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| BANDE ANNONCE OU DISCOURS FONDATEUR ? | |||||||||||||
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Le discours
de notre Président mardi dernier sur « le nouveau contrat social »,
prolongé par son intervention le lendemain invitant les fonctionnaires
à une « révolution culturelle » et par son interview télévisé
jeudi soir, a appelé plusieurs lectures différentes. Quelle est la bonne ? Je ne veux
pas m’appesantir sur les commentaires des leaders syndicaux. Les extrémistes
ont dit « niet » et préparent la contre-offensive, mais ils
hésitent à organiser une grève générale de peur de ne pas être suivis
et de rendre les réformes plus sympathiques. Les syndicalistes modérés
ont déploré que des sujets si importants soient abordés « à la hussarde »,
et il est vrai qu’obtenir en quelques jours des réformes qui n’ont pas
été réalisées en un demi-siècle est un défi assez sérieux. Je suis intéressé
en revanche par deux types de réactions : le scepticisme des uns,
l’enthousiasme des autres. | ||||||||||||
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Les sceptiques
trouvent la musique assez belle, mais les paroles très verbales. Même si les thèmes
et les mesures évoqués répliquent ceux de la campagne électorale, le Président
n’a guère détaillé les dispositions concrètes qu’il demanderait de prendre au
gouvernement et au parlement. Quelques évènements récents mettent en doute le
réalisme du discours présidentiel : la grande loi sur l’autonomie des Universités
a été vidée de tout contenu sous la pression de l’UNEF et des présidents d’université,
la réduction du nombre de fonctionnaires a été à son tour réduite de moitié, le
paquet fiscal a été considérablement allégé par rapport à ce que l’on attendait.
D’autre part, on connaît l’inertie des administrations centrales, le rôle dominant
qu’y jouent les grands corps de l’Etat et notamment l’inspection des Finances,
et l’on se dit enfin qu’il est difficile d’innover quand on s’entoure de conseillers
nourris de la pensée unique. Aux côtés de ces sceptiques de bonne foi, on trouve
les sceptiques professionnels, ceux qui veulent absolument ramener le Président
à un simple beau parleur, tel Jean Marc AYRAULD, président du groupe socialiste
à l’Assemblée, qui évoque le goût de Nicolas SARKOZY pour les effets d’annonce.
Pour nous
résumer : la bande annonce est attirante – c’est son rôle. Le film sera-t-il
bon et quand va-t-il sortir ? Les enthousiastes
apprécient, comme Laurence PARISOT, un « discours fondateur », et saluent
une « rupture sociale ». Il est vrai que, loin de renier ses engagements
de candidat, le Président reprend avec force quelques-uns des principes d’une
véritable « révolution culturelle ». Dans le domaine du contrat de travail
d’abord, où les 35 heures verraient désormais leur sort confié à des négociations
de branches ou d’entreprises, le contrat se substituant progressivement au règlement,
et les salariés pouvant « monétiser » leurs RTT. Dans le domaine des
retraites, où le libre choix de l’âge de la retraite et l’activité des retraités
seraient désormais possibles. Dans le domaine des soins aux personnes dépendantes,
où l’APA serait complétée par des assurances privées dont les cotisations seraient
déduites des impôts. Dans le domaine des « régimes spéciaux », alignés
sur les règles de la fonction publique. Enfin et non le moindre dans le domaine
de cette même fonction publique, invitée à évoluer vers un allègement et un rapprochement
avec les contrats de droit privé. Après GORBTCHEV,
ELTSINE et la libération de la Russie. Mais après ELTSINE à nouveau POUTINE :
les structures de la vieille société n’ont pas été détruites, et la réaction anti-libérale
est d’autant plus vive. Les corporations, les grands corps de l’Etat, les réseaux
naguère en place, reprennent leur domination et asservissent à nouveau le peuple. Si je reconnais
ainsi les mérites de Nicolas SARKOZY, ce n’est pas pour lui nier toute authentique
volonté d’innover. Mais il y a un fossé dangereux entre le volontarisme et le
réalisme. La volonté de changement doit s’enraciner dans la réalité économique
et sociale. Ici apparaît la contradiction entre la réalité mondiale, faite de
concurrence, d’ouverture, de flexibilité et la réalité française qui a élimé le
sens des responsabilités personnelles pour développer privilèges et parasitisme
social. Je m’inquiète sincèrement quand je vois le Président protester de sa bonne
foi et de sa volonté de réforme devant nos partenaires européens, mais demander
en même temps que soit reconduite l’exception française, que soit prolongé le
moratoire des déficits et de la dette publique, que soit admis le « patriotisme
économique ». Choisir,
c’est renoncer. Si le Président choisit la réforme, il doit renoncer au discours
corporatiste. Si le Président choisit la liberté, il doit renoncer à la facilité. Annonce d’un
choix ? Jacques
Garello
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