Mais n’est-ce
pas la vocation naturelle du centre de bâtir son succès sur le non-dit, sur le
non-engagé, sur le non-projet ? Ici comme ailleurs le neutralisme signifie
le relativisme – tout se vaut – et le pragmatisme conduit à l’immobilisme. Politique
du chien crevé au fil de l’eau. J’ai du mal à comprendre le centre.
Que reste-t-il
à faire à François BAYROU et à l’UDF ? Contrairement à ce qu’il prétend quand
il annonce un « renouveau de la politique française » il n’est pas en
mesure de vendre sa peau très cher. Il n’arrivera pas à faire croire aux socialistes
que son électorat va massivement reporter ses suffrages sur Ségolène ROYAL. La
candidate du PS récupèrera sans doute les quelques milliers de voix de gauche
qui s’étaient égarées au premier tour, mais en dépit des appels pressants et lyriques
de François HOLLANDE, la majorité des électeurs de Bayrou se retrouvera ailleurs,
dans l’abstention ou chez SARKOZY. L’issue la plus vraisemblable est dans une
négociation sur les législatives.
Car c’est
bien le spectre des législatives qui va hanter les quinze prochains jours. Les
battus du premier tour, ceux du moins qui comptent gardent pour seul espoir d’avoir
un point de chute aux législatives. Si Nicolas SARKOZY consent à la promesse d’une
dose de proportionnelle, les voix de l’UDF et du FN lui seront pratiquement acquises.
Différemment, BAYROU et LE PEN auront du mal à donner des consignes de vote ;
au demeurant l’électorat de l’UDF est certainement moins docile, parce que plus
composite, que celui du FN.
La conclusion
de cette analyse qui me semble s’imposer c’est que l’aventure électorale du centre
est terminée, et que l’on va revenir à une bon vieil affrontement entre gaullistes
et socialistes, les deux blocs autour desquels gravitent des satellites de droite
et de gauche. Deux blocs dirigistes, protectionnistes et patriotes. S’agit-il
pour autant d’un « choix de société », comme le disent les protagonistes ?
J’aimerais bien qu’il en fût ainsi, mais pour qu’il y ait choix il faut qu’il
y ait différence. Certes la « gauche » française a son originalité.
Elle a un projet de société mais, fondé sur la lutte des classes, il est tellement
désuet qu’il a perdu toute crédibilité. Nos socialistes n’ont pas su ou pas voulu
faire leur conversion (à la différence des travaillistes anglais, des socialistes
suédois ou allemands) et sont toujours prisonniers des syndicats animés par les
communistes et les trotskystes. Voilà de quoi différencier sérieusement la gauche
de la « droite ». Mais celle-ci non plus n’a pas su s’adapter aux réalités,
elle continue à nier les lois élémentaires de l’économie, les exigences de l’état
de droit et les valeurs de liberté et responsabilité.
En d’autres
termes : BAYROU avait raison de comprendre que les Français sont mécontents
et de leur droite et de leur gauche, mais il avait tort de croire qu’en additionnant
deux nullités on puisse trouver autre chose que zéro.
La France
est donc en attente. Et je ne vous surprendrai pas en disant qu’elle ignore pour
l’instant que cette attente pourrait être satisfaite et ne peut être satisfaite
que par la solution libérale. Dès maintenant, les libéraux doivent donc s’employer
à aller au-devant de ces insatisfactions et déjà, à l’occasion des législatives,
ils doivent glisser à l’oreille des candidats qu’ils devraient mettre quelques
accents libéraux dans leur campagne. Si nos futurs députés ne le font pas, les
évènements ne tarderont pas à rappeler à nos dirigeants que la France ne peut
vivre plus longtemps en marge des autres Européens, en révolte contre la mondialisation,
et en délire idéologique permanent.
Le centre
va laisser un vide dans l’échiquier politique français. Le libéralisme pourra
bientôt combler ce vide. Plus la France est centrifuge, plus elle convergera vers
les idées de la liberté.