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LORSQUE L’INDE S’EVEILLE |
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« Lorsque la Chine s’éveillera » : le
célèbre titre d’Alain Peyrefitte a pris aujourd’hui toute sa signification.
Mais l’Inde est également en train de s’éveiller,
et l’affaire Mittal permet aux Français de prendre
conscience de cette réalité. |
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La révélation
entraîne de violentes réactions, qui vont de l’incrédulité à la violence,
sur fond d’ignorance économique. Le conservatisme français en a pris un
bon coup, peut-être va-t-on devoir bousculer le calendrier de l’aggiornemento. Incrédulité :
voici qu’une compagnie sidérurgique dirigée par un Indien se met en tête
de lancer une OPA « inamicale » sur Arcelor,
le géant franco-luxembourgeois-espagnol de l’acier.
Il y a quinze jours, on portait Arcelor au pinacle
pour avoir absorbé le canadien Dofasco :
la France et l’Europe faisaient la preuve de leur dynamisme industriel
et financier. Comment est-il possible qu’un certain Lakshmi
MITTAL, un Indien qui avance masqué sous une citoyenneté anglaise et une
société de droit néerlandais, puisse se permettre de narguer l’emblématique
Arcelor ? Et comment ce MITTAL-là
se permet-il de lancer une OPA sans même en prévenir notre Ministre de
l’Economie ? Et comment l’Inde
peut-elle prétendre jouer dans la cour des grands ? Que va-t-on devenir
si les pauvres se mettent à vouloir s’enrichir, si les pays du Tiers Monde
se mettent à se développer et à émerger ? Violence :
cet Indien va voir de quel bois on se chauffe. Les rangs se resserrent :
du Parti Communiste à Le Pen, en passant par
toutes les composantes de la majorité et de l’opposition, c’est l’union
sacrée contre l’envahisseur. L’heure est au « patriotisme économique ».
Les gouvernements du Luxembourg et de la France, soutenus par la classe
politique quasiment unanime, vont donc tout faire pour protéger Arcelor
contre les attaques de MITTAL. Ignorance
économique : Les hommes d’Etat sont dans le
rêve, ils feignent d’ignorer ou ignorent réellement qu’ils sont impuissants
à protéger quiconque contre une OPA légalement formulée. D’une part l’idée
de patriotisme économique ne résiste pas à la mondialisation : les
entreprises françaises (à commencer par la très publique Electricité de
France) ne cessent de prendre le contrôle de sociétés à l’étranger, beaucoup
de Français ont acquis des entreprises indiennes. La libre circulation
des capitaux est un phénomène irréversible, sauf cataclysme planétaire
d’une troisième guerre mondiale et nucléaire. D’autre part l’idée de bloquer
une OPA n’a aucun sens : la transmissibilité des droits de propriété,
qu’il s’agisse des parts d’une société ou d’un patrimoine privé individuel,
fait partie des droits de propriété eux-mêmes. Changer les actionnaires
pour changer les dirigeants est la seule façon de mettre les dirigeants
d’entreprise en responsabilité : s’ils sont incapables de gérer ils
vont avoir de nouveaux patrons dont le premier souci sera en général de
les remercier (surtout s’agissant d’une OPA « inamicale »).
L’OPA exprime la prétention d’une nouvelle équipe de faire mieux que l’équipe
en place, cette prétention est aux risques entiers de celui qui la formule :
après tout Mittal peut se tromper, il aura alors
englouti beaucoup d’argent pour s’emparer d’une affaire dont il ne pourra
rien tirer. Quant à la défense contre l’OPA, elle ne peut consister que
dans la confiance des actionnaires actuels qui refuseraient de vendre
leurs titres parce qu’ils seraient persuadés que nul ne peut mieux faire
que l’équipe actuellement en place. Naturellement
la compréhension de ce jeu, pourtant assez simple, n’est aujourd’hui courante
que chez les gens qui s’intéressent à la vie des entreprises, faute de
la formation économique la plus élémentaire du public français. Ce ne sont
pas les syndicats ni les pouvoirs publics qui facilitent cette compréhension.
Ils n’ont à la bouche que « la dimension sociale et humaine »
de l’OPA, et reprennent le poncif suivant lequel les intérêts des actionnaires
et ceux des salariés sont à l’opposé : la rentabilité entraînerait
la précarité. En d’autres termes, l’amélioration de la gestion ne pourrait
se faire que par une réduction d’effectifs et un durcissement des conditions
de travail. C’est oublier
plusieurs réalités. La première c’est que la bonne gestion passe par la
qualité des relations entre les hommes dans l’entreprise, et qu’aucun
gestionnaire n’a intérêt à mépriser le personnel. La deuxième c’est que
l’entreprise a investi dans le personnel, et que ce n’est pas un plaisir
pour l’entrepreneur ou les dirigeants de licencier des salariés de qualité,
ils ne s’y résolvent qu’en tout dernier recours. La troisième c’est que
dans le cas où il faut absolument licencier c’est que l’entreprise ne
pourrait survivre sans cela, et que tous les emplois, sans aucune exception,
devraient disparaître – mieux vaut peut-être supprimer quelques emplois
ou fermer un site pour sauver ce qui peut l’être encore. La quatrième
c’est que la gestion d’une entreprise peut être défaillante non pas à
cause de sur-effectifs ou de sous-qualification de la main d’œuvre mais pour des insuffisances
techniques, commerciales ou financières. Les salariés
que Mittal emploie aujourd’hui en France et
en Europe n’ont eu aucune raison de se plaindre de leurs dirigeants :
les syndicats, CGT en tête, en conviennent. Alors pourquoi continuer à
ne voir dans une OPA et dans la mondialisation que des formes de la mythique
lutte des classes ? Le jour où
tout cela sera su et admis, les Français auront une autre opinion dans
des affaires comme Mittal-Arcelor. S’ils ne
le comprennent pas aujourd’hui, c’est qu’on continue à leur cacher la
vérité, à les tenir prisonniers du schéma de la lutte des classes. Mais
la réalité économique leur ouvrira bientôt les yeux. La mondialisation
donne la leçon. Il faut l’accepter, rompre avec le conservatisme ambiant,
et se mettre enfin à l’heure du libre échange et de la libre entreprise.
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