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| C'EST LA LUTTE ROYALE | |||||||||||||
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A cette heure je ne sais rien du programme de Madame
Ségolène. Cela n’excite d’ailleurs pas ma curiosité, car je ne crois pas qu’il
y ait quelque chose à en attendre. Ce qui est mauvais ne sera pas nouveau, et
ce qui est nouveau sera mauvais. Les litanies socialistes se récitent toujours
sur le même ton : hausse du pouvoir d’achat, défense du service public, respect
des droits acquis et notamment des 35 heures, maîtrise de la mondialisation, protection
de la planète, solidarité avec les sans papiers, les sans logis et les sans familles.
Comme moi, vous pourriez écrire le programme socialiste en un quart d’heure. | ||||||||||||
Il est vrai que Madame Royal avait surpris en innovant,
mais elle s’est empressée de rentrer ses propositions « audacieuses ».
Suppression de la carte scolaire ? Très bien. Mais on comprenait quelques
heures plus tard qu’il ne s’agissait pas de laisser le choix aux familles, mais
de confier à l’Etat le soin d’organiser une mixité sociale
nouvelle que la carte scolaire n’avait pas su créer. Demander aux enseignants
de se mettre réellement aux 35 heures ? Parfait. Mais on l’avait mal comprise :
il fallait surtout demander aux maîtres et professeurs de corriger leurs copies
à l’école ou au lycée au lieu de les amener chez eux. Et on leur donnera des bureaux
neufs, pour une poignée de millions d’euros. Diminuer les impôts ? Inattendu.
Mais le « compagnon » veillait au grain, et il fallait entendre qu’on
diminuerait la facture fiscale de ceux qui ne la reçoivent pas, tandis que l’on
ferait, comme il convient, payer les riches. Et ainsi de suite. Ceux qui avaient
déjà salué « la Tony Blair française », la sociale-démocrate à l’allemande,
en sont vite revenus. L’innovation n’est pas allée au-delà
de la simple intention – si tant est qu’elle n’ait été autre chose qu’une manipulation,
un effet d’annonce, si éphémère qu’il n’avait aucun sens. Depuis le discours de Paris, mardi de cette semaine,
je suis parfaitement éclairé sur ce que veut Madame Ségolène Royal. Elle veut
mettre la France à l’heure de la lutte des classes. Elle a entonné l’hymne de
la lutte des classes. C’est Arlette Laguiller en bon chic bon genre. Nous voici à nouveau en plein paléo-marxisme.
La candidate nous a opportunément rappelé qu’il y a dans la société française
d’une part les puissances d’argent, les patrons, les propriétaires, les nantis,
et d’autre part le peuple. Les uns s’amusent et jouissent de leurs privilèges,
les autres sont à la peine, exploités, aliénés et misérables. Les uns détiennent
le pouvoir, y compris les « médias », les autres sont « sans voix ».
Je dois dire que ce nouveau positionnement me laisse
sans voix. D’abord je me sentais jusque là plutôt du côté des
exploités et des opprimés. Exploité par le fisc, assujetti à la Sécurité Sociale,
victime d’un Etat socialiste qui ne respecte ni le travail, ni la propriété, qui
vole systématiquement les gens qui font vivre la nation pour subventionner les
parasites qui constituent sa clientèle électorale. Opprimé parce que ma voix de
contribuable, d’usager, de consommateur n’est jamais entendue, étouffée par le
futile tintamarre médiatique. Opprimé parce que mes propos sur les libertés individuelles
et publiques ne peuvent passer la rampe du politiquement correct. Ensuite
je croyais que les socialistes français étaient capables de rompre avec le schéma
de la lutte des classes. C’en était au point que s’était constituée une « gauche
anti-libérale », pour se démarquer d’un PS suspecté de conversion au libéralisme
pour avoir voté le projet constitutionnel de Giscard, qui évidemment n’avait rien
de libéral. Nous voici maintenant à nouveau dans une gauche réunifiée – sinon
dans les candidatures du moins dans les principes – autour de la lutte finale
et de l’Internationale. L’Internationale Royale rejoint Castro, Chavez, Moralès,
Garcia. Le socialisme français se met à l’heure de Cuba.
Au fond, comme la misère, le stalinisme est plus supportable quand il se vit au
soleil. Pourquoi la douce France ne serait-elle pas la terre d’accueil du soviétisme ? Pourquoi ne pas compenser les rigueurs et les pénuries
du collectivisme par la bonne humeur française, le système D, la joie des vacances ?
Retour à 1936 : la France des travailleurs en vélo, découvrant la mer et
la montagne. Enfin, je pensais qu’une philosophie sociale méconnaissant
à ce point un demi-siècle d’échecs et de drames, sous toutes les latitudes, ignorant
à ce point la nature des êtres humains et leur volonté de progrès personnel, niant
à ce point toute possibilité d’harmonie sociale, n’avait plus cours aujourd’hui.
Madame Royal et les siens n’ont rien admis de l’histoire, rien compris
de l’âme humaine, rien appris de la vie en société. Nous avons pourtant à notre portée le plus beau des
messages d’espoir, de progrès et de paix : celui de la liberté, celui du
service de la communauté à travers l’échange et le marché, celui de la promotion
de la personne humaine par l’exercice de sa responsabilité et le respect de sa
propriété, celui du droit et de la justice. Peu ou prou, après un siècle consternant d’inhumanité,
la plupart des pays ont tourné le dos aux idéologies de la haine, aux fanatismes
politiques et religieux, pour avancer dans la voie de la liberté. Certes le Léviathan
est toujours là, certes la barbarie est-elle encore présente, certes la violence
et le terrorisme se sont-ils rappelés à notre quotidien. Mais dans le même temps
naît un monde sans frontière, un monde de la communication et de la compréhension,
de la complémentarité et de la solidarité. Est-ce bien le moment pour les Français
d’écouter les discours de division, qui exsudent l’envie, la haine de la différence
et de la réussite, qui excitent une mythique conscience de classe, qui nie la
personnalité pour ne voir que la collectivité, qui rejette l’individu pour ne
voir que la caste ? Lutte des castes, lutte des classes, lutte des races,
quand va-t-on en finir avec la lutte finale ? Jacques
Garello
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