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EUROPE : VERS UNE NOUVELLE DONNE ? |
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Trop occupés avec nos lycéens et nos syndicalistes, trop étonnés par le
comportement de notre classe politique, nous n’avons peut-être pas mesuré
à son exacte portée le résultat des élections italiennes. La victoire
étroite du professore sur le cavaliere ne concerne
pas que les Italiens, elle modifiera peut-être la donne européenne. |
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Trop occupés avec nos lycéens et nos syndicalistes, trop étonnés par le
comportement de notre classe politique, nous n’avons peut-être pas mesuré
à son exacte portée le résultat des élections italiennes. La victoire
étroite du professore sur le cavaliere ne concerne
pas que les Italiens, elle modifiera peut-être la donne européenne. Or l’Europe nous concerne dans le quotidien de notre vie économique et
sociale. L’actualité française ne s’arrête pas aux contours de l’Hexagone, et c’est précisément cette ignorance, volontaire
ou non, de notre environnement européen qui explique les réactions extrêmes
contre toute réforme véritable. Nous croyons faire fi des contraintes
que nous subissons du fait irréversible de notre intégration dans un système
économique mondial, et nous feignons de croire que nos engagements européens
(les vrais, ceux qui datent du traité de Rome) ne sont que de vagues incitations
à quelques amendements mineurs. La réalité est différente : nous
sommes aujourd’hui, comme dans le passé, liés au destin de nos partenaires
immédiats. Plusieurs évènements de la semaine nous le rappellent, vous
en trouverez les échos dans cette Lettre, qu’il s’agisse de nos services
publics (SNCF ou EDF) ou de notre « patriotisme économique »,
Bruxelles nous enjoint de rentrer dans le rang et de respecter une législation
européenne que nous avons en grande partie souhaitée, et à laquelle nous
nous sommes d’avance soumis. Au-delà de l’aspect formel et juridique,
les directives et pressions européennes déplaisent chez nous simplement
parce qu’elles nous amènent au libre échange, cette machine à faire voler
en éclats les protections surannées, les privilèges injustifiés et les
routines confirmées. Mais, précisément, la face de l’Europe ne va-t-elle pas changer après
ces élections italiennes ? Je le crains, mais tout n’est pas encore
joué, et je n’ose pas imaginer un scénario catastrophe pour la cause de
la liberté en Europe. L’avènement de ZAPATERO en Espagne avait été un premier virage d’autant
plus important que José Maria AZNAR avait réellement tiré l’Europe vers
le libéralisme et l’atlantisme. Mais apparemment, à ce jour, la ligne
espagnole n’a guère été infléchie dans le domaine économique, même si
elle s’est révélée révolutionnaire à d’autres égards (et notamment concernant
la famille). La non-victoire d’Angela MERKEL a été
un second coup de semonce. Prisonnière de la « grande coalition »,
la chancelière allemande est à nouveau orientée vers l’axe Paris-Berlin
et le constructivisme centralisateur européen. Il ne fait aucun doute
que Romano PRODI va rejoindre le camp des européistes qui rêvent d’un
gouvernement européen disposant d’un véritable pouvoir, avec de vraies
administrations et de vrais impôts. On comprend que Jacques CHIRAC et
les étatistes hostiles à « l’Europe des marchands » aient
applaudi au succès du professore. Ce que CHIRAC ne peut faire, PRODI peut-il
le réussir ? Je remarque tout d’abord qu’il aura du mal à s’imposer
dans son propre pays. La coalition qu’il mène est pour le moins hétéroclite,
et il a le choix entre satisfaire sa gauche extrême et
s’aliéner les sociaux démocrates et centristes européens (notamment
les Allemands) ou rester dans la ligne giscardienne et faire éclater son
gouvernement. J’observe ensuite que si la vieille Europe reste attachée au modèle rhénan
et ne veut pas d’une Europe libre-échangiste, l’Angleterre et les nouveaux
venus dans l’Union ne se laisseront pas impressionner
par les champions de l’étatisme et du chômage. Enfin et surtout, je ne
vois pas comment les hommes politiques européens pourraient durablement
aller contre les lois de l’économie, qui reprennent vigueur dans un contexte
mondialisé. Les jeux sont donc loin d’être faits. Nul doute que ce qui va se passer
en Italie, mais aussi en France, au cours des prochain mois, aura une
grande importance immédiate, même si à long terme je ne peux croire à
« l’Europe forteresse ». Puisque les libéraux français se sont
fait un devoir d’éclairer une opinion publique manipulée et anesthésiée,
vous trouverez normal que nous consacrions notre prochaine Université
d’Eté de la Nouvelle Economie (à Aix en Provence,
comme toujours depuis vingt neuf ans, du 27 au 30 août) au thème :
« Le futur de l’Europe : concurrence ou harmonisation ? ».
Nous inviterons évidemment des personnalités venues de l’Europe entière,
puisque nous croyons à l’élargissement le plus complet, s’agissant d’un
espace de libre-échange. Les libéraux auront certainement leur mot à
dire et leur rôle à jouer dans la nouvelle donne européenne, pour sortir
la France et l’Europe de leur sclérose et rendre espoir à des peuples
usés et égarés. Jacques Garello
Le 23 Avril 2006
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