MONDIALISATION :
ABOMINATION DE LA DESOLATION


Les pays pauvres ont souvent tendance à rejeter tous leurs maux sur le commerce international, devenu depuis quelques années mondialisation. Ces jours-ci, qu'il s'agisse de la réunion de la CNUCED à Bangkok ou de la refonte des accords de Lomé, ces pays veulent s'affranchir des disciplines de l'OMC : recette infaillible pour s'appauvrir davantage !


Il y a quelques années la thèse de l'appauvrissement par le commerce était à l'honneur. Née dans le berceau du marxisme, inspirée par les idées de Rosa Luxembourg et de Lénine sur "l'impérialisme, stade suprême du capitalisme", elle se ramenait à une idée simple : les pays du tiers-monde devaient leur pauvreté à l'exploitation dont ils étaient victimes de la part des pays capitalistes riches. L'idée a été tellement inscrite dans les esprits que l'encyclique "Popularum Progressio", qui n'était pourtant pas l'œuvre d'un pape marxiste, reprenait fidèlement l'attaque contre le commerce mondial, source d'inégalités et d'injustices entre les peuples.

Puis, avec les pays "émergents", et notamment les "dragons asiatiques" on avait peu à peu dégonflé la baudruche. Car il s'agissait bien d'une baudruche. La mesure statistique de la croissance et des échanges faisait apparaître que seuls les pays ouverts au marché mondial progressaient tandis que les autres s'enlisaient : c'était le Maroc contre l'Algérie, l'île Maurice contre la Réunion, le Mexique contre Cuba, etc.

Quant à l'analyse économique elle démantelait la théorie dite "de la dégradation des termes de l'échange" jadis formulée par PREBISH, SINGER et MYRDAL : on ne peut prétendre que les pays riches ont "exploité" le Tiers Monde.

Aujourd'hui on aurait même tendance à croire que les pays pauvres "exploitent" les riches, notamment à travers le "dumping social". Les mêmes personnes qui crient à la concurrence déloyale et aux menaces sur les paysans français ou les tisserands belges s'inquiètent du sort des enfants de Bangkok ou des couturières de Hong Kong.

Il est avantageux pour beaucoup d'ennemis du libre-échange de mettre les pays pauvres de leur côté, et de dénoncer la mondialisation et l'OMC, coupables de vouloir appauvrir encore plus le Tiers Monde. C'est ainsi que va s'ouvrir à Bangkok la conférence mondiale de la CNUCED (Comité des Nations Unies pour le Commerce Extérieur et le Développement) sur le thème : préservons les pays pauvres des règles de concurrence fixées par l'OMC.

La CNUCED poursuit ainsi dans sa tradition, qui remonte à MYRDAL et aux années soixante : le double standard de moralité. Cette expression signifie que dans le commerce mondial les pays riches ont tous les devoirs et les pays pauvres tous les droits : ceux-là doivent ouvrir leurs frontières, ceux-ci peuvent faire tout le protectionnisme qu'ils souhaitent.

Evidemment ceux qui ont suivi ces conseils depuis trente ans se trouvent en queue du classement de la richesse. N'ayant pas respecté la règle du jeu, ils ont été exclus des flux mondiaux, n'ont en rien bénéficié de la croissance et des progrès techniques.

Parallèlement, la négociation sur les accords de Lomé entre Union Européenne et ACP (pays d'Afrique Caraïbes et Pacifique) vient de se terminer, et les accords, arrivés à expiration ce mois-ci seront reconduits sous une forme nouvelle, qui sera arrêtée à Souva (îles Fidji) en Mai prochain. Ici c'est une philosophie un peu différente qui inspire les pays concernés. On est, là encore, contre l'OMC, mais on admet les échanges pourvu qu'ils se déroulent à l'intérieur d'un espace protégé.

Pour schématiser, ces accords prévoient :

-         la constitution de zones de commerce échappant aux normes de l’OMC, c’est à dire restrictives de l’échange, de la concurrence, et tolérant le fameux « double standard de moralité » imaginé jadis par la CNUCED (les pauvres ont tous les droits, les riches n’ont que des devoirs),

-         l’attribution de subventions par le Fonds Européen de Développement : 13,7 milliards d’euros pour la période 2000 – 2007, ces subventions étant distribuées par la Commission de Bruxelles directement ou la BERD (Banque Européenne de Reconstruction et de Développement)

-         une aide supplémentaire pour amortir les fluctuations conjoncturelles, notamment des fonds de stabilisation pour les produits primaires (agricoles ou miniers) dont les cours s’effondreraient provisoirement.

On est donc bien dans une logique d’assistanat, de commerce privilégié, voire même de néo-colonialisme, par ce dans l’esprit des Européens, et notamment des Français, ces pays de l’ACP constituent une chasse gardée, qui doit échapper à tout droit de regard de l’OMC et à toute ingérence des Etats Unis.

Le drame, c’est que beaucoup de dirigeants de ces pays croient à cette « protection bienveillante » des Européens – il est vrai qu’à titre personnel ils y trouvent un intérêt, c’est la base du socialisme « afro-helvétique » et les finances des pays Européens se mêlent harmonieusement à celles des gouvernants en place et savent aussi se recycler dans les partis politiques européens (Elf a été une compagnie exemplaire à cet égard).

Quant aux dirigeants davantage soucieux du progrès réel de leur pays (il en existe) ils feront le choix de s’adresser de plus en plus aux Américains, comme c’est déjà le cas dans de très nombreux pays africains naguère sous influence exclusivement française. Il restera aux Européens, et en particulier aux Français, à dénoncer l’impérialisme américain, qui aura réussi à s’implanter là où notre néo-colonialisme n’aura pas convaincu.


Mots-clés : Croissance, Développement, Inégalités, Mondialisation.