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THERAPIE DE CHOC OU GRADUALISME ? | |||||||||||||
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C’est la
question qui se pose aujourd’hui en France, comme elle s’est posée il y a quinze
ans aux nations libérées du communisme, comme elle se posera dans tous les pays
émergents qui veulent relever le défi de la mondialisation. Frédéric
Bastiat raconte l’histoire de ce paysan qui doit couper la queue de son
chien et s’apitoie sur le sort de la pauvre bête : « Ne t’inquiètes
pas, je ne te couperai qu’un petit bout chaque jour ». Le paysan
de Bastiat avait fait le choix du gradualisme, d’une médecine douce finalement
plus douloureuse qu’une taille à vif, qu’une thérapie de choc. Après l’éclatement
du bloc soviétique en Europe, deux types de politique ont été menées.
Les unes, comme en République Tchèque ou dans les pays Baltes, ont adopté
la thérapie de choc. Privatisations immédiates, stabilisation monétaire,
restauration immédiate des libertés publiques et large ouverture aux entreprises
et capitaux étrangers. | ||||||||||||
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Les autres,
comme en Pologne ou en Roumanie, ont tardé à démanteler le secteur public,
ont laissé filer l’inflation, ont joué en partenariat avec les organisations
internationales plutôt qu’avec les entreprises étrangères. Le résultat
est visible aujourd’hui. Ceux-là ont totalement reconstruit leur économie
et leur démocratie, ceux-ci ont peiné jusqu’à maintenant et il a fallu
la perspective de l’adhésion à l’Union européenne pour accélérer les réformes
attendues depuis quinze ans. Ils mettent les bouchées doubles. Le Président
et les réformateurs de la France sont à leur tour placés devant ce même choix.
Militent en faveur de la thérapie de choc : la situation alarmante de l’économie,
l’environnement international, l’ampleur de la victoire, l’explosion de la gauche.
Inclinent au gradualisme : le poids du secteur public, la puissance militante
des syndicats et corporations, la lourdeur de l’héritage du socialisme et du jacobinisme.
Ce sont parfois plusieurs siècles d’étatisme à effacer, et un demi-siècle de collectivisme.
Notre mur de Berlin n’est pas tout à fait détruit. La balance
penchera d’un côté ou de l’autre en fonction du tempérament des acteurs, du calendrier
et de l’échiquier politiques, mais il est temps de choisir. Le tempérament
de Nicolas SARKOZY le porte à l’action rapide et audacieuse. « J’irai aussi
loin que possible dans la voie des réformes », dit-il et il précise :
« Je serai un Président qui gouverne ». Il met déjà sous pression intense
ses ministres et collaborateurs. Il multiplie les voyages : Berlin, Toulouse,
Bruxelles, Le Havre, etc. Il multiplie les audiences : partenaires sociaux,
écologistes, ambassadeurs. Activisme ou action ? En tous cas il ne semble
pas vouloir attendre ceux qui traînent les pieds. Or, ils sont
nombreux à prendre leur temps, à jouer la montre, attendant que l’opinion se revire,
que leurs forces ébranlées se reconstituent. Le calendrier électoral les dessert
à cause de la proximité des législatives – ils devront accepter la « vague
bleue », mais les sert d’un autre côté parce qu’il y a un an avant les élections
locales, où traditionnellement les perdants des nationales prennent leur revanche.
Nicolas SARKOZY a-t-il intérêt à ramasser tout de suite la mise des législatives,
ou à attendre que tous les pouvoirs locaux aient été reconquis ? Et la meilleure
façon pour lui de souder sa majorité parlementaire nouvelle n’est-elle pas de
l’intéresser immédiatement à un débat autour des réformes majeures ? A-t-il
l’intention de gouverner par ordonnances ? En 1986,
invoquant l’urgence, Jacques CHIRAC avait voulu réformer par ordonnances. Le problème
est qu’il n’a rien réformé du tout, mise à part la privatisation des établissements
bancaires et de quelques groupes industriels - ce qui, il
est vrai, n’était
pas mineur. Mais à aucun moment
l’opinion publique n’a senti passer sur la France le souffle d’un REAGAN
ou d’une Margaret THATCHER. Pour aller
vite et loin, c’est le souffle qu’il faut. Les projets de réforme doivent être
présentés et réalisés dans une perspective globale, inspirant confiance aux Français
parce qu’ils ont le sentiment d’être enfin renseignés sur les intentions du pouvoir,
alors qu’ils ont été déboussolés par des politiques illisibles depuis quarante
ans. Le gradualisme,
l’accumulation de mini-réformes, de retouches techniques : cela ne parle
pas au peuple, et très vite le désintérêt puis la critique s’installent dans les
esprits, y compris chez ceux qui ont voté avec enthousiasme quelques mois plus
tôt. L’expérience montre que ce qui n’a pas été fait ou entamé dans les cent jours
du nouveau pouvoir ne sera jamais fait ou achevé. Giscard d’Estaing en 1974, Chirac
en 1986, Baladur en 1993, Juppé en 1995, Raffarin en 2002 : chaque fois ils
ont hésité à appliquer une thérapie de choc, chaque fois ils ont échoué, et les
électeurs ne leur ont pas pardonné leur pusillanimité. Pour moi
la considération dominante dans ce choix devrait être, la situation de notre pays.
Les déficits se creusent chaque jour : celui de l’assurance maladie par exemple,
pour laquelle une « alerte » a été décrétée. Il y a tant à faire, le
chantier est si considérable, qu’il faut s’y atteler tout de suite : régler
les problèmes de la carte scolaire et des universités avant la rentrée, obliger
les syndicats à se prononcer dans les semaines à venir sur le service minimum
et les heures supplémentaires, annoncer les allègements fiscaux et les suppressions
d’impôts dès juillet, à l’occasion du vote du collectif budgétaire 2007 et de
la présentation de la loi de finances 2008. Et les députés
dans tout cela, me direz-vous ? Comme je l’ai déjà dit, il faut éviter un
parlement croupion, une chambre « bleu horizon », et il faut souhaiter
et aider ceux d’entre eux qui pousseront dans le sens de la thérapie de choc.
Ils seront sans doute nombreux, eux aussi doivent se presser de s’organiser en
groupes d’études et d’action. La plupart d’entre eux auront aussi l’occasion de
préparer une rupture avec le jacobinisme à l’occasion des élections locales l’an
prochain. Il ne faut
pas prendre la France pour une pauvre bête. Il faut lui épargner le gradualisme. Jacques
Garello
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