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Fort heureusement,
tel le Petit Poucet, Jacques CHIRAC a semé les cailloux qui permettront
de retrouver le bon chemin pour la bonne Europe. L’initiative de notre
Président a été présentée dans un article donné mercredi à 25 quotidiens
européens. Elle vient à point nommé éclairer la position de la France,
difficile à saisir après les passes d’armes avec la Commission de Bruxelles.
Pour Jacques
CHIRAC, le cap doit être mis sur « une Europe-puissance ».
Ce choix est en effet fondamental, il a inspiré le projet de traité constitutionnel,
et il est rejeté par tous ceux qui souhaitent une « Europe espace ».
De là découle aussi l’option entre d’un côté « une Europe politique
et sociale » et de l’autre « une simple zone de libre échange ».
Je traduis : d’un côté une Europe dirigée de mains de maîtres par
les politiciens et les syndicalistes, inspirés par le protectionnisme
et le corporatisme, défenseurs des « acquis communautaires »
et des « droits acquis », de l’autre une Europe de libre circulation
et de libre concurrence, permettant de sortir du chômage et de s’adapter
à la mondialisation pour ne pas avoir à en souffrir.
Pour que
le doute ne soit pas permis, le Président précise que le modèle européen,
qualifié d’« humaniste », c’est « l’économie sociale de
marché », « alliance de la liberté et de la solidarité »,
« c’est la puissance publique garante de l’intérêt général ».
Il en déduit
quels sont les devoirs de l’Europe dans les années à venir : engager
« de grands programmes dans les domaines d’avenir tels que les biotechnologies,
les technologies de l’information, les nanotechnologies », et les
financer grâce à la Banque Européenne d’Investissement
(dont l’apport initial de 10 milliards d’euros permettra de subventionner
à concurrence de 30 milliards – merveille du multiplicateur du crédit
public). L’Europe doit encore lutter contre les délocalisations, qui sont
le fait de « certaines grandes entreprises » qui n’agissent
que sous la « contrainte de la rentabilité financière à court terme » :
dans cette lutte « nous serons plus forts en réagissant ensemble ».
Enfin, l’Europe doit s’intéresser aux pays pauvres en apportant son « aide
au développement » et en défendant ses intérêts à l’OMC.
En clair,
Jacques CHIRAC ne fait que reprendre, une fois de plus, ses grandes idées
sur le capitalisme mondial, la pauvreté, les échanges internationaux,
la politique agricole commune. Une fois de plus il affirme son hostilité
à « l‘ouverture à tous les vents de la mondialisation ».
Il est en
plein accord avec les positions récentes de la diplomatie française, il
est en plein désaccord avec la quasi-totalité des gouvernants européens.
En plein
accord avec nos récentes et tumultueuses agressions de la Commission.
Amorcé avec l’affaire Danone, aggravé avec les licenciements d’Hewlett
Packard, explosif avec les négociations menées par Peter MENDELSON au
sien de l’OMC, le conflit avec la Commission
exprime la conception que les dirigeants français peuvent avoir de l’Europe.
L’Europe doit se mettre au service des intérêts français. On appelle l’Europe
au secours chaque fois qu’on en a besoin, et on refuse toute ingérence
de l’Europe quand elle va contre nos désirs. Les mêmes Français qui tiennent
de grands discours sur « l’Europe qui parle d’une seule voix »,
souhaitant un puissant ministère européen des affaires étrangères, s’empressent
de dénoncer celui qui porte la voix de l’Europe au sein de l’OMC !
J’ai dénoncé naguère cette hypocrisie, en rappelant que sur toutes les
affaires internationales, depuis la Yougoslavie jusqu’à l’Irak, en passant
par la Turquie, il y a eu la plus totale division entre les capitales
européennes. Mais la diplomatie française s’entête : c’est l’Europe
qui nous arrange, ou ce n’est rien du tout.
Or, la quasi-totalité
des gouvernants européens ne veulent pas d’une Europe à la Française.
Les nouveaux venus dans l’Union veulent « l’Europe
Espace » ; ils sont en faveur de la concurrence, parce qu’ils
sont compétitifs. Leurs peuples sont dynamiques, désireux de progresser
rapidement, prêts à beaucoup de travail, et plus attirés par la libre
circulation que par les acquis communautaires. De leur côté, ce que veulent
les Anglais et les Scandinaves c’est une Europe marchande, pas une Europe
politique. Le « modèle anglo-saxon » a leur préférence. Quant
au modèle de « l’économie sociale de marché », qui est le nom
poli de la social-démocratie, qui n’est qu’une machine redistributive
en faveur du secteur public, des fonctionnaires, et au détriment des entreprises
et de l’emploi, il est abandonné par ceux-là même qui l’avaient inventé.
Les Allemands, aussi bien ceux de SCHRÖDER que de MERKEL, l’ont compris :
ce modèle, encore appelé « rhénan » est voué à la mort certaine
dans un contexte de libre échange mondial. Plus fondamentalement, en économie
il n’y a pas de « modèle », il y a des lois, et elles s’appliquent
impitoyablement à tous les pays en dépit des vains efforts des gouvernants
pour les ignorer. La plupart des participants au sommet de Hampton Court
en sont aujourd’hui persuadés. Ils n’ont aucune envie de suivre le chemin
imaginé par les représentants de la France. Car ce chemin ne conduit nulle
part. Et la France elle-même s’est aventurée dans un labyrinthe dont elle
cherche la sortie depuis bien longtemps.
La vraie
sortie est pourtant bien connue : elle est dans une société de libertés.
Les Anglais et les autres l’ont compris : « Elémentaire mon
cher Watson »…
Jacques
Garello
Le
2 Novembre 2005
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