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| LE POUVOIR D’ACHAT MENACÉ PAR L’INFLATION ? Jacques GARELLO a évoqué les raisons
essentielles pour lesquelles le pouvoir d’achat des Français était chancelant :
« rendez l’argent » dit-il aux gouvernants, entendant par là que nos
revenus sont amputés de prélèvements fiscaux et sociaux qui ne se justifient pas.
Mais le pouvoir d’achat peut aussi diminuer parce que les prix augmentent, c’est
d’ailleurs l’argument majeur de nos dirigeants qui veulent paralyser le jeu du
marché pour maîtriser les prix. Ce faisant ils en oublient que l’inflation « est
toujours et partout un phénomène monétaire », comme l’avait brillamment démontré
Milton FRIEDMAN, celui qui a véritablement terrassé l’inflation dans les pays
du monde entier grâce à la politique dite « monétariste ». La politique monétaire menée aujourd’hui
serait-elle donc à l’origine d’une perte sensible du pouvoir d’achat des Français
et, plus généralement, des Européens ? On sait que l’inflation menace les
pays émergents (NL 936 du 17/11/2007). Qu’en est-il dans l’Euroland ? 3% de hausse des prix dans la zone euro Les chiffres sont-ils inquiétants ?
L’objectif officiel de la BCE est de maintenir l’inflation en dessous des 2%.
Pour les douze mois se terminant en août, la hausse des prix à la consommation
dans la zone euro était de 1,7%, respectant l’objectif. Fin septembre, la hausse
était passée à 2,1%, ce qui restait presque dans la limite fixée. Fin octobre,
se produisait le dérapage que nous signalions le mois dernier, avec 2,6% de hausse.
Le résultat du mois de novembre a fait l’effet d‘une douche froide, avec 3% de
hausse des prix en un an. Du jamais vu depuis longtemps. C’est le plus haut niveau
d’inflation depuis six ans. Le résultat de l’Allemagne confirme ces chiffres, puisque la hausse a également été de 3% en novembre, ce qui porte l’inflation allemande au plus haut depuis treize ans. Les Allemands sont inquiets, car ils savent à quels drames avait conduit l’hyperinflation des années 20, à l’époque de la République de Weimar. Les derniers chiffres connus au niveau de l’ensemble de l’OCDE confirment ce dérapage. Le communiqué du 4 décembre, portant sur le mois d’octobre, montre que l’inflation est passée de 2,2% à 2,8% pour l’ensemble des pays occidentaux. Les Etats-Unis n’échappent pas à ce dérapage, avec 3,5% de hausse des prix. 12% de croissance de
la masse monétaire M3 Les observateurs font valoir que cette hausse, dans la zone
euro, tient avant tout d’une part aux dérivés pétroliers (mais pas au prix du
pétrole lui-même qui exprimé en dollars a augmenté de 75% en 2007, mais la hausse
de l’euro a atténué l’impact sur les prix européens) et d’autre part aux produits
alimentaires. Le blé a progressé de 71% sur les marchés à terme. Les coupables
semblent donc tout désignés. La réalité est plus complexe. D’abord, en expliquant des hausses
de prix par d’autres hausses de prix, on n’explique rien. Ensuite, il est normal
dans une économie de marché qu’il y ait des prix qui montent et d’autres qui diminuent.
C’est le jeu des prix relatifs, dépendant de l’offre et de la demande comparées
de divers produits ; il exprime les choix de chacun. Ce qui est anormal,
c’est que tous les prix s’orientent simultanément à la hausse. Si le simple jeu
des prix relatifs était en cause, la hausse des prix du pétrole ou de l’alimentation
devrait s’accompagner de baisses sur d’autres produits, ce qui donnerait une moyenne
nulle. Or la moyenne de hausse est de 3%, et si globalement les hausses
ne sont pas compensées par des baisses, c’est qu’il faut chercher une cause ailleurs.
Il n’y a d’inflation durable que si la masse monétaire dérape durablement. Or
c’est le cas en Europe depuis quelques mois. Les dernières statistiques de la BCE méritent attention. Le taux de croissance de la masse monétaire M3 s’est renforcé au second trimestre et plus encore en juillet 2007, pour atteindre 11,7% sur un an. Le taux de croissance semestriel annualisé de M3 est même de 12,3%, ce qui confirme l’accélération récente. Qui croira qu’à terme l’économie européenne (le PIB) puisse atteindre un niveau comparable ? Même si la demande de monnaie progresse plus vite que le Pib – ce qui justifierait une hausse de la masse monétaire de 4 ou 5%, l’offre de monnaie augmente beaucoup trop vite. Le retour de l’inflation est pour demain. Aucune confiance dans
les banques centrales La politique de la BCE passe pour rigoureuse et anti-inflationniste :
n’a-t-elle pas maintenu un taux d’intérêt élevé ? C’est ce que disent les
keynésiens. En réalité, le taux d’intérêt est un prix. Fixer un prix n’a jamais
empêché les excédents ou les pénuries. Or, ici nous sommes en présence d’un excédent
monétaire, et la BCE l’entretient durablement parce qu’à l’image de la Réserve
Fédérale aux Etats-Unis, elle n’a pas voulu priver les banques mises en difficulté
par les « subprimes » des liquidités qu’elles cherchent désespérément.
On sauve les banques en dévaluant la monnaie. Ce sont les utilisateurs de monnaie
qui en font les frais, et leur pouvoir d’achat diminue. L’inflation est en effet
un impôt sur l’argent dont disposent les particuliers. Ces erreurs de politique monétaire sont d’autant plus regrettables
qu’elles font perdre aux consommateurs tous les bénéfices de la mondialisation.
Grâce au commerce international les prix devraient baisser. D’autre part la mondialisation
a conduit à la généralisation de la concurrence : les monopoles publics s’effacent
peu à peu, et les professions naguère fermées sont obligées de s’ouvrir. L’inondation
monétaire, en Europe comme aux Etats-Unis, compromet toutes ces perspectives favorables.
Il est peut-être temps de se poser la question : quand
va-t-on changer un système monétaire et bancaire fondé sur des banques centrales,
dont les politiques sont si laxistes ? La dernière initiative des cinq banques
centrales (Federal Reserve, BCE, Angleterre, Suisse, Canada) n’est pas pour rassurer.
Ces « prêteurs en dernier ressort » semblent résolus à offrir aux banques
imprudentes toutes les liquidités dont elles auront besoin pour éviter la faillite.
Qu’importe l’inflation pourvu qu’on sauve les banques.
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