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On aura tout
entendu. Le CPE serait presque tolérable s’il n’y avait ces exploiteurs,
ces gens qui ne rêvent que d’asservir la jeunesse, de proposer des emplois
kleenex, ces gens qui licencient sans motif, sinon celui de faire du profit
sur le dos des salariés, ces négriers qui font suer le burnous au prétexte
de productivité et de compétitivité. Naguère on imaginait « l’entreprise
citoyenne », mais l’entreprise n’a pas créé d’emploi, préférant se
délocaliser, sans patriotisme aucun.
Vous pouvez
ajouter encore à l’ignorance, à l’injustice, voire à l’insulte qui se
sont étalées pour désigner ce pelé, ce galeux d’où viennent tous les maux…
Une telle
mentalité est dramatique, parce qu’elle contribue à dégrader encore un
peu plus l’image du patron dans l’esprit du peuple français, parce qu’elle
traduit l’ignorance la plus crasse de la vie économique et entretient
les utopies nihilistes, parce qu’elle dresse une partie de la population
contre une autre. Jusqu’à présent seules les grandes entreprises et les
grands directeurs aux « salaires faramineux » étaient dans le
collimateur, maintenant même les patrons de PME ne trouvent plus grâce
aux yeux de leurs concitoyens (quels citoyens !). C’est l’entreprise
qui est rejetée, c’est celle que l’on veut épargner à ses enfants, puisque
trois-quarts des Français rêvent pour leur progéniture qu’elle devienne
fonctionnaire.
Pourquoi
les patrons sont-ils devenus les mal aimés de la société française ?
Les explications ne manquent pas : le marxisme, l’anticapitalisme,
l’égalitarisme, l’immobilisme peuvent être invoqués.
Le marxisme
a mis dans la tête des Français que la vie sociale repose sur la distinction
entre les « travailleurs » et les autres, et que la lutte des
classes était le moteur de l’histoire. Nos jeunes ont été élevés dans
la religion marxiste, qu’il s’agisse du rite trotskyste, communiste, socialiste,
progressiste ou écologiste. Les seules parades contre le marxisme, qui
sont le savoir, l’expérience et le respect des autres, ne sont pas encore
à leur usage.
L’anticapitalisme
est un héritage de l’histoire de France. Peuple de paysans et d’artisans,
ayant fondé leur prospérité passée sur la richesse des terres et les échanges
locaux, les Français, en comparaison de la plupart de leurs voisins, ont
marqué peu de goût pour le commerce et la finance. Le marché, la banque,
la gestion et le profit leur ont été longtemps étrangers. On connaît mieux
l’administration que la bourse. Aujourd’hui, on rejette volontiers la
mondialisation, le capitalisme, et les Etats-Unis qui en sont le symbole
et, croit-on, les uniques bénéficiaires.
L’égalitarisme
est aussi très ancien, Tocqueville l’observait déjà au XIXème
siècle. Par contraste avec les Américains qui ont le culte de la réussite,
les Français sont jaloux de tous ceux qui vont plus loin que les autres.
L’égalité en dignité de toutes les personnes humaines est devenue pétition
pour l’égalité des droits sociaux, puis l’égalité des revenus, puis l’égalité
des chances d’avoir le même revenu que le voisin. La démocratie ne saurait
jouer que dans le sens de la punition de ceux d’en haut et de la promotion
de ceux d’en bas, quelle que soit la raison pour laquelle on est en haut
ou en bas. Le mérite, le travail et l’entreprise : évacués.
Enfin, depuis
quelques années, la peur s’est installée dans la société française. Découvrant
les exigences de la mondialisation, de la concurrence, certains craignant
pour leurs privilèges et subventions, les Français refusent l’effort et
s’accrochent au passé, à leur « statut », rejettent toute réforme.
Ils ont trouvé une classe politique habitée par la même peur, rajoutant
même une couche par peur de perdre les élections. Politiciens, syndicalistes,
écologistes, altermondialistes : tous marchands
de peur, dont le jour de gloire aura été l’inscription du « principe
de précaution » dans la Constitution : de quoi craindre le pire !
Le pire est là : la jeunesse apeurée par la précarité.
Les jeunes
devraient rêver d’être des patrons, parce qu’à leur âge ils ont toutes
les qualités qui font le bon patron. Ils sont créatifs, inventifs, ils
aiment le changement, ils expriment des besoins nouveaux. Le patron est
un créateur, un innovateur, il découvre de nouvelles occasions et de nouveaux
produits. Les jeunes sont aussi généreux, attentifs aux autres, ils ont
l’esprit d’équipe et se sentent membres d’une communauté. Le patron est
un serviteur, il est à l’écoute du marché, c'est-à-dire des besoins non
ou mal satisfaits, il doit sa réussite aux services qu’il rend à la communauté.
Enfin les jeunes sont prêts à tenter leur chance, ils n’hésitent pas à
s’engager, souvent même à se sacrifier. Le patron sait que l’erreur le
guette, qu’il faut accepter les échecs pour en tirer leçon.
C’est donc
le droit à l’initiative, le droit à l’entreprise, que les jeunes devraient
normalement revendiquer dans la rue. Ils devraient défiler contre les
« enrayeurs » (comme disait Bastiat), contre ceux qui empêchent
les talents de se révéler et de s’exprimer, contre ceux qui pénalisent
la réussite et subventionnent la paresse et la tricherie. Contre les syndicats,
contre les corporations, contre les administrations, contre l’Etat.
Hélas, nos
jeunes sont vieux, ils sont devenus les alliés des conservateurs. Mais
qui leur a dit ce qu’était un patron ? Patrons de France, abandonnez
vos pudeurs, clamez votre fierté : libérez les jeunes en leur disant
la vérité sur votre mission, sur ses servitudes et ses grandeurs.
Jacques
Garello
Le 27 Mars 2006
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