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AUTO-CRITIQUE DES LIBERAUX |
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Je me suis évadé quelques jours de la France et de
son climat stimulant pour rejoindre l’aréopage des intellectuels libéraux
du monde entier appartenant à la Société du Mont Pèlerin réunis à Guatemala
City, dans le cadre de la plus grande université privée au monde, Francisco
Maroquin. Sur le thème des défis que le XXIème siècle lance
au libéralisme, cinq cents participants ont réfléchi à la meilleure façon
de mettre les esprits en accord avec les faits. |
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Les faits, ce sont la mondialisation, le libre échange,
mais aussi les réactions qu’ils suscitent, ce sont les fanatismes
religieux et nationalistes qui agitent la planète. Les esprits ne
sont pas encore adaptés, les gens ne connaissent pas le mode d’emploi
d’un nouveau monde marqué par une économie universelle et concurrentielle,
par des techniques qui ignorent les frontières, par la découverte
de la diversité culturelle. Pire encore : le passéisme, le « post-modernisme »,
le nihilisme brillent de mille feux. On voit la séduction exercée
par les ennemis du nouveau monde, les nostalgiques du planisme,
du nationalisme, les romantiques de la lutte des classes et des
goulags. Le développement durable fait recette, les anti-et alter-mondialistes
constituent une internationale efficace, les groupes de pression,
syndicats et corporations défendent leurs privilèges, leurs droits
acquis au détriment des autres. Les plus modérés parlent au moins
d’organiser la concurrence, d’harmoniser les réglementations et
les prélèvements, et de doter la planète d’un gouvernement mondial
pour maîtriser ou limiter la loi du marché. Les intellectuels libéraux ont-ils quelque responsabilité
dans l’affaire ? Nous nous sommes sincèrement posé la question.
Certes nous avons gagné la bataille des idées. Mais avons-nous pour
autant su dépasser le cercle restreint des universitaires, des savants,
de quelques chefs d’entreprises, et de politiciens et de journalistes
(en nombre encore plus restreint) ? Certes nous avons fait
école, et de remarquables personnalités ont mené leur pays vers
les réformes profondes dont ils avaient besoin. Mais il y avait, et il y a toujours, une attente
de la part de tous ceux qui entrent en ce nouveau monde : vont-ils
y trouver l’occasion d’améliorer leur sort ? De quoi demain
sera-t-il fait ? Va-t-on vers l’harmonie ou le chaos ?
Va-t-on éviter le choc des civilisations ? Ces questions agitent
par priorité et à juste titre les plus jeunes, mais aussi tous les
déçus de la transition. Les libéraux ont-ils apporté les réponses
claires et concrètes ? Comme les débats à Guatemala City l’ont montré, nous
avons une tendance naturelle à nous situer sur le terrain qui nous
est familier : la supériorité incontestable des résultats obtenus
par les pays qui respectent l’état de droit, en particulier qui
reconnaissent et protègent les droits de propriété, ce qui implique
un Etat limité à cette fonction grâce à des dispositions et des
pratiques constitutionnelles adéquates. En d’autres termes nous
invitons nos contemporains à juger du monde nouveau sur le terrain
de l’efficacité. Or ce n’est pas sur ce seul terrain qu’ils attendent
des réponses. Les Français savent pertinemment que le chômage, les
prélèvements obligatoires, la dette publique, atteignent chez eux
des chiffres records, mais ce n’est pas suffisant pour leur faire
comprendre en quoi la solution libérale est souhaitable ; la
pensée unique a même réussi à les persuader de mettre tous ces records
au passif de l’ «ultra-libéralisme ». Au passif de l’ultra-libéralisme
également les émeutes, la poussée de l’Islam extrême, l’échec scolaire,
la « fracture sociale ». Alors comment faire ? Il est nettement apparu,
au fil des sessions, que les libéraux devraient avoir désormais
pour mission prioritaire de faire nettement apparaître la dimension
éthique du libéralisme. Avec la liberté, ce que nous proposons c’est la dignité
de la personne humaine, la chance des plus pauvres et des plus humbles
de développer leurs talents et d’améliorer leur sort et celui de
leur famille, et l’occasion pour tous de progresser en apportant
à la communauté les services dont elle a besoin grâce à l’échange.
Le droit de propriété ? Pas un privilège, mais une reconnaissance
pour l’activité créatrice, un encouragement à innover, une justice
rendue au mérite. La concurrence ? Pas un combat, mais une
façon de mieux servir les autres, une obligation de se soumettre
à la réalité. L’Etat ? Pas un souverain, ni un législateur,
ni un entrepreneur, mais un ultime recours à la coercition quand
tous les autres moyens ont été épuisés pour faire respecter les
droits individuels. Les libéraux ont proclamé pendant des années que
le capitalisme était juste parce qu’il était efficace : les
performances réalisées permettent de donner espoir aux plus démunis.
Il est temps de dire toute la vérité : le capitalisme est efficace
parce qu’il est juste. La noblesse de la cause de la liberté n’est
pas dans l’égalisation des revenus, mais dans l’égalité en dignité.
Et des hommes dignes, libres et responsables sont capables de libérer
tout le potentiel d’humanité qu’ils possèdent, tous les talents
nécessaires pour créer et servir. Le libéralisme est avant tout
un humanisme. Ce débat ne concerne pas seulement cinq cents intellectuels réunis à l’autre bout du monde. Il est d’une permanence et d’une actualité que nous ressentons bien en France. Ceux qui se présentent sous les couleurs du libéralisme, ceux qui font profession de libéraux, doivent se persuader que l’échec des idées de la liberté dans notre pays tient peut-être à l’omission fatale de la dimension éthique et spirituelle de notre doctrine. Seules une vision de l’homme, une conception de l’harmonie sociale peuvent changer les mentalités de ce pays. Nous devrions nous y employer au lieu de poser le problème en termes éternels de gauche-droite, une distinction d’autant plus ridicule que gauche et droite sont communément étatistes. Ici même je m’emploie, avec quelques fidèles, à parler de l’éthique de la liberté. Je souhaite que d’autres, venus d’horizons divers, s’y emploient aussi. Jacques Garello Le 13 novembre 2006
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