![]() |
|||||||||||||
|
|
|||||||||||||
![]() |
Allons-nous voter en fonction de l’appartenance
politique et partisane des candidats, ou des qualités de gestion et
de service d’une personne et de son équipe ? Pour beaucoup d’électeurs, la question ne se
posera pas, puisque leur maire a une double casquette : dignitaire
local d’un parti majoritaire dans cette ville, il est aussi majoritairement
apprécié en tant que premier magistrat, y compris par ceux qui ne sont
pas « de son bord ». Sont également sans problème des électeurs
de petites communes où la politique partisane n’a pas droit de cité et
où seule compte la personnalité des candidats. Dans certains endroits
le maire en sera à sa deuxième voire troisième réélection. Ailleurs, les choses sont plus incertaines,
et les médias s’emploieront à donner à certains duels une signification
politique et nationale à ce qui devrait rester une consultation civique
et locale. Faut-il l’admettre ? Faut-il se résigner à la politisation des municipales et des cantonales ? |
||||||||||||
|
Cette politisation n’est pas pour surprendre
dans une nation où l’Etat tient les municipalités et les départements
sous son emprise. Une emprise financière d’abord : dans son excellente
analyse, Gérard BRAMOULLE démontre que l’organisation des finances locales
est la marque et le résultat de la perte progressive des libertés locales.
Les élus locaux n’ont réellement aucune autonomie dans la gestion de leur
budget, c’est l’Etat qui détient les cordons de la bourse, c’est le législateur
qui organise la fiscalité. L’intercommunalité systématisée par la loi
CHEVENEMENT laisse encore moins de pouvoir entre les mains des maires
et de leurs conseils. A l’emprise financière s’ajoute le jacobinisme partisan :
un « comité d’investiture » existe dans chacune des grandes
formations, et détermine qui défendra les couleurs du parti. Peu importent
les préférences des citadins et provinciaux : c’est à Paris que les
investitures se donnent. Ce qui s’est passé à Neuilly est instructif :
le choix personnel du Président a valu à son porte-parole l’investiture
de l’UMP, mais les réactions des militants du crû ont été tellement vives
que l’UMP a retiré son investiture pour la donner à quelqu’un de plus
proche des militants, et ce nouveau candidat est à son tour contesté par
quelqu’un qui revendique son enracinement local et son passé de gestionnaire…
aux cotés du Président. Pourtant le Président et l’UMP ont fait connaître
leur choix en faveur de la politisation. Ca n’a pas été sans réticence,
Jean Pierre RAFFARIN y a été hostile. Aujourd’hui, compte tenu des sondages,
nombreux sont ceux qui se demandent si donner aux élections locales une
dimension nationale n’est pas une erreur. Les leçons du passé sont ambiguës :
en 2003 le raz-de-marée de la gauche a été une réaction contre les premières
mesures (ou non-mesures) du quinquennat CHIRAC. Est-on sûr qu’il n’en
sera pas de même en 2008 ? De son côté, la gauche n’a pas renoué pour
l’instant les alliances avec les communistes et les Verts qui lui avaient
valu ses succès locaux récents, parce qu’à l’intérieur du PS on hésite
toujours entre les tendances centristes et extrémistes, entre réformateurs
et révolutionnaires. La dynamique des gauchistes extrêmes est une autre
gêne pour l’organisation de « bonnes listes de coalition ».
Cependant, une victoire de « la gauche » aux prochaines élections
laisserait penser que l’opposition a quelque alternative à proposer, alors
qu’elle n’est qu’un habit d’Arlequin sans vrai programme autre que la
prise du plus grand nombre possible de mairies et conseils généraux. Il y a donc pour l’instant un trouble profond
dans les rangs des candidats politiciens, et sans doute une grande perplexité
(allant jusqu’au désintérêt) dans l’esprit des électeurs. Ce serait
peut-être le moment d’en revenir à des choses simples. 1° Il faut rejeter la politisation, parce que
la dose de politique politicienne a dépassé le seuil tolérable par les
Français qui en ont assez de voir toutes questions soumises au jeu du
pouvoir. 2° Les diktats et oukases des états-majors
des partis, aussi bien que les discours gouvernementaux, devraient être
oubliés, négligés, parce que la nation française a le droit d’exister
en dehors des prescriptions jacobines, parce que les communes devraient
secouer le joug de l’Etat. 3° Plutôt qu’à l’arbitraire des investitures,
c’est à la lumière des résultats obtenus que les candidats sortants
doivent être jugés, pour les reconduire ou les destituer. Parmi les
résultats, on ne manquera pas de privilégier l’évolution des impôts
locaux, l’importance et les dépenses des fonctionnaires municipaux,
la qualité des services municipaux – y compris les services de police,
la liberté offerte aux entrepreneurs et commerçants, la tenue des écoles
primaires. Symétriquement on pénalisera les candidats sortants non méritants
et on appréciera les projets des autres. Non au pouvoir, non au pouvoir centralisé,
non au pouvoir arbitraire. Nous avons besoin de bons édiles, bons
gestionnaires et bons magistrats, et non pas de politiciens carriéristes
et inféodés à un parti, fût-il celui du Président – et à plus forte
raison celui de l’opposition, s’il existe.
Jacques
Garello
|
|||||||||||||