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DECODER DA VINCI |
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Puisque c’est
le sujet de la semaine, pourquoi ne pas en parler ? Vous me savez
sensible à la mode, et désireux de me fondre dans la pensée unique… Je voudrais
en fait saisir l’occasion d’une réflexion sur la place de la religion
chrétienne dans la société contemporaine, et rappeler les liens entre
liberté, religion et civilisation. C’est sans doute très prétentieux,
et je vous demande d’avance toute indulgence. Je ne veux
pas vous entretenir du livre ni du film Da Vinci Code,–
et ne m’en veuillez pas si je n’ai ni lu ni vu l’œuvre de Dan Brown,
qui n’est pas importante en soi - , mais du phénomène Da Vinci qui,
lui, est révélateur. |
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Révélateur
de quoi ? Il me semble qu’il exprime trois réalités : -
que l’homme ne cesse d’être « un animal religieux »,
-
que le besoin de Dieu ne peut être satisfait que
par une démarche de foi et de raison, -
que la chrétienté est le plus court chemin vers
la liberté et la civilisation de l’amour. Animal religieux :
les économistes sont souvent sollicités pour imaginer les produits du
futur, l’évolution des besoins et des biens et services de nature à les
satisfaire. En se référant à la fameuse « échelle de Maslow », ils pensent que par priorité l’homme s’attache
à répondre aux besoins de survie, comme les animaux le font, mais qu’il
n’en éprouve pas moins des besoins de moins en moins matériels, de plus
en plus intellectuels et spirituels, qu’il va chercher à satisfaire de
mieux en mieux au fil du temps, stimulant un progrès permanent, une recherche
incessante du « toujours plus ». Aujourd’hui un ménage aurait-il
deux voitures, un frigidaire bien garni, des vacances sous les tropiques,
des DVD et des musées en quantité, il n’en serait pas dispensé pour autant
de se poser la question du sens de la vie et de la mort, il n’en éprouverait
pas pour autant le manque de recueillement spirituel, il n’en serait pas
moins à la recherche de l’infini, de l’éternel, et de la vérité. Cela
fait partie de l’essence même de l’homme dont Aristote disait qu’il a
les pieds sur terre et la tête dans les cieux, exprimant sa double nature,
charnelle et spirituelle. Malraux était clairvoyant en annonçant :
« le vingt et unième siècle sera religieux ou ne sera pas ».
Da Vinci, c’est le besoin de religion. Un besoin
visiblement mal satisfait : dans les sociétés développées, et notamment
en Europe, les religions « traditionnelles » ont mal résisté
à la montée du matérialisme, le veau d’or est toujours debout. La France
(mais aussi l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne), s’est déchristianisée.
Le besoin de religion n’a pas disparu pour autant, mais des individus
coupés de leurs racines chrétiennes cherchent des ersatz. Les sectes et
les religions « lointaines » à tous points de vue, attirent
un nombre croissant de personnes en manque. D’autres fuient dans la drogue
ou toute autre forme d’anéantissement. D’autres enfin construisent leur
religion et leur Dieu à leur manière. Da Vinci, c’est Jésus réinventé,
laissé à l’imagination de chacun. Tocqueville l’avait prophétisé :
« Dans ces temps d’égalité, c’est en eux-mêmes ou dans leurs semblables
que les hommes cherchent d’ordinaire les sources de la vérité ».
Frappés « d’incrédulité instinctive » parce qu’ils assimilent
indûment liberté individuelle et développement de l’ego, nombre de nos
contemporains veulent balayer les religions révélées pour n’accepter que
les croyances qu’ils se construisent eux-mêmes. C’est la « présomption
fatale » dénoncée par Hayek : les religions auto-construites. On croit la raison pure ou les sentiments
personnels capables de nous mener à Dieu, et l’on rejette le mystère de
Dieu, on nie ce qui fait qu’Il est d’essence
divine, au-delà de ce que tout être humain peut penser ou imaginer. Il
faut « décoder Dieu ». Jean Paul II nous rappelait au contraire
la nécessaire alchimie de la Foi et de la Raison, la merveilleuse combinaison
entre l’intelligence de l’homme, créé à l’image de Dieu, et la tension
de l’homme vers Dieu, qui vient précisément de sa distance à la perfection,
de sa recherche d’absolu – parce que l’homme n’est pas Dieu. Vanité des
vanités, orgueil originaire : se prendre pour Dieu, ou se fabriquer
son Dieu. Chrétienté
et civilisation de l’amour : ce n’est pas par hasard que je me réfère
à Jean Paul II. Car, de toutes les religions, il me paraît évident que
celle qui a pour loi fondamentale « Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés », transcendant l’amour entre les hommes par
l’amour de Dieu, est bien de nature à mener à une société de liberté et
d’harmonie. La chrétienté a rétabli l’homme dans sa dignité ; prolongeant
Jérusalem, Athènes et Rome, elle a fondé la civilisation occidentale dont
les bienfaits ont été portés dans le monde entier. D’autres religions
se proposent aujourd’hui aux hommes à la recherche de Dieu. Mais quelle
place font-elles au respect de la personne humaine, à la liberté et à
la responsabilité individuelles, au partage et à la paix ?
Rapprochent-elles l’humanité de la barbarie ou de la civilisation ?
Da Vinci, c’est le signe d’un abandon des valeurs de civilisation, parce
que c’est la victoire du relativisme : pourquoi pas plusieurs Christ ?
Or c’est précisément ce refus ou cet oubli des bases chrétiennes de la
civilisation qui menace les pays qui se réclament encore de la liberté
et de la démocratie. Nous ne défendrons pas durablement la liberté par
les performances économiques que nous réaliserons, ni par les simulacres
d’une solidarité sociale imposée. Hayek le rappelait à Paris en 1984 :
« Nous devons retourner à un monde où notre vie est guidée non pas
par la seule raison, mais par la raison et la morale, où la vérité de
la morale est tout simplement celle de l’Occident
chrétien qui a façonné la morale de la civilisation moderne ». La
chrétienté est le chemin de la civilisation : sachons nous en convaincre
et retrouver le chemin. Jacques
Garello
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