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ECONOMIQUE, SOCIAL, HUMAIN | |||||||||||||
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En arrière
plan des arguments avancés par divers candidats je perçois une grande
confusion dans les rapports qu’ils imaginent entre l’économique, le social,
l’humain. Un tel veut tempérer l’économique par le social : position
sociale-démocrate classique. Un autre veut humaniser l’économie, à la
façon des chrétiens démocrates ou des socialistes modérés. D’autres enfin,
écologistes et marxistes, sont persuadés de l’injustice et de l’inhumanité
d’une économie qui sacrifierait le bonheur durable à la croissance immédiate.
Et que dire de la précarité des emplois, des délocalisations, des inégalités,
fléaux communément attribués aux lois de l’économie ? Je crois
nécessaire de rappeler quelques vérités premières sur les relations entre
économique, social et humain. | ||||||||||||
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Faire une
distinction entre l’économique et le social, tantôt pour les opposer de façon
irréductible, tantôt pour les concilier habilement, cela n’a aucun sens. Tout
d’abord tous ceux qui ont essayé de séparer la production des richesses (qui dans
cette optique serait l’objet de l’économie) de leur distribution (objet du social)
ont couru à l’échec. Quand il n’y a plus de lien direct entre celui qui produit,
grâce à son travail, à son épargne ou à son esprit d’entreprise, et la rémunération
qu’il perçoit pour sa contribution productive, l’envie de produire disparaît bien
vite, car les gens n’agissent réellement que si leur action leur est personnellement
bénéfique. Faute de production il n’y a plus rien à distribuer ; pour avoir
voulu partager autrement le gâteau, au nom de la justice sociale ou de la solidarité
forcée, il n’y a plus de gâteau. Tous les efforts théoriques pour définir un
« optimum de redistribution » (John Rawls)
ont été vains, et la pratique de la redistribution a ruiné
des millions de personnes, en commençant toujours par les plus pauvres (que l’on
voulait pourtant aider). Seul un système fondé sur la propriété privée nous rend
responsables de nos actes, et nous décide à faire plus, à faire mieux. D’autre part,
la production n’a pas d’autre destination que la satisfaction des besoins humains,
et ceux qui veulent réduire la croissance à zéro supposent que les plus démunis
peuvent s’en passer, alors même qu’elle est leur seule chance de progrès, voire
de survie. « Croissance zéro » est un slogan pour des nantis, pas pour
des pauvres. Au contraire une croissance obéissant aux indications d’un marché
concurrentiel permet d’accroître le niveau de vie en bas de l’échelle. La promotion
sociale est plus rapide dans les pays performants : une évidence statistique
que seule la propagande anti-économique (et anti-américaine très souvent) essaie
de masquer au grand public. La concurrence est en effet un puissant stimulant
économique, mais aussi un processus de démocratisation du progrès : tous
vont bénéficier des gains de productivité, il n’y a pas de « rentiers du
succès ». Ce sont les monopoles publics qui accroissent artificiellement
le niveau de vie d’une minorité de privilégiés, et abaissent le pouvoir d’achat
de toute la communauté en imposant surcoûts et gaspillages. En fait,
il n’y a rien de plus social, de plus démocratique que l’économie quand elle est
organisée, de façon naturelle, suivant les principes de la libre entreprise et
du libre échange. Comme Bastiat l’avait montré, l’économie n’est qu’un jeu social
permanent d’échanges mutuels de services. Pour obtenir des autres le service dont
j’ai besoin je dois à mon tour leur rendre service, et le prix est fixé par l’échange
de ces services. Au XIX° siècle on définissait la science économique comme la
« science de l’échange », ou même la « catallaxie », l’art de rendre compatible ce qui est au
départ opposé. Le jeu économique participe donc d’une subtile alchimie sociale,
et il n’y a rien de plus extraverti que l’économie de marché : sans les autres
je ne peux rien faire, je ne sais rien faire. Il est tout
aussi vain de séparer l’humain du social, ou de l’économique, et à plus forte
raison de les opposer. L’humain est à tous les moments de l’acte économique. La
production des richesses ne trouve sa raison d’être que dans la satisfaction des
besoins de chaque homme, doté de la liberté de choix. Ces choix expriment sa personnalité,
traduisent sa situation de famille, ses goûts, ses convictions. Avec la croissance
l’étendue des choix s’accroît, et se produisent alors des changements dans les
structures de consommation, qui amène les structures de production à évoluer aussi.
Aujourd’hui l’activité agricole tient une moindre place parce que les besoins
alimentaires sont satisfaits avec une moindre part du revenu. En même temps c’est
l’explosion des services : santé, loisirs, culture, transports, crédit, assurances,
etc. Ces mutations n’ont rien d’inhumain en elles-mêmes. Elles peuvent au contraire
ouvrir de nouvelles occasions de progrès personnel à ceux qui acceptent de servir
les autres d’une façon différente. Car l’activité
économique est avant tout action humaine. L’être humain peut y exprimer sa créativité,
peut y développer ses talents. Cela s’opère dans le cadre de l’entreprise ;
voilà bien longtemps que les entrepreneurs,
petits ou grands, savent qu’aujourd’hui l’atout décisif de la réussite est la
qualité des personnes qui forment cette communauté originale. Jadis l’homme au
travail était considéré surtout comme une source d’énergie, la force physique,
l’endurance étaient ses qualités recherchées. Maintenant c’est l’intelligence,
la créativité, la relation aux autres, qui sont attendues ;
on compte sur le surplus d’humanité mobilisé dans l’entreprise. Un colloque
passionnant se déroulera à Paris samedi prochain sur ces thèmes. On y débattra
de la perspective chrétienne de l’homme au travail. Sans nul doute aura-t-on l’occasion
de citer Jean Paul II qui, dans l’Encyclique Centesimus
Annus, portait le regard suivant sur le capitalisme :
« un système économique qui reconnaît le rôle fondamental et positif de l’entreprise,
du marché, de la propriété privée et de la responsabilité qu’elle implique dans
les moyens de production, de la libre créativité humaine dans le secteur économique ». Jacques
Garello
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