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PHELPS IGNORANCE OU DESINFORMATION ? |
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Edmund Phelps,
vous connaissez ? Peut-être pas, sachez donc que c’est le lauréat
du prix Nobel de Sciences Economiques décerné cette semaine. La façon
dont cet économiste a été présenté par les médias de gauche vaut son pesant
de dynamite. Allons-y graduellement. |
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Le Monde titre « L’académie
Nobel distingue les travaux de l’économiste néokeynésien Edmond Phelps ».
Pour un article rédigé par Jean Paul FITOUSSI qui, sur un ton mondain
et dans un vocabulaire abscons, ne nous apprend rien du « néokeynésien »
sinon qu’il était en avance sur son temps et qu’il avait tout découvert
avant tous les autres (y compris ce pauvre Milton Friedman, qui serait
tombé par hasard un an plus tard sur l’idée d’un « taux naturel
de chômage »). Libération se devait
d’aller plus loin. « Edmund Phelps, un Nobel qui a bataillé contre
le CPE ! » sous la plume de Christian LOSSON. A la lecture on
s’aperçoit que cette phrase est la simple opinion de Monsieur LOSSON,
car le professeur Phelps doit totalement ignorer ce qu’est le CPE.
Mais on n’est pas au bout du compte. Voici que Christian LOSSON rapporte
quelques opinions : celle de Jacques GENEREUX (« Un économiste
orthodoxe a viré néokeynésien au fil de ces années en bossant sur
les imperfections des marchés »), celle du grand savant du Parti
Socialiste, Thomas PIKETTY (« Il a toujours été proche des thèses
keynésiennes qu’il a rénovées »), et enfin d’Olivier BLANCHARD
présenté comme Professeur au MIT (« profondément attaché à l’idée
d’un monde meilleur, plus à gauche que d’autres économistes, mais
qui refuse le slogan »). On n’est jamais trahi
que par les siens. Voici que ce prix Nobel, le 10 octobre, jour même
de sa distinction, ce keynésien ou néokeynésien de gauche qui a apparemment
conquis et régalé ses amis du Monde et de Libé, s’amuse à écrire à
la une du Wall Street Journal un article qui pourrait sortir de la
Nouvelle Lettre. « Dynamic Capitalism : Entrepreneurship
is lucrative and just ». Je donne le titre en anglais, pour ne
pas trahir la pensée de l’auteur, car l’essentiel du papier est dans
ce titre. Phelps explique qu’il y a deux formes de capitalisme, celui
qui a cours aux Etats-Unis, et dans les pays qui adoptent ce que l’on
appelle « le modèle anglo-saxon », et celui que certains
pays européens, dont l’Allemagne et la France (nommément) ont voulu
instaurer en le mâtinant de socialisme, qu’on l’ appelle économie
sociale de marché, sociale démocratie ou concertation. Voici maintenant que
le néo-keynésien se coule dans le moule d’un néo-hayekien : « Friedrich
HAYEK, à la fin des années 1930 et au début des années 1940, a introduit
la théorie moderne démontrant comment un système capitaliste, à condition
qu’il soit assez pur, conduit à un dynamisme le plus grand possible
– ce qui est exclu pour le socialisme ou le corporatisme ». Le sommet de la trahison
est atteint par Phelps lorsqu’il affirme que l’Europe court à sa perte
parce que l’on y refuse l’esprit d’entreprise, qui est à la base de
toute innovation. L’Europe s’est enfermée dans le corporatisme et
le dialogue social stérile. L’Etat Providence casse le dynamisme de
l’économie. Aussi sûrement que l’inflation n’a jamais résorbé le chômage :
Phelps a été l’un des premiers à dégonfler la baudruche keynésienne
de la « courbe de Phillips » qui légitimait une politique
de relance monétaire pour accéder au plein emploi ; à partir
de 1970 il est évident que ce sont les pays les plus inflationnistes
qui ont le plus de chômeurs, à l’opposé de ce que pronostiquaient les keynésiens. Quant à la France, Phelps
fait une comparaison peu flatteuse avec les Etats-Unis. Il parle de
l’échec d’Airbus, qu’il attribue à l’absence de surveillance par les
actionnaires, alors qu’aux Etats-Unis les directeurs sont sans cesse
sous le regard de la Bourse. Il dit que notre pays vaut mieux que
ses politiques économiques. Enfin, suprême scandale
pour un « homme de gauche », il a le front d’affirmer que
la libre entreprise et le capitalisme vont dans le sens de la justice
sociale, même si on l’entend au sens de Rawls (comme une situation
dans laquelle ceux qui sont « défavorisés » sont les plus
grands bénéficiaires de la croissance). Il pense que la meilleure
façon de relever les bas salaires est de laisser aux entrepreneurs
le soin d’offrir à leur personnel des occasions de progresser, de
se qualifier, et il est plutôt en faveur d’une politique de hauts
salaires (avec éventuellement une subvention pour ceux qui la pratiquent
– ce qui, en effet, n’est pas tout à fait libéral). Vous pouvez lire avec
attention cet article sur le site du Wall Street Journal, nous en
donnerons une traduction sur notre propre site www.libres.org.
Mais vous aurez peut-être également lu le compte rendu objectif donné
par Jean Pierre Robin dans les pages saumon du Figaro, qui reprend
quelques bonnes citations du Professeur Phelps, condamnant les conventions
collectives et le salaire minimum « qui aboutissent à exclure
de l’emploi les moins qualifiés ». Maintenant je pose la
question : les grossières erreurs commises par les médias et
les intellectuels de gauche procèdent-elles de l’ignorance ou de la
propagande ? Dans tous les cas, elles sont inexcusables. Mais
nous sommes réellement en face d’un véritable terrorisme intellectuel,
à base de désinformation systématique. Les procédés utilisés en l’occurrence
sont infâmes et déshonorent ceux qui les emploient. Ce sont malheureusement
les mêmes qui enseignent à notre jeunesse, et qui ont l’oreille des
hommes politiques de tous bords. Ignorants ou fanatiques ? Peut-être
les deux. Jacques Garello
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