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L'OCCIDENT DIVISE |
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Bien que
la commémoration de l’attentat des tours jumelles soit terminée depuis
quelques jours, je ne voudrais pas laisser passer ce cinquième anniversaire
sans mesurer l’évolution dramatique qui nous a conduits d’une solidarité
spontanée avec le peuple américain à une division profonde de l’Occident.
Pourquoi ? Pour combien de temps ? |
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Au lendemain
du 11 septembre 2001, nous étions tous Américains. Pas seulement pour
marquer notre sympathie aux victimes de New York et Washington et à leurs
familles, mais aussi parce que notre cœur et notre raison se révoltaient
au spectacle de la barbarie et du fanatisme. Depuis lors, le fossé n’a
cessé de se creuser entre l’administration Bush et plusieurs gouvernements
européens. La guerre en Irak a vu la France prendre la tête d’une rébellion
contre la «diplomatie unipolaire ». Américains et Anglais se sont
trouvés isolés, ne recueillant guère que le soutien de Berlusconi et Aznar.
Il y a quelques mois, dans l’affaire du Liban nous avons à nouveau observé
la cacophonie diplomatique, opposant les alliés d’Israël à ceux qui ont
jugé la réplique disproportionnée et ont exigé (et obtenu) un cessez-le-feu
salutaire pour le Hezbollah. En la circonstance l’Europe n’a pas « parlé
d’une seule voix », Zapatero et Prodi sont moins atlantistes que
leurs prédécesseurs. Cette division
n’a rien de conjoncturel, elle s’inscrit dans un débat plus ancien et
plus profond entre deux conceptions de l’Occident. Ces deux conceptions
s’opposent d’abord sur le rôle que les Etats-Unis doivent tenir dans le
monde. Après la chute du communisme, alors même que l’on croyait à « la
fin de l’histoire », les Etats-Unis ont suscité des sentiments de
jalousie chez les uns, de revanche chez les autres. Les uns sont les souverainistes
européens, inquiets de voir les Américains dominer le monde pour en devenir
les gendarmes et la locomotive économique. Les autres sont les déçus du
marxisme, du rêve socialiste évanoui, qui n’ont pas tardé à retrouver
l’espoir avec la conférence de Rio, l’apparition du mythe du développement
durable, la nouvelle lutte des classes entre le Sud et le Nord :
de quoi contester l’hégémonie des Etats-Unis. Victimes du succès de Reagan,
les Etats-Unis allaient payer leur bonne santé économique, sociale et
morale. Parallèlement
la mondialisation, permise par la disparition du bloc communiste, allait
révéler l’opposition entre ceux qui acceptaient le libre échange et la
libre entreprise, en acceptant aussi ses coûts d’adaptation, et ceux qui
ne se résignaient pas à voir le marché coordonner les échanges mondiaux
et préféraient le statu quo social issu de la tradition étatiste et dirigiste.
C’est l’idée du « capitalisme contre capitalisme » : l’anglo-saxon
d’un côté, le rhénan de l’autre. D’un côté la fluidité et le risque entrepreneurial,
de l’autre la rigidité et la sécurité sociale. L’Occident devait-il se
marier avec la liberté économique ou avec l’Etat Providence ? Ici la ligne
de partage est même passée à l’intérieur de l’Europe, entre la Vieille
Europe accrochée à ses privilèges, ses réglementations, ses impôts, ses
protections, et la Nouvelle Europe, celle des pays récemment libérés,
qui voulait profiter des espaces ouverts à leur volonté de travailler
et d’entreprendre. Ainsi l’anti-américanisme s’est-il renforcé du regain
de l’anti-capitalisme. Une troisième
fracture est due à la conduite à tenir face aux islamistes fanatiques.
Pour George Bush la ligne est simple. De la même façon que les terroristes
disent lutter contre le grand Satan américain, le Président des Etats-Unis
dit lutter contre l’axe du mal et les Etats voyous, qui menacent la paix
et la liberté. Mais certains gouvernements occidentaux, dont celui de
la France, rejettent ce manichéisme. Il y a à cela deux raisons. L’une
est opportuniste : la peur que des millions de musulmans mal intégrés
(pourquoi ? par qui ?) versent au fanatisme et provoquent une
explosion sociale, ou encore – moins glorieuse – la peur de perdre quelques
sources d’approvisionnement pétrolier. L’autre est philosophique :
le relativisme règne en maître sur l’Europe, qui a perdu ses repères moraux
et spirituels. L’Europe vit ainsi une crise identitaire, qui l’empêche
de voir où est le bien et où est le mal, et qui nie l’existence même de
« valeurs occidentales ». Le contraste est frappant avec les
Etats-Unis où la majorité de la population est restée fidèle à la liberté
religieuse et au respect de la vie, de la liberté et de la propriété. Quelle sera
l’issue du débat ? Pendant combien de temps l’Occident peut-il se
permettre de balancer entre deux visions du monde contemporain ?
Je ne vois que deux scénarios possibles. Naturellement
je préfère imaginer un scénario moins dramatique, mais qui a ses exigences.
Moins dramatique : la pratique des échanges mondiaux rapproche les
peuples aujourd’hui hésitants ; les peuples occidentaux prisonniers
de leurs politiciens et de leurs lobbies s’en libèrent enfin et construisent
leur avenir sur la confiance et la compréhension mutuelle, acceptant la
concurrence et la diversité des cultures ; les valeurs universelles
soudent les esprits et les cœurs de tous les gens de bonne volonté et
les hommes libres ont le courage « d’écraser l’infâme ». Les exigences sont politiques : cesser de cultiver l’anti-américanisme primaire et de crier à la guerre économique, démasquer le mensonge démagogique. Elles sont morales : honorer la religion de l’amour pour répondre à la religion de la guerre sainte, associer la liberté à la dignité de la personne humaine, avoir conscience de ses devoirs autant que de ses droits. Est-ce trop ?
Jacques Garello
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