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Par les hasards du calendrier, la fête de l’Ascension
est tombée cette année le 1er Mai. Je ne crois pas que cette
coïncidence ait été perçue par beaucoup de Français. La plupart d’entre
eux l’ignoraient, et sans doute ignoraient-ils aussi qu’il y avait une
fête chrétienne appelée « Ascension ». Dans les grands médias,
hors les programmes religieux habituels, les bulletins d’information faisaient
volontiers l’impasse : laïcité et services publics obligent sans doute.
Une perle au passage : j’ai entendu un journaliste annoncer l’Ascension…
pour le 8 Mai. |
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Par contraste,
on nous a rebattu les oreilles
avec les manifestations syndicales, et durant toute la journée on a entendu
de véhéments discours sur les salaires trop bas, les retraites trop retardées,
le pouvoir d’achat trop faible, les « sans papiers » trop exploités.
On a redit l’espoir d’une grande union syndicale, au niveau européen comme
au niveau national, et on a annoncé les réjouissances pour le joli moi
de Mai : chaque semaine aura son temps fort. Un 1er
Mai donc très réussi, dans la grande tradition de la gauche, pour la vraie
défense des droits des travailleurs. Le 1er Mai a été et demeure
une grande fête du totalitarisme marxiste. Pour ma part,
j’avais choisi l’Ascension. D’abord parce que j’ai l’esprit de contradiction
et que j’aime bien me singulariser, fuir la pensée unique pour essayer
de mener une réflexion personnelle. Ensuite parce que je suis chrétien
et que mon Président m’a expliqué que
la religion est un élément déterminant d’une nation. Encore parce que
je suis Européen et que les racines de la culture européenne sont principalement
ancrées dans le christianisme, ce que n’ont pas voulu admettre les prétendus
constructeurs de l’Union Européenne (à laquelle, par contraste, et notamment
pour cette raison, je suis fortement opposé). Enfin, par ce que la symbolique
de l’Ascension chrétienne est radicalement différente de celle du 1er
Mai et me paraît préférable, à tous points de vue. Le 1er
Mai célèbre la lutte des classes, les victoires « arrachées »
par les travailleurs en lutte sur les capitalistes exploiteurs. Il existe
encore des naïfs pour accorder crédit à deux fables : - la première
est celle du rôle historique joué par les syndicats dans les « conquêtes
sociales », alors qu’ils ne sont en rien à l’origine de l’amélioration
du sort des travailleurs. La condition ouvrière s’est améliorée du fait
de la croissance économique, elle-même née des innovations des entrepreneurs,
à leur tour stimulés par le commerce, le libre échange et la concurrence,
dans un cadre institutionnel de propriété et de responsabilité. Les marxistes
eux-mêmes l’ont implicitement reconnu en abandonnant l’idée de la paupérisation
du prolétariat (Marx) pour celle de la paupérisation « relative »
(Engels : les travailleurs vivent mieux mais s’enrichissent moins
vite que les possédants), puis celle de l’impérialisme (Rosa Luxembourg
et Lénine : les travailleurs des pays riches ne sont plus exploités
parce que les pays riches exploitent le reste du monde à travers le commerce
international). Voilà qu’aujourd’hui des pays « prolétaires »
deviennent émergents et, comble de malheur, grâce à la mondialisation
capitaliste ! Avec quelques autres j’ai démontré depuis longtemps
que les syndicats n’amélioraient pas la condition des travailleurs, parce
qu’ils ne le pouvaient pas dans un système de libre entreprise et de libre
échange. Aujourd’hui, la puissance des syndicats ne vient certainement
pas de la confiance que leur accordent les travailleurs, qu’ils ne représentent
d’ailleurs pas, mais de leur aptitude à faire du chantage politique et
social, bénéficiant des privilèges et des moyens accordés par une législation
du travail surannée ; - la deuxième est celle du concept de classe et de lutte : le salaire serait réduit parce que le profit augmente et la vie économique serait un affrontement permanent entre forces sociales. L’économie serait un jeu à somme nulle : on ne pourrait gagner que si quelqu’un d’autre perd. Le jeu consisterait
à arracher la plus grosse part du gâteau. Évidemment, on exclut l’hypothèse
la plus réaliste : que le gâteau lui-même grossisse, c'est-à-dire
que la croissance économique permette de mieux rémunérer à la fois l’entrepreneur,
le travailleur et l’épargnant qui, au demeurant, ne sont pas constitués
en classes, ne serait-ce que parce que certains d’entre nous sont les
trois à la fois ou le deviendront ! Par contraste
le sens de l’Ascension chrétienne est principalement une annonce d’espérance.
Chacun d’entre nous est appelé à l’élévation de son âme, le chemin de
l’amour est ouvert, le Christ nous l’a montré et nous a laissé l’Esprit
Saint pour nous guider. L’Ascencion, c’est un acte de confiance que
le Christ fait à notre humanité, car la nature humaine procède de la
grandeur divine, parce que les hommes sont invités en toute liberté
à grandir en dignité et que c’est dans l’amour de nos frères et en harmonie
avec eux que nous pourrons y parvenir. Ici, il n’est
pas question de classes mais de personnes, l’amour et le service des
autres effacent nos penchants à la lutte et à la violence. C’est en
resserrant le réseau des relations personnelles, familiales, professionnelles
que nous résoudrons les problèmes de la cité. L’Ascension, c’est le
lien entre la Cité terrestre et l’Infinie divinité. Aristote avait pressenti
l’Ascencion, qui avait décrit l’homme comme « les pieds sur la
terre, la tête dans les cieux ». Un prédicateur ami m’a surpris en disant que l’Ascension c’était la « Fête de l’Humanité ». Pas celle des communistes, pas celle des divisions et des haines. Mais la fête des hommes engagés sur le chemin de leur progrès, qui ont soif de dignité, d’harmonie et de paix.
Jacques
Garello
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