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Les politiciens : chassez les par la porte,
ils reviennent par la fenêtre.
Ils n’avaient évidemment pas digéré le sort réservé
à la Constitution
Giscard en mai dernier. Cette Constitution avait été
conçue pour leur donner le beau rôle dans la future Europe. Ils allaient
pouvoir exercer leurs talents à Bruxelles et à Strasbourg, alors même
qu’ils avaient perdu toute utilité et toute considération au niveau
national, à Paris ou à La
Haye. Ils allaient pouvoir contenir la vague de mondialisation
et de concurrence qui s’abat sur l’économie européenne, et en empocher
les bénéfices électoraux. Ils allaient pouvoir perpétuer le « modèle
rhénan », la sociale démocratie collectiviste, et échapper à l’épouvantail
du « modèle anglo-saxon » ultra-libéral.
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Hélas pour eux, par une curieuse conjonction des
votes, le rêve des politiciens s’était effondré, et l’intransigeance de
Tony Blair, Vaclav Klaus et quelques autres avait pour un temps écarté
le spectre de l’Europe des politiciens pour revenir à une plus saine conception
de l’Europe, celle qui fonctionne dans l’intérêt des peuples, et non de
leurs gouvernants.
Voici aujourd’hui leur revanche. Après le sidérurgiste
indien, c’est le plombier polonais qui a été fusillé à Strasbourg. La
directive Bolkestein a été vidée de l’essentiel de son contenu. S’agissant
d’ouvrir le secteur des services à la concurrence la question était de
savoir si les entreprises de la
Pologne (ou de l’Estonie, ou du Portugal) venant opérer
en France, en Italie ou en Grande Bretagne avec leur personnel allaient
appliquer à ces travailleurs la législation de leur pays d’origine ou
du pays d’accueil. Avant que l’on ait parlé du plombier polonais il y
avait eu « la coiffeuse de Valence » : cette brave dame
de la Drôme avait imaginé
faire enregistrer son salon en Angleterre : gérant en France une
succursale d’une entreprise britannique elle s’imaginait pouvoir être
régie par la législation fiscale et sociale anglaise. Les autorités françaises
l’avaient ramenée à leur raison : en France seule la règle française
s’applique. Plus loin encore il y avait eu l’Acte Unique imposé par Margaret
Thatcher en 1985. Il concernait la circulation des produits à l’intérieur
de la Communauté Européenne :
ils devaient être achetés et vendus avec les impôts et les normes de leur
pays d’origine. Panique à bord : le gouvernement français doit soudainement
abaisser la TVA sur les automobiles de 33%
à 18,6% sous peine de voir les voitures françaises rejetées du marché
européen, et les voitures allemandes envahir notre marché domestique,
avec seulement quelque 20% de TVA. L’Acte Unique était dans le prolongement
logique de la jurisprudence de la
Cour de Justice Européenne qui, avec l’arrêt « Cassis
de Dijon », avait adopté le principe de la « mutuelle reconnaissance
des normes ». Margaret Thatcher partie, l’Acte Unique restera lettre
morte : les politiciens respirent ! Nouvelle alerte en 1992
quand une directive ouvre l’assurance-maladie à la concurrence :
heureusement le gouvernement français sauve la mise et la « lecture »
adroite de cette directive va sauvegarder le monopole de la Sécurité Sociale. Ouf !
Je vous rappelle ces points d’histoire non par pédantisme,
mais pour souligner que derrière l’affaire Bolkestein, c’est l’intérêt
des consommateurs européens qui est en jeu. La concurrence doit mettre
normalement les producteurs en état d’offrir les biens et les services
au meilleur prix possible. Dans ce prix, il y a le poids de tout le système
fiscal et social imposé aux producteurs par leurs Etats respectifs. Les
impôts passent pour rémunérer des « biens publics » dont les
entrepreneurs ont besoin pour produire, au même titre qu’ils ont besoin
de capital ou de travail. Si un Etat fait payer ses prestations très cher,
tant pis pour les producteurs. Voici où le bât blesse : les Etats,
leur réglementation fiscale et sociale se trouvent
en concurrence. Les politiciens vont donc dénoncer les pays qui font payer
moins d’impôts, suspects de « dumping fiscal », et ceux qui
font payer moins de prélèvements sociaux, suspects de « dumping social ».
Les politiciens n’ont cure de l’intérêt des consommateurs,
et ils ne veulent pas faire subir une « concurrence dommageable »
(comme dit le rapport Primarolo) à leurs entrepreneurs ni compromettre
la belle « justice sociale » qu’ils ont su inventer. Pour deux
raisons : d’abord c’est faire trop bon marché de leur souveraineté
– un argument faible puisque trois quarts de nos textes français sont
aujourd’hui transcrits de la législation bruxelloise, ensuite c’est contrarier
cette clientèle électorale faite de tous ceux qui refusent la concurrence
parce qu’elle les oblige à s’aligner sur plus compétitifs qu’eux. Cette
clientèle est faite des syndicats et des corporations, qui prétendent
protéger les travailleurs, paysans et artisans alors qu’ils ne font que
les condamner à la disparition du marché par inadaptations successives.
Elle est faite des fonctionnaires qui craignent la chasse aux gaspillages
publics.
Ils étaient évidemment dans la rue, drapeaux rouges
en tête, à Strasbourg.
C’est au drapeau rouge que nous sommes ainsi ramenés.
Le vent de libéralisation qui a soufflé sur l’Europe en 1989-1991 a failli emporter les
machines étatiques et bureaucratiques : l’Europe a failli devenir
un espace de libre échange et de libre entreprise, où l’Etat se serait
fait plus discret. Les politiciens en ont vu le danger pour eux :
quel est leur rôle dans une Europe des libertés ?
Ils croient aujourd’hui avoir gagné une grande victoire
en neutralisant la concurrence dans le domaine des services, un secteur
qui représente les trois quarts de l’activité et de l’emploi. Vont-ils
s’en sortir à si bon compte ? Comme pour l’OPA d’Arcelor, les lois
du commerce international ne tarderont pas à se rappeler à leur souvenir,
soit en ruinant les peuples qui les chasseront à nouveau, soit en s’alignant
sur la logique d’une économie heureusement mondialisée. L’arbitraire,
l’incompétence et l’injustice ont des limites.
Jacques
Garello
Le 20 Février 2006
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