais du monde, avec le SMIC ou la loi sur les 35 heures ? Comment être compétitifs avec des services publics monopolistiques, inefficaces et toujours en grève ? Au fond, s’il y a un miracle français, c’est celui de nos entrepreneurs, qui, malgré tous ces handicaps, arrivent à faire tourner nos entreprises. Si on veut redresser notre situation, il faut « donner de l’air » aux entrepreneurs, pour que tous leurs talents puissent s’épanouir. Sinon ils iront exercer leurs talents ailleurs, et nous achèterons des produits français « made in China ».

Le 4 décembre 2007
 

 


 

 

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