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On amende,
on amende, on amende. On amende la constitution. On amende le code pénal.
On amende le droit du travail. Exécutif et législatif se livrent à un
travail épuisant, qui doit apporter à notre pays prospérité et fraternité. Dans leur
ardeur réformiste, ils vont jusqu’à amender la loi de l’offre et de la
demande. Cela me rappelle une anecdote vécue : s’entendant expliquer
par le patron que l’entreprise devait s’adapter aux fluctuations du marché
et accepter « la loi de l’offre et de la demande », ce délégué
syndical de s’exclamer : « il n’y a qu’à changer la loi ! ». Beaucoup
de personnes, à commencer par nos hommes politiques, sont maintenant poussées
à croire que la loi de l’offre et de la demande qui régit l’économie est
une loi comme une autre, qui aurait parfois besoin d’un sérieux amendement.
Il suffirait que les dirigeants fassent une nouvelle loi. Bientôt c’est
la loi de la pesanteur que l’on se promettra d’amender. |
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Notre pays
a une telle tradition d’économie dirigée que les dérèglements ou déséquilibres
sont imputés à l’Etat, et que l’on se tourne naturellement vers lui pour
régler le problème en concevant et faisant voter des lois. Le pouvoir
d’achat est-il en baisse ? Le Parlement doit faire une loi. L’énergie
est-elle plus chère ? Le Parlement fera une loi. La planète se réchaufferait-elle ?
Il faudrait que les Etats fassent une loi. Voici deux
exemples illustrant ce glissement de la pensée dominante vers le vide
intellectuel. Pêcheurs,
transporteurs routiers, taxis, paysans : le prix du carburant a fait
un bond et compromet leur rentabilité. Cette hausse est le fait de la
loi de l’offre et de la demande : les producteurs de pétrole ne livrent
pas sur le marché toutes les quantités possibles, mais surtout les consommateurs
sont de plus en plus nombreux, avec ces centaines de millions de Chinois
et d’Indiens qui se mêlent d’avoir des voitures, des usines, des maisons.
La loi de l’offre et de la demande veut que le prix augmente, il est révélateur
d’une pénurie. A partir
de là, deux réactions sont possibles. Celle qui a fait ses preuves depuis
des siècles, est de tenir compte du signal des prix, et d’ajuster l’offre
et la demande au déséquilibre révélé. D’une part on apprend à économiser
le pétrole, de l’autre l’innovation est stimulée, faisant apparaître de
nouvelles techniques ou de nouveaux produits inconnus ou délaissés jusqu’à
présent. L’autre méthode
est de faire passer une loi par le Parlement, ou d’obtenir du gouvernement
un décret, une promesse, une compensation, une subvention. Providentiellement
le prix sera maintenu à un niveau jugé « raisonnable » par les
producteurs (qui se font beaucoup entendre) et par les consommateurs (moins
bien placés). En réalité on n’aura fait que transférer le surcoût d’une
catégorie sur une autre, la catégorie la plus facile à plumer étant celle
des contribuables. Le prix n’est plus qu’un barème administratif et politique :
bravo, on s’est enfin affranchi de la loi de l’offre et de la demande ! Télévisions publiques et privées : ici aussi on n’arrête pas le progrès. La concurrence (même inégale) fait que les recettes publicitaires vont pour l’essentiel aux chaînes privées, et délaissent les chaînes publiques. Là-dessus un esprit de génie, Alain MINC, souffle à l’oreille du Président (qui sait s’entourer des conseillers les plus avertis du monde), qu’un service public déchoît lorsqu’il vit d’une recette commerciale. Pouah ! La télévision, la culture ne peuvent appartenir au monde marchand et se soumettre à la loi de l’offre et de la demande ! Quand la transmission des émissions se faisait par ondes herziennes, on ne pouvait couper l’émission à un télespectateur particulier : la « redevance » a été inventée, c’est un impôt sur les téléviseurs et elle n’a rien d’un prix. Les techniques
actuelles permettent de dénombrer et identifier les téléspectateurs, le
produit est donc potentiellement marchand, mais la redevance est demeurée,
alors que les recettes de publicité seraient suffisantes à financer les
émissions, pour peu que ces émissions soient bonnes à l’audimat. Mais
depuis plusieurs années les recettes de publicité ont fui les chaînes
publiques pour leur préférer les chaînes privées. Qu’à cela ne tienne :
une loi sur l’audio-visuel permettra de transférer le pactole publicitaire
du privé vers le public, et la redevance sur les téléviseurs ne suffisant
pas on va essayer de faire payer les pirates qui regardent la télé sur
leur ordinateur ou sur leur mobile. Ces deux
exemples sont tirés d’une centaine de situations dans lesquelles les autorités
politiques, poussées par les corporations et l’idéologie, rejettent la
logique marchande pour lui substituer la logique politique, qui se nourrit
de promesses, de redistributions, mais aussi de prélèvements obligatoires.
Cette substitution est dramatique. En effet,
la loi de l’offre et de la demande qui régit les échanges n’est que la
traduction normale et la mise en évidence d’une situation de pénurie ou
d’abondance. Le principe de l’échange veut que les termes en soient fixés
librement par les parties contractantes. La loi de l’offre et de la demande
suppose des choix libres et responsables. Elle nous soumet à l’opinion
des autres, mais renseigne aussi les autres sur notre propre opinion. Le processus
marchand est extraverti. Le processus politique relève d’une autre logique,
et la loi qui en découle ne peut régir l’économie qu’en supprimant le
contrat et la liberté de choix aux différentes personnes, pour imposer
la loi des dirigeants, des planificateurs technocrates, et de tous les
nostalgiques de l’économie soviétique et dirigée. Ils prétendent nous
libérer de la loi de l’offre et de la demande et imposent leur propre
loi. L’argument est la supériorité de l’intérêt général sur l’intérêt
particulier. Mais les législateurs en viennent très vite à nous dispenser
de tout embarras du choix, et à nous libérer de notre liberté. Jacques
Garello
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