OMC : L’ORGANISATION QUI MENACE LE COMMERCE


Alors que la prochaine conférence ministérielle de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) doit se tenir du 9 au 13 novembre prochains, les hommes politiques en France, de manière délibérée ou par ignorance, veulent maintenir le flou dans l’esprit des citoyens et des consommateurs français. Deux exemples récents à « méditer » : celui de Pascal Lamy, commissaire européen du Commerce, qui confond libéralisation et réglementation et celui de Roland Blum, député DL de Marseille, venant de remettre à l’Assemblée nationale, à un moment si opportun, son rapport sur le cinéma français qui ne serait pas « un produit comme les autres ». L’OMC devient de plus en plus une arène dans laquelle les différents Etats se livrent à des compromis protectionnistes mutuels aux dépens … du commerce mondial.


Les hommes politiques français —de gauche comme de droite, sans distinction— ont toujours été « à la pointe » de l’idéologie protectionniste. Leur nouveau « produit » qu’ils essaient de nous faire « avaler » à la veille de la conférence ministérielle de l’OMC —qui devrait avoir lieu du 9 au 13 novembre à Doha, au Qatar— est que libéralisation du commerce mondial est synonyme de réglementation. Comme le déclare le commissaire européen au Commerce depuis 1999, le français Pascal Lamy, « libéraliser sans réglementer, ce serait revenir à la loi du plus fort ». Il exprime la vision moderne du commerce d’Etat : « Pour développer le commerce mondial, il faut l’organiser, il faut de la libéralisation et des régulations » (voir son interview dans le Figaro du Lundi 22 octobre dernier).

Une telle présentation contient plusieurs erreurs flagrantes et est victime de contradictions insolubles qui risquent d’être autant d’obstacles insurmontables lors des prochaines négociations de l’OMC.

1) Premièrement, l’approche, défendue par Pascal Lamy, laisse croire que la libéralisation et le libre commerce sont équivalents à un chaos où chacun fait n’importe quoi. Exprès ou pas, le commissaire européen du Commerce ignore ce que l’économiste écossais, Adam SMITH, précisait déjà en 1776, à savoir que le libre commerce et l’économie de marché correspondent à une multitude d’échanges dans un respect de certaines « règles du jeu » : respect des droits de propriété privée, respect et liberté des contrats. La libéralisation ne signifie pas une absence de « règles du jeu », comme on veut nous le faire croire ; tout au contraire, elle ne se conçoit que dans le retour à une application, sans concessions, des règles marchandes (droits de propriété et liberté des contrats). Et la réglementation correspond en réalité, non pas à la mise en place des « règles du jeu » là où elles n’existeraient pas, mais à une substitution des « règles du jeu » marchandes par des réglementations, décidées par les pouvoirs publics. Ici s’inscrivent toutes les mesures protectionnistes des pays développés (subventions agricoles, quotas textiles etc.) qui ferment leurs marchés aux pays en développement.

2) Deuxièmement, la vision de Pascal Lamy va à l’encontre d’un autre enseignement de la science économique depuis plus de deux siècles, à savoir que le commerce ou la concurrence n’ont nul besoin d’être organisés ou protégés. Le commerce notamment s’instaure de lui-même quand les intérêts des parties le justifient —et c’est pour cette raison que le libre commerce, fondée sur un respect des droits de propriété et des contrats, ne peut être considéré que comme bénéfique au moment de l’échange— et il n’a pas besoin d’être développé ou organisé. La seule exigence est que les règles marchandes (et non « des régulations » négociées par des représentants politiques quelconques) soient en place.

3) Le fait d’ignorer la nature authentique du libre commerce (libre échange) risque de mener l’OMC et les représentants politiques à avoir des positions de principe contradictoires. A titre d’exemple, Pascal Lamy reproche à certains pays de protéger, sous prétexte de santé publique, les fabricants nationaux de médicaments. Cependant cette position est à l’évidence en contradiction avec l’« exception culturelle » française qui protège le cinéma français. Comme l’évoque Roland Blum, dans son rapport récemment adressé à l’Assemblée nationale, le cinéma ne serait pas un « produit comme les autres » et il faudrait des réglementations spécifiques à son égard. Député DL (Démocratie libérale), il voudrait nous faire croire que sa position —en faveur des subventions au cinéma (qui atteignent parfois 75% du budget d’un film) et des obligations d’un quota minimum de films français dans les multiplex— est une position libérale et peut être compatible avec le libre commerce. Or, il n’en est rien : sa position est en contradiction flagrante avec les règles marchandes et les films sont évidemment des produits comme les autres : des spectateurs achètent des tickets pour les voir.

En réalité, chaque Etat, participant à l’OMC, dresse sa liste de « produits pas comme les autres » et les négociations au sein de cet organisme n’ont rien à voir avec le libre commerce et tout à voir avec des compromis protectionnistes mutuels. Il est clair qu’une position pour le libre commerce, fondée en termes de règles marchandes, permettrait d’avoir une position commune cohérente, condamnant tout aussi bien l’« exception culturelle » française que celle prétextant la santé publique.

Finalement, on pourrait se demander comment un Pascal Lamy —ignorant à ce point, où alors mal intentionné— peut être si haut placé pour représenter l’Europe des Quinze ! Ce sont des hommes politiques qui propagent de telles idées. Ces idées ne peuvent jamais développer le commerce, elles peuvent néanmoins lui nuire en faisant peser l’incertitude des réglementations étatiques et para-étatiques sur les échanges libres entre acheteurs et vendeurs dans le monde entier.

Mots-clés : Commerce, Libre échange, OMC, Régulation.