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Vous en avez
sans doute assez de ces commentaires sur les évènements de mai 1968. Je
vous demande pourtant votre indulgence : je vais à mon tour commenter,
mais dans un mode inhabituel et provocant. Je voudrais en effet rapprocher
mai 1958 et mai 1968 : entre les deux je vois une continuité, une
trame historique qui nous poursuit aujourd’hui encore. Vous en avez
sans doute assez de ces commentaires sur les évènements de mai 1968. Je
vous demande pourtant votre indulgence : je vais à mon tour commenter,
mais dans un mode inhabituel et provocant. Je voudrais en effet rapprocher
mai 1958 et mai 1968 : entre les deux je vois une continuité, une
trame historique qui nous poursuit aujourd’hui encore. 13 Mai 1958 :
agonie de la IVème République, les insurgés d’Alger réussissent un véritable
coup d’Etat mais, dupés par Massu et Delbecque, appellent De Gaulle pour
sauver l’Algérie Française. Au lieu d’ouvrir le chemin de l’espoir, le
13 mai 1958 engage la France dans la voie de l’abandon et du drame. De ce jour, la nation française est
déchirée, l’Etat impuissant mais arrogant est discrédité. C’est ce qui
apparaîtra en pleine lumière le 13 Mai 1968. |
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La perte
de l’Algérie Française s’accompagne en effet de plusieurs blessures dont
le pays ne se remettra pas. La protection des citoyens français, la défense
de leurs biens et de leurs personnes ne sont plus assurées. Le crime est
impuni, les barbares deviennent des « interlocuteurs valables »
et on livre un peuple à des assassins qui avaient pourtant perdu ce qu’ils
appelaient une « guerre de libération » mais n’était qu’une
série d’exaction terroristes consistant à poser des bombes dans les villes
et à égorger des familles dans le bled. L’armée française, victorieuse
sur le terrain, est décimée et déconsidérée : les « soldats
perdus » n’ont pu sauver l’honneur perdu, ni les vies de centaines
de milliers d’Algériens qui avaient choisi la France. La « raison
d’Etat » aura légitimé les tribunaux d’exception, les exécutions
hâtives, les barbouzes, les mensonges les plus éhontés : la paix
règnera, le pétrole du Sahara sera conservé, la France prendra la tête
de la troisième voie, etc. Dans ces
conditions, que deviennent les valeurs morales et spirituelles qui font
l’unité et la dignité d’une nation ? Le pouvoir politique a toutes
les apparences de la grandeur, mais il n’est plus en réalité qu’un appareil
autoritariste, manipulateur, corrompu. La nouvelle culture est celle de
la gauche victorieuse, du marxisme arrogant de Sartre et ses disciples.
Quant à l’économie,
en dépit de l’œuvre de Rueff et Pinay, vite oubliée, elle se désagrège
car la V° République, comme la précédente, se complait dans les déficits,
l’inflation, la dictature des syndicats révolutionnaires. Comme tout au
long de toutes ces « trente glorieuses » dont on parle tant,
je ne vois que planification ruineuse, corporatisme et protectionnisme.
Aujourd’hui
il est de bon ton de considérer que mai 68 aura été une surprise, un orage
inattendu dans une France heureuse et prospère. La prospérité est très
relative et le bonheur est absent. « La France s’ennuie », dit-on.
Oui, elle s’ennuie de la perte de toute référence, du succès du relativisme,
de « l’adoxalisme » comme disait Daniel Villey qui en cette
année 1968 dénonce le refus général de toute foi, de toute doctrine, de
toute cohérence intellectuelle et morale. Rien n’importe, tout se vaut.
Quand tout se vaut, rien ne vaut. Voilà à mon
sens la vraie maladie de ce mai 1968. Le désordre de la pensée, les utopies,
les mascarades des AG, la résignation des mandarins, des dirigeants, les
piquets de grève, la chienlit et le beau et grand Grenelle : tel
aura été à mes yeux le paysage de mai 1968. J’en témoigne en ce qui concerne
l’Université, épicentre du séisme, puisque jeune professeur, j’ai vécu
les « évènements » en première ligne(1).
Hélas je
crains que la France soit toujours frappée de la même maladie. Depuis
quarante ans, notre système éducatif n’a cessé de se dégrader, la jeunesse
est privée de toute référence à la réalité et au droit, et de toute compréhension
des hommes et des choses. Depuis quarante ans la classe politique n’a
cessé de se déconsidérer et l’Etat sera d’autant moins respectable qu’il
deviendra plus envahissant. Depuis quarante ans l’économie n’a jamais
reçu les réformes libératrices dont elle a besoin, les finances publiques
sont en désordre et en faillite, la protection sociale est en péril. Depuis
quarante ans, le dialogue social consiste à se plier aux injonctions d’une
poignée de leaders syndicaux. Depuis quarante ans, la violence et l’agressivité
ont éliminé les germes d’harmonie et de respect. Sans doute
il y a un an certains électeurs de Nicolas SARKOZY ont-il cru que l’on
pouvait en finir avec ces héritages de mai. Force est de constater que
le souffle n’a été que zéphyr. Comme le disait Gusdorff en 1968 :
« C’est la Pentecôte sans l’Esprit Sain ». Je voudrais
précisément terminer sur une note d’espoir. Il est grand temps de mettre
un peu d’Esprit dans notre vie personnelle et sociale. En 1968, pour la
première fois depuis un demi-siècle, la pensée libérale se manifestait :
la première « semaine de la pensée libérale », organisée par
l’ALEPS, faisait pendant à la « Semaine de la Pensée marxiste »
lancée par Roger Garaudy. Depuis lors, avec des bonheurs variables, les
idées de la liberté ont fait leur chemin en France. Aujourd’hui en retrait
(n’en déplaise à ceux qui prétendent que, comme en 1968, le pays est soumis
à la philosophie « ultralibérale libertaire ») le libéralisme
reviendra. Il est en effet le seul remède à ces maladies du temps des
cerises. Il porte, pour tous les Français, et pour les jeunes en particulier,
la promesse d’une vraie rupture avec les plaies du passé, et d’un vrai
projet d’avenir, source de progrès personnel et d’harmonie sociale. [1] J’ai écrit le chapitre
« Université 68 : trahison des clercs, trahison de la nation »
dans l’ouvrage collectif publié par Chantal Delsol et Mathieu Grimpret,
Liquider Mai 68 ?, Presses de la Renaissance, avril 2008.
Jacques
Garello
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