OMC C'EST ASSEZ !


L’OMC est-elle le foyer de la mondialisation, du libre échange destructeur et du capitalisme sauvage ? Point du tout, et Seattle vient de le confirmer : l’OMC est l’affaire de gouvernants qui négocient en fonction de leurs objectifs électoraux et des intérêts de leurs lobbies nationaux. On n’est pas dans la logique du commerce marchand mais du commerce d’Etat (appelé mercantilisme).


L'Institution genevoise qu'est l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) succéda en 1994 à l'Accord Général sur le Commerce et les Tarifs Douaniers (GATT), avec l'ambition de diriger les échanges internationaux afin de les rendre "loyaux". Contresens fatal dans un monde toujours plus complexe et toujours plus ouvert aux échanges : ainsi que le révèle l'échec de Seattle du 5 décembre, les 135 nations n'ont su s'accorder sur une déclaration finale qui devait mettre en place un nouveau "cycle" de négociations multilatérales dénommé "cycle du Millénaire".

Certes l'OMC est une bureaucratie internationale admettant en son sein toujours plus de participants (bientôt la Chine) pour traiter des sujets de plus en plus complexes. Il ne faut pas être devin pour pronostiquer que les négociations commerciales multilatérales iront d'échec en échec. Mais ce qui est moins évident, c'est l'absurdité même de l'existence de l'OMC. La prétention de cette organisation est de promouvoir le commerce "loyal" ; en réalité elle active en permanence le virus protectionniste à travers le monde. Le GATT et l'OMC ont été appelés "accords de libre-échange" de manière trompeuse : il ne s'agit en fait que de tentatives visant à freiner le commerce mondial et générant des discordes dangereuses allant de représailles en contre-représailles. Au contraire, le libre-échange est la meilleure option pour promouvoir la prospérité à travers le monde, en dépit des exhortations des hommes politiques, des bureaucrates et des groupes de pression de tout poil.

Qu'avons-nous vu et entendu à Seattle ? L'intolérance des protestataires de toute sorte qui manifestaient contre la mondialisation de façon hargneuse et étalaient leur ignorance d'un fait historique fondamental : la liberté du commerce est source de prospérité, les entraves politiques et administratives aux échanges sont causes de pauvreté. Un président des Etats-Unis reprenant le cheval de bataille de sa campagne électorale de 1992, c'est à dire l'adoption d'un "nouveau paradigme économique" consistant à pratiquer des interventions stratégiques dans le processus du commerce international. De fait, si Bill CLINTON exigeait des Européens la suppression de leurs subventions agricoles, il n'en a pas moins sournoisement fustigé le dumping sur le marché américain en réclamant le respect des "droits fondamentaux du travail" et l'instauration corrélative de sanctions commerciales. Tout autant désireux de complaire à la centrale syndicale américaine AFL-CIO et aux groupes de pression écologistes qui constituent deux soutiens importants à la candidature de Al GORE aux prochaines élections présidentielles, Bill CLINTON a démontré son manque de loyauté commerciale. Son subterfuge protectionniste n'a d'équivalent que l'alibi protectionniste de la "sécurité alimentaire" promue par les Européens. Le commissaire européen Pascal LAMY a osé dire que l'attitude des Etats-Unis a été le principal obstacle à un accord. Autre hypocrisie aux retombées électorales éventuellement avantageuses. Les Européens réclament une "régulation de la mondialisation" en fustigeant le "modèle agricole américain", en invoquant le "motif de précaution" face aux OGM, et en prenant appui sur la "multifonctionnalité" de l'agriculture. (Celle-ci aurait pour mission tout à la fois de garantir la réussite alimentaire, protéger l'environnement et aménager le territoire). Que de tromperies ! Les risques des OGM ne sont pas scientifiquement démontrés ; en outre, les OGM peuvent apporter de grands bienfaits (notamment aux pays pauvres) ; et d'ailleurs en quoi nos chers fromages au lait cru sont-ils moins risqués que les OGM ? La vérité est que la nourriture est certainement plus sûre aujourd'hui qu'elle ne l'était hier, que la manipulation de la peur procure des avantages électoraux et entretient les bureaucraties, ... et que l'Union Européenne est le premier acheteur de maïs et de soja américains. L'Union Européenne est-elle en commerce plus vertueuse que les autres ? Pas question d'abandonner les subventions agricoles, les pratiques en termes de quotas tarifaires à l'égard des pays latino-américains, les réticences commerciales à l'égard des pays d'Europe de l'Est. Les pays en voie de développement (PVD) ne pouvaient être que les victimes de ces impostures politico-bureaucratiques. Déjà frustrés par les accords de Marrakech en 1994, ils n'avaient d'autre but à Seattle que de se voir ouvrir les marchés des pays développés, notamment dans les domaines textile et agricole ; mais pris dans l'étau des sanctions commerciales proposées par les uns et du nouveau protectionnisme commercial réclamé par les autres, les PVD n'ont rien obtenu. Triste spectacle. Et Hubert VEDRINE de surenchérir : "Le besoin de régulation reste très fort" ! Non : c'est le besoin de dérégulation qui reste impérieux.

Au moins depuis Adam SMITH l'on sait que l'échange volontaire est créateur de richesses pour toutes les parties qui s'y engagent. Lorsqu'il s'agit de commerce entre nations, ce principe élémentaire d'économie continue de s'appliquer puisque ce sont encore une fois des individus qui sont concernés par ces échanges. Le commerce ne se dirige pas, ni par des hommes politiques ni par des bureaucrates. La création des richesses repose sur la protection de la propriété privée et le respect des contrats. La mise en vigueur d'un code légal exigeant la restitution aux propriétaires victimes de vol, de fraude ou de toutes sortes d'atteintes à leurs droits de propriété, constitue le moyen unique, légitime et exclusif de promouvoir le commerce et le progrès. Or quand l'Etat utilise son pouvoir pour vider la propriété privée et le contrat il dirige le commerce ; sur le plan intérieur, cela s'appelle la réglementation ; sur le plan international, par le biais d'une institution supra-nationale, cela s'appelle le mercantilisme.

L'OMC nourrit les ravages du mercantilisme. Il y en a assez de l'OMC !

 

Mots-clés : Commerce, Echange, Groupes de pression, Libre Echange, OMC, Protectionnisme