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Notre Président
aime la découverte. Il ne cesse de sillonner le monde entier à la recherche
d’idées nouvelles, de politiques audacieuses, d’amitiés solides, qu’ils
pourrait ensuite utiliser pour mener à bien son programme de réformes,
qu’il est bien décidé à accélérer enfin. C’est pourquoi
je comprends mal ce qu’il peut faire en Angleterre, ce qu’il peut nous
ramener pour notre plus grand profit. Comment, en effet, suivre les
Anglais dans leur mode de vie, dans leurs mœurs politiques et sociales ?
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Il
faut être fou comme des Anglais pour privatiser les chemins de fer, au
risque de déraillements. Il faut être fou comme des Anglais pour se passer
des syndicats, au risque de l’exploitation des travailleurs. Il faut être
fou comme des Anglais pour abandonner presque totalement les retraites
par répartition, au risque de la faillite des fonds de pension. Il faut
être fou comme des Anglais pour laisser les parents, les professeurs et
les directeurs des établissements scolaires libres de leur pédagogie,
de leur programme, et du choix des enseignants, au risque de disparition
des mauvaises écoles. Il faut être fou comme des Anglais pour changer
sans arrêt de travail au prétexte de réduire le chômage, au risque de
connaître la précarité. Il faut être fou comme des Anglais pour autoriser
un Indien à s’emparer de Jaguar et de Rover, au risque de ne plus vendre
d’automobiles. Il faut être fou comme des Anglais pour installer des péages
dans les villes, au risque d’empêcher les pauvres de circuler à Londres.
Il faut être fou comme des Anglais pour faire payer si peu d’impôts, au
risque de voir tous les footballeurs et les jeunes ingénieurs envahir
leur pays. Il faut être fou comme des Anglais pour refuser l’euro et les
politiques économiques européennes, au risque de se ruiner. Il faut être
fou comme des Anglais pour avoir un budget en équilibre, au risque de
réduction des services publics. Il faut être fou comme des Anglais pour
garder une reine, une famille royale, des carrosses, des palais, au risque
de révolte populaire contre les privilèges. Les Anglais,
ce sont bien les Beatles, Elton Jones, David Beckam, les successeurs de
Milton, de Byron et plus loin encore de Shakespeare, de Thomas More :
des fous… Nous, Français,
nous sommes cartésiens, chez nous rien n’échappe à la rigueur de la raison. Nos chemins de fer ne déraillent pas, ou pas trop, mais nos cheminots, eux, déraillent. Nos salariés souffrent du chômage et des bas salaires, mais le dialogue est intense et permanent entre partenaires sociaux : rien ne vaut le consensus – même s’il n’est jamais obtenu. Nous refusons les retraites par capitalisation et nous acceptons les retraites par répartition car les fonds de pension confient nos épargnes aux financiers tandis que les caisses de retraite se vident aussi vite qu’elles se remplissent, et même plus vite en ce moment ; il fait « sauver la sécu » pour mieux préparer sa faillite. Nous faisons de l’éducation un service public unique et centralisé, parce qu’il n’est pas question que tous les écoliers n’aient pas tous la même école : mauvaise et chère au contribuable. Nous refusons la précarité, nous voulons un emploi garanti à vie, bien rémunéré et adapté à notre emploi du temps – sinon nous préférons le chômage et ses indemnités. Nous préférons le Smic plutôt que la formation et la qualification. Si des étrangers comme Mittal se proposent de reprendre nos usines, puis de nous imposer de nouvelles méthodes de travail, et a fortiori des suppressions ou des déplacements de postes, nous savons compter sur le gouvernement, défenseur du patriotisme économique. Nous sommes contre les péages, nous préférons les embouteillages ou les pistes cyclables. Nous voulons que l’impôt soit encore plus progressif, et nous n’aimons pas le paquet fiscal, un cadeau fait aux riches, on va d’ailleurs le leur reprendre (à supposer qu’on le leur ait donné). Nous n’avons
pas la religion du déficit, parce qu’il faut produire des biens publics,
nous ne voulons pas voir diminuer le nombre de fonctionnaires – ce serait
dégrader la qualité du service public, et la dépense publique est un
facteur de croissance. Nous sommes les plus chauds partisans de l’euro
et de l’intégration européenne – et si nous pestons contre l’euro fort
c’est précisément qu’il n’y a pas de politique monétaire européenne,
entre les mains compétentes de nos inspecteurs des finances. Quant à
la monarchie, nous savons nous en passer. Nous avons des Présidents
dont le prestige et la moralité sont bien au-delà d’une famille royale
en décomposition, et nos ministres n’ont pas à leur disposition des
palais princiers – juste quelques hôtels du XVIIème siècle pour administrer
le pays et de modestes appartements de fonction pour loger la famille.
Les privilèges ne sont pas l’apanage de quelques aristocrates, mais
ils sont largement répandus dans la classe des énarques, des hommes
politiques, des syndicalistes et autres gardiens de la démocratie. Dans ces
conditions, j’espère vivement que Nicolas SARKOZY oubliera bien vite
ce qu’il a pu voir chez les Anglais, et retrouvera quelques alliés naturels
dont nous nous sentons plus proches : les Allemands qui s’embourbent
dans leur sociale-démocratie, les Espagnols qui mènent la nouvelle guerre
civile contre l’Eglise et le roi, les latino-marxistes anti-mondialistes,
et de façon générale tous ceux qui rejettent le modèle anglais. Reste une
question : comment se fait-il que tant de pays et de peuples soient
dans la même voie que les Anglais ? Pourquoi parler d’un modèle
« anglo-saxon » quand on observe que les mêmes principes de
privatisations, de libre entreprise, de libre échange sont mis en œuvre
dans une cinquantaine de pays dont les Asiatiques, les Indiens, les
gens d’Europe Centrale et Scandinave ? N’y aurait-il
pas un modèle universel pour ceux qui veulent connaître la croissance
économique et le progrès social ? Et une devise universelle : « Liberté
et responsabilité » ? Peut-être
pas si fous que cela, ces Anglais ! Jacques
Garello
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